François Mitterrand et Anne Pingeot, un amour sacrifié sur l’autel des convenances

Derrière l’homme politique à l’apparence froide et raide se cache un être aux sentiments volcaniques, comme le révèle la vaste correspondance entretenue avec Anne Pingeot, le grand amour de sa vie. Ce documentaire, diffusé à l’occasion du 40e anniversaire de son élection à la présidence de la République, dévoile, au travers de magnifiques lettres et d’un journal intime, un François Mitterrand méconnu. Le dimanche 16 mai à 22.40 dans « La Case du siècle », sur France 5.

LCDS : François Mitterrand & Anne Pingeot, fragments d'une passion amoureuse
« François Mitterrand & Anne Pingeot, fragments d'une passion amoureuse ». © DR

C’est en 1963, alors que sa carrière politique est entre parenthèses depuis le retour du général de Gaulle au pouvoir, et que ses relations de couple se sont passablement refroidies avec le temps, que François Mitterrand rencontre une jeune femme qui va le faire chavirer. En villégiature à Hossegor, comme chaque été, il s’adonne à son passe-temps favori, le golf, et s’est lié d’amitié sur le green avec un industriel clermontois, Pierre Pingeot, le père d’Anne. À tout juste 20 ans, elle est belle, vive, indépendante d’esprit et le trouve attentionné et très cultivé. Une première promenade sur la plage donne prétexte, après les vacances, à des lettres puis à des balades dans les rues et les parcs de Paris ou d’ailleurs. Lui, l’homme de 46 ans, père de famille et député-maire, est déjà amoureux : « … Anne, le goût de vous dont je ne pourrai plus me séparer, c’était comme un rivage jamais visité de l’autre côté d’un fleuve sans mémoire. » Si réservé d’habitude, il exprime étonnamment ses émotions : « L’évolution que je sens en moi […], le besoin irrésistible de dépasser mes propres forces dans tous les domaines de la pensée et de l’action ont coïncidé avec votre présence imprévisible. Oui, je traverse une crise qui me bouleverse, vous m’aidez parce que vous êtes là […], parce que vous jalonnez mon existence quotidienne de moments lumineux ; pour la première fois je sors de moi ; si vous saviez comme j’ai appris à garder pour moi seul mes rêves, mes ambitions, mes peines […] ; avec vous j’échange, je communique, je communie, je suis comme délivré. »
De son côté, Anne résiste. Née dans une famille bourgeoise et conservatrice, elle est profondément croyante. Comment envisager même de céder à un homme de l’âge de son père, et marié de surcroît ? Mais il la fascine et elle apprécie leurs escapades de plus en plus régulières qui les conduisent à sillonner les routes de France. En juin 1964, l’amoureux transi franchit encore un pas avec le « Journal d’Anne », un album agrémenté de dessins et de collages, dédié à son aimée, où il consigne les moments passés ensemble. Au printemps 1965, malgré la culpabilité qui la tiraille, elle cède enfin, sans imaginer encore les sacrifices qui l’attendent. Alors qu’ils nagent en plein bonheur, François Mitterrand lui fait part de ses projets le 9 septembre : « Anne mon amour, voilà c’est fait, après de longues méditations, de longues hésitations et maintenant la certitude d’une lourde charge, j’ai fait connaître ce soir à l’issue de la conférence de presse du général de Gaulle que j’étais candidat à la présidence de la République. » Malgré la défaite, avec 45 % des voix au deuxième tour de l’élection, Mitterrand peut envisager un nouvel avenir en politique. Anne va devoir s’effacer, car dans la France de la fin des années 1960 le divorce est encore mal accepté. Souffrant des absences répétées de François et d’une vie dans l’ombre, elle songera à le quitter, mais à chaque fois il fera tout pour sauver leur relation, y compris lui donner un enfant en 1974. Les mots qu’il lui adresse sont souvent bouleversants : « Je n’ai plus de pays si tu es loin de moi, je ne supporte plus rien »ou encore« Je tremble de te perdre tant tu es liée à moi, tant je suis lié à toi ». Et à chaque fois, elle revient auprès de lui. En 1981, après son élection à la tête de la République, François Mitterrand va surprendre Anne en lui proposant ce qu’elle attend depuis des années : une vie de famille, certes cachée, mais ensemble, avec leur fille. Dès lors, les lettres se raréfient, mais en septembre 1995, rongé par la maladie qui l’emportera quatre mois plus tard, c’est toujours à elle qu’il pense lors d’un séjour à Belle-Île-en-Mer : « Hors de toi tout s’obscurcit ; mon bonheur est de penser à toi et de t’aimer, tu m’as toujours apporté plus. Tu as été ma chance de vie. Comment ne pas t’aimer davantage ? »

lettres de François Mitterrand
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La Case du siècle : 
François Mitterrand & Anne Pingeot, fragments d’une passion amoureuse 

À l’été 1963, François Mitterrand traverse une profonde crise existentielle. Sa carrière politique est à l’arrêt et, après dix-neuf années de mariage, le couple Mitterrand s’est distendu. C’est à ce moment-là que François Mitterrand rencontre celle qui va redonner un sens à son existence. Anne Pingeot, 19 ans. Celle qui l’a accompagné tout au long de son irrésistible ascension vers le pouvoir et est restée à ses côtés jusqu’à son dernier souffle a accepté que les fragments de cette passion amoureuse soient diffusés à la télévision, avant d’être remis à la Bibliothèque nationale. Des centaines de lettres et un journal intime écrits par François Mitterrand de 1963 à 1995, enrichis de nombreuses photos inédites, vont nous raconter leur bouleversante histoire d’amour.

Documentaire (85 min - 2021) – Auteurs Hugues Nancy et Pierre Favier – Réalisation Yvan Gaillard et Hugues Nancy – Conseiller historique Pierre Favier – Production Yami 2, avec la participation de France Télévisions, en collaboration avec France Culture, avec le soutien de la Procirep - Société des producteurs et de l’Angoa, avec la participation du Centre national du Cinéma et de l’Image animée, de la RTBF, de LCP – Musique originale Michel Korb – Avec les voix de Chloé Réjon et Didier Sandre, sociétaire de la Comédie-Française 

François Mitterrand & Anne Pingeot, fragments d’une passion amoureuse est diffusé dans La Case du siècle dimanche 16 mai à 22.40 sur France 5
Rediffusion dimanche 30 mai dans l’après-midi
À voir et revoir sur france.tv

Les deux voix de ce film seront, sur France Culture, les narrateurs d’un épisode inédit de l’émission À voix nue.

Publié par Beatriz Loiseau le 11 mai 2021
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