La haine sur les réseaux sociaux : une soirée avec un film et un documentaire

La haine 2.0 et ses conséquences sont au cœur de cette soirée spéciale sur France 2. Adaptée du roman de Mathieu Menegaux, la fiction inédite « Jugé sans justice », réalisée par Lou Jeunet, raconte l’histoire d’un homme à qui tout réussissait (Yannick Choirat) bientôt broyé par la spirale de la vindicte populaire. Elle sera suivie du documentaire « Les Réseaux de la colère », diffusé dans « Infrarouge » présenté par Marie Drucker. À découvrir lundi à partir de 21.05.

« Jugé sans justice ». © Jean-François Baumard / FTV

Jugé sans justice

Le roman de Mathieu Menegaux Est-ce ainsi que les hommes jugent ? racontait l’histoire vertigineuse d’une erreur judiciaire et d’un acharnement populaire. Suivant la spirale infernale d’un homme accusé de tentatives d’enlèvement sur mineure et d’homicide volontaire, l’histoire révélait les arcanes de notre capacité à juger, à la fois collectivement (du côté de l’institution judiciaire) mais aussi individuellement (à travers le tribunal de l’opinion et de la rumeur qui se déchaîne sur le personnage principal). Adapté par Isabel Sebastian, Jugé sans justice est réalisé par Lou Jeunet.

Une jeune adolescente s’effondre en pleurant à côté du cadavre de son père, et un commandant de police prend soin d’elle… Quelques années plus tard, Gustavo Santini, interprété par Yannick Choirat (Victor Hugo, ennemi d’État, Laëtitia), mari et père de famille comblé, rentre du travail dans sa belle maison d’une banlieue chic où il vit avec sa femme que joue Ophélia Kolb (Dix pour cent), influençeuse culinaire, et leur fils adolescent. Le lendemain doit consacrer sa carrière professionnelle dans l’industrie pharmaceutique, et il s’y prépare avec intensité. Mais, à l’aube, ce sont les policiers qui pénètrent chez lui et le placent en garde à vue pour tentative d’enlèvement sur mineure et homicide volontaire. Le cauchemar commence… Le commandant Defils, incarné par Emmanuel Salinger (Comment je me suis disputé…), qui a promis à Claire (Justine Lacroix) qu’il retrouverait l’assassin de son père, est sûr de lui arracher des aveux. Mais, rapidement, Sophie Santini produit une preuve de l’innocence de son mari, qui doit être relâché. L’orpheline, qui a pourtant identifié formellement Gustavo, ne peut accepter qu’il soit libéré. Elle poste son histoire sur les réseaux sociaux, avec le nom de son hypothétique agresseur et coupable présumé de la mort de son père. Dès lors la machine s’emballe ! Malgré la détermination de son avocate (Anne Benoît), le harcèlement virtuel et les menaces réelles s’abattent sur Gustavo et sa famille, tandis que le doute s’infiltre chez sa femme et son fils… 

Les réseaux de la colère

« Les réseaux de la colère »
« Les Réseaux de la colère ».
© Cinétévé

L’attitude des plateformes, c’est peut-être le problème majeur. 

Nicolas Morain, avocat

Protéiforme, omniprésente, la haine 2.0 envahit désormais notre quotidien sur les réseaux sociaux, détruit des vies et divise peu à peu nos sociétés contemporaines. Pourtant, au début d’Internet, elle n’était pas programmée. Qu’est-ce qui a changé ? Ce documentaire, réalisé par Hélène Lam Trong, interroge le cocktail toxique qui la nourrit, à travers des portraits croisés d’usagers dont les convictions justifieraient, selon eux, la banalisation de l’insulte et de l’invective sur les réseaux. Il met aussi en perspective les usages de l’industrie du numérique et donne la parole à des victimes de harcèlement en ligne.

Verbatim

« Je pense que les réseaux sociaux, c’est un moyen de se faire entendre et de dénoncer. »
Steven (lycéen) – ACAB (All Cops Are Bastards)

« Si je publie ces articles en public, c’est que ça me soulage. C’est le fait que les gens s’en emparent que ça devient un jugement populaire. »
Julien – #Unclickpourunsafari 

« Avant je n’étais pas comme ça. En fait je découvre ce qu’est la haine… Je ne comprends pas qu’un gouvernement puisse être indifférent à la souffrance ! »
Annie, retraitée

« C’est comme si, d’un coup, il y avait ce moment historique qui avait permis à des personnes qui se percevaient comme des laissés-pour-compte de pouvoir retrouver des formes de justice, mais aussi de se faire justice… Les formes principales que ça a prises, on peut le regretter, ce sont les régimes de la dénonciation. »
Éric Sadin, philosophe


« YouTube et Google ont testé beaucoup de méthodes pour faire rester les gens plus longtemps et ce qui marchait le mieux, c’était des contenus très similaires à ce que les gens avaient regardé avant… Cela crée cet enfermement algorithmique, qu’on appelle des bulles de filtre en anglais, où on ne voit toujours que les mêmes informations, donc qu’une partie biaisée de l’information. »
Guillaume Chaslot, ingénieur en intelligence artificielle sorti de Google, repenti de la Silicon Valley

« Cela fait office de catharsis pour des centaines de millions d’individus mais ça ne produit rien !… Les réseaux sociaux ont généré – il faut bien le reconnaître – une forme de psychiatrisation de la société. »
Éric Sadin, philosophe


En savoir plus

« 2,7 milliards d’humains ont un compte Facebook, et parmi eux on compte 39 millions de Français. YouTube enregistre de son côté 46 millions de visiteurs mensuels. Un quart de son public est composé d’enfants. Les utilisateurs de Twitter, Instagram, Twitch, TikTok, Snapchat se comptent également en centaines de millions. »
Hélène Lam Trong, réalisatrice (Daech, les enfants du soupçon – 2020) 

21.05 Jugé sans justice

Gustavo, mari et père de famille « parfait », devait ce jour-là vivre son heure de gloire professionnelle. Mais cette journée tant attendue se transforme en cauchemar : il est placé en garde à vue pour tentative d’enlèvement sur mineure et homicide volontaire. Gustavo est-il coupable ? Claire, la victime présumée, poste son histoire sur les réseaux sociaux. Gustavo et sa famille entrent dans la spirale de la vindicte populaire, tandis que la justice se heurte au tribunal de l’opinion et à la rumeur… Est-il possible d’en sortir et dans quel état ? 

Fiction (90 min) –Adapté du roman Est-ce ainsi que les hommes jugent ? de Mathieu Menegaux (2018, Éditions Grasset & Fasquelle) – Scénario, adaptation, dialogues Isabel Sébastian – Collaboration à l’adaptation Lou Jeunet – Réalisation Lou Jeunet – Production Cinétévé et France Télévisions

Avec Yannick Choirat (Gustavo Santini), Ophélia Kolb (Sophie Santini), Emmanuel Salinger (Commandant Defils), Justine Lacroix (Claire Dalmas), Anne Benoît (Maître Synthes), Mathieu Capella (Martin Santini), Edéa Darcque (Lieutenante Broussy), Olivier Chantreau (Lieutenant Lagoutte), Sophie Duez (Béatrice), Salomé Partouche (Estelle Vivien)…

Diffusion lundi 11 octobre à 21.05 sur France 2
Jugé sans justice est à voir et revoir sur France.TV 

22.40 Infrarouge : Les Réseaux de la colère

Les entreprises du numérique, par leurs algorithmes, surexposent des contenus mensongers ou dangereusement extrémistes, restés confidentiels sans l’aide de la technologie. Suivant cette dynamique, nos sociétés occidentales se fracturent et se polarisent : quelle responsabilité portent les réseaux sociaux dans ce phénomène ? Est-il encore possible d’endiguer la violence virtuelle sans nuire à la liberté d’expression ?

Présentation Marie Drucker
Documentaire(52 min) – Auteur-réalisateur Hélène Lam Trong – Production Cinétévé, avec la participation de France Télévisions

Documentaire est diffusé dans Infrarouge lundi 11 octobre à 22.40 sur France 2
Les Réseaux de la colère est à voir et revoir sur France.TV

Publié le 08 octobre 2021
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