Un train peut en cacher un autre

Construit pour raison économique il y a 193 ans, le train a rapidement su offrir aux plus fortunés un moyen confortable et rapide pour rallier la côte ou la montagne. Symbole des départs en vacances, il permet aussi à des millions de salariés de se déplacer d’un bout à l’autre de la France. Pour évoquer ces presque deux siècles d’existence, laissons la parole à ceux qui l’entretiennent et le font vivre chaque jour : ses cheminots. « La Saga du rail », c’est ce lundi dès 21.05 sur France 3.

« La Saga du rail » - hommes posant les rails
« La Saga du rail » © Gaumont Pathé Archives

Train (nom masculin) : Convoi de chemin de fer en ordre de marche constitué par un ou plusieurs engins moteurs (locomotives, automotrices, etc.), remorquant ou non un ou plusieurs véhicules ; moyen de transport ferroviaire.

Larousse

Il suffit d'en prononcer le mot pour laisser à notre cerveau le soin de se remémorer tous les souvenirs, bons ou mauvais, qui s'y rapportent. Faites le test autour de vous et la conversation ne cessera qu'en changeant de sujet.
Les locomotives font tourner la tête des bambins – et des vaches aussi, ne l'oublions pas – depuis que la première machine a été créée et installée sur un tronçon de vingt-et-un kilomètres entre Saint-Étienne et Andrézieux, en 1827. À l'époque, seul le charbon était ainsi véhiculé d'une ville à l'autre. Comme le rappelle Ariane Ascaride dans son commentaire, il faudra attendre dix ans pour que vienne l'idée de transporter des voyageurs. Enfin, on interdira quand même au roi Louis-Philippe d'inaugurer la ligne entre Paris et Saint-Germain-en-Laye, laissant à son épouse, la reine Marie-Amélie, le soin de risquer sa vie.

D'autres dizaines d'années seront nécessaires pour que le réseau se pourvoie en lignes suffisantes afin d'acheminer hommes et marchandises en différentes villes de France. Imaginez combien de cheminots ont été embauchés pour sculpter montages et vallées, araser des sommets, aplanir des sols, tailler la pierre et déposer mètre après centimètre ces innombrables ballasts, travées et voies ferrées sur lesquels des trains étaient voués à circuler. Cet engouement pour le chemin de fer eut pour conséquences l'embauche des membres d'une même famille, la possibilité d'offrir aux plus démunis un travail sans qualification requise, ainsi que le recours aux femmes lorsque les hommes viendront à manquer. Ce que la révolution industrielle n'avait pas ôté des champs, le chemin de fer s'en est chargé. Les campagnes ont continué de se dépeupler pour offrir une main-d'œuvre bon marché aux différentes compagnies ferroviaires. Au début du XXe siècle, 250 000 hommes vivaient du train. Comme dans les mines, il faudra quelques grèves pour obtenir ici un meilleur salaire, là des avantages sociaux.

On disait que la première fiancée des mécaniciens et des chauffeurs, ce n’était pas leur femme, c’était leur locomotive.

Lucien Laurent, chauffeur

Les conditions de vie sont rudes mais devenir le « sénateur » d'une locomotive à vapeur fait rêver. À l'époque, pour rejoindre Marseille, une machine avalait cinq tonnes de charbon. Pensez un peu au nombre de pelletés que cela pouvait représenter. « Conduire la vapeur, c'était formidable parce qu'on maîtrisait une machine exceptionnelle (...) et la locomotive, elle nous parlait, explique l'ancien chauffeur Lucien Laurent. Je dis bien, elle nous parlait, parce qu'elle respirait. Et on savait le moment où elle était en pleine forme. » Le binôme chauffeur/mécanicien fonctionnait de concert et toujours sur la même machine. Dans les années 1950, le tout-électrique remplace la vapeur. Le mécano devenu conducteur se retrouve seul. Plus de machine attitrée, plus de binôme. Le progrès est ainsi fait.

Et depuis ? Les trains ont pris de la vitesse avec le TGV. Le confort s'est amélioré. Un temps délaissé au profit de l'avion, le rail retrouve de l'intérêt. Il en faudra sans doute plus pour sauver toutes les petites lignes de France qui permettaient autrefois de s'aventurer au-delà de sa région, en maintenant du lien social entre les départements. Trop de TER, de trains de nuit et de fret happés par les restrictions budgétaires ! Mais l'histoire ne saurait s'arrêter là. Après tout, les voies n'ont pas disparu, elles se sont simplement tues...

La Saga du rail

Documentaire (90 min) - Réalisation Virginie Linhart - Commentaires Ariane Ascaride - Production Agat Films - Avec la participation de France Télévisions et du Centre national du cinéma et de l’image animée - Avec le soutien de la Procirep – Société des Producteurs et de l’Angoa
De la première ligne de chemin de fer née en 1827, il ne reste aujourd’hui que quelques rails cachés dans des herbes folles près de Saint-Étienne… La Saga du rail est une invitation au voyage à travers deux siècles. Ce documentaire retrace la façon dont le chemin de fer a transformé notre pays et notre façon de vivre. Cette histoire nous est confiée par les cheminots qui connaissent l’aventure ferroviaire de l’intérieur et se la transmettent d’une génération à l’autre.

La Saga du rail est diffusé lundi 1er juin à 21.05 sur France 3
À voir et à revoir sur france.tv

 

Publié le 29 mai 2020
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