La grotte Cosquer : trésor de Méditerranée dans « Des racines & des ailes »

La grotte Cosquer est le seul site sous-marin orné de peintures rupestres en France. Immergée dans le parc des Calanques, elle est inaccessible au public. À quelques jours de l’ouverture de sa réplique à Marseille, Carole Gaessler vous invite à découvrir ce trésor du patrimoine préhistorique, avec des images exclusives et exceptionnelles. Ce film sera suivi d’un documentaire consacré à « La Provence, terre de rébellion ». À découvrir mercredi 25 mai à partir de 21.10 sur France 3.

 

On va rentrer dans l’intimité de ceux qui ont gravé la paroi.

Xavier Delestre, archéologue

Unique en son genre en France, la grotte Cosquer – du nom de son découvreur – est classée parmi les sites préhistoriques majeurs, au même titre que Lascaux ou Chauvet. Inaccessibles au public, ses trésors artistiques lui seront bientôt dévoilés grâce à l’inauguration d’une réplique partielle à la Villa Méditerranée, à Marseille. Pendant plus d’un an, l’équipe de Des racines & des ailes a suivi le travail des scientifiques chargés de son étude et de sa préservation, ainsi que les artistes engagés dans la réalisation de sa copie.

Le parc national des Calanques fête ses 10 ans en 2022. Ce site naturel, situé à quelques kilomètres de Marseille, offre une succession d’anses aux parois rocheuses escarpées et de criques étroites et allongées, s’étendant sur plus de vingt kilomètres. Ces formations calcaires nées il y a deux cents millions d’années ont été façonnées par des mouvements tectoniques.
En 1985, dans la calanque de la Triperie, au cap Morgiou, à trente-cinq mètres au-dessous du niveau de la mer, le plongeur Henri Cosquer pénètre par hasard dans un boyau étroit. Lorsqu’il émerge dans une grotte sous-marine et braque sa lampe sur les parois, il découvre avec stupeur qu’elles sont recouvertes de peintures et de gravures pariétales.
L’authentification de la grotte date son occupation par les hommes du paléolithique entre 19 000 et 30 000 ans avant le présent, et en 1991 elle est classée patrimoine préhistorique.
Sa cartographie va permettre d’identifier près de deux cents animaux représentés, dont la fresque la plus emblématique : celle des quatre chevaux. D’autres figures comme celle des pingouins-manchots intriguent les chercheurs. Pourquoi étaient-ils présents dans cette région de la France ?
L’analyse géologique des strates datant du paléolithique permettent de reconstituer le paysage à cette ère glaciaire. Ainsi, il apparaît que la grotte Cosquer était au-dessus du niveau de la mer et dominait de vastes plaines peuplées de nombreux animaux préhistoriques, acclimatés au froid.

« Des Racines & des ailes »
Un des chevaux de la grotte Cosquer
© Véronique Thodiard

De la vraie au fac-similé

Mais, aujourd’hui, la montée des eaux, provoquée par le réchauffement climatique, met en péril ces œuvres réalisées par les premiers artistes de l’humanité. Premiers menacés : les fameux chevaux, dont le tracé commence à s’estomper. Alors naît le projet faramineux de réaliser une copie de cette grotte. Laurent Delbos en est le grand orchestrateur. « Il y a des risques, on a des problèmes techniques énormes, mais c’est innovant à tous les niveaux ! » La numérisation entière de la grotte – un travail de précision réalisé dans des conditions extrêmes – ouvre des perspectives inespérées pour les scientifiques et constitue un support inaltérable, très précieux pour l’équipe de Laurent.
Des racines & des ailes suit le minutieux et difficile travail des techniciens qui travaillent sur ce fac-similé et des artistes, les meilleurs en matière de restitutions préhistoriques.
À Montignac, en Dordogne, Alain Dalis, qui a déjà reproduit les motifs de la grotte Chauvet, est chargé avec son équipe de réaliser les parois avec douze panneaux ornés des motifs les plus emblématiques de la grotte Cosquer : « On essaie de retrouver les mêmes matériaux qui ont servi aux hommes préhistoriques. » Un travail de longue haleine et de précision qui ne permet pas l’approximation. « Comme on n’est pas dans la grotte, on a besoin de beaucoup de photos, de prises de vues…  Avec de plus en plus de détails, on comprend mieux le geste des gravures qui viennent sous la peinture. » Des artistes au savoir-faire affirmé : « On peut parfois presque parler d’école. Il y a des codes très établis qu’on va retrouver pendant les vingt mille ans où l’art pariétal s’est exprimé dans toute l’Europe. » Aujourd’hui, les plasticiens s’appliquent à retrouver « la vibration de la paroi et arriver à retransmettre l’émotion que l’on a lorsqu’on visite l’originale. Il faut que le public puisse avoir les mêmes sensations. »
À la Villa Méditerranée, dans la grotte en cours de reconstitution, on dévoile enfin devant Henri Cosquer le fameux panneau des mains en négatif, les plus anciennes connues à ce jour et les premières apparues sous le faisceau de sa torche : « Je trouve ça même mieux que dans la vraie où tu n’as que ta petite lampe !…  Ça permet de voir la réalité d’une seule pièce. » Laurent jubile : « C’est lui qui a eu le premier ressenti. Cette émotion-là, on veut la redonner à nos visiteurs… Pour nous, c’est la plus belle des récompenses. »

Il y a très peu de loupés dans l’art préhistorique. Ce sont des personnes aguerries, qui ont reçu un savoir. On peut parfois presque parler d’école. Il y a des codes très établis qu’on va retrouver pendant les vingt mille ans où l’art pariétal s’est exprimé dans toute l’Europe.

Alain Dalis, plasticien de la grotte Cosquer
« Des Racines & des ailes »
Les mains de la grotte Cosquer
© Véronique Thodiard

Cette grotte est indissociable de son milieu naturel, les calanques de Marseille. Aux portes de la deuxième ville de France, ce sanctuaire protège une nature et une biodiversité fragiles. La création du parc national des Calanques en 2012 a permis la restauration et la préservation de nombreux espaces terrestres et marins. Mais, une décennie après sa création, les enjeux sont complexes et ce site doit faire face à de nouveaux défis, en particulier réguler une très importante hausse de la fréquentation des espaces protégés, renforcée depuis la crise de la covid. 
Le film suit également le travail patient des éco-gardes chargés de la protection de cet écrin naturel et fragile qui recèle un trésor de l’humanité.

« Des Racines & des ailes »
Archipel de Riou
© Véronique Thodiard

 


« La Provence, terre de rébellion »

Louis XIV décide, au XVIIe siècle, de doter Marseille de deux citadelles monumentales pour stopper la rébellion de la cité phocéenne. Nicolas Faucherre est historien. Il nous fait découvrir l’impressionnant fort Saint-Nicolas, un lieu méconnu interdit au public, avec ses bouches à feu encore pointées vers la ville pour mater l’esprit d’indépendance des Marseillais. Un esprit hérité de siècles d’histoire.
Cette résistance débute dès le XIIe siècle sur le site des Baux-de-Provence. Aldo Bastié, historien du patrimoine, nous raconte comment, à l’époque, le comté de Provence, un territoire indépendant du Royaume de France, passe sous le contrôle des comtes de Barcelone. Raymond des Baux refuse de se soumettre à cette domination étrangère et mène une guerre sans répit aux Catalans. C’est le début des guerres Baussenques qui vont embraser le pays pendant près de vingt ans, et dont le site vertigineux des Baux-de-Provence est le plus spectaculaire héritage.
150 ans après la révolte de la famille des Baux, un autre conflit secoue la Provence. Direction Avignon et le célèbre Palais des Papes, une véritable forteresse voulue par le pape Benoît XII. Julien Gallon, conservateur, nous explique comment cet édifice monumental permet au pape de se mettre à l’abri tout en affichant sa puissance inégalée.
En réaction, le roi Philippe Le Bel fortifie la rive française du Rhône avec la construction de l’imposant fort Saint-André, l’emblème du pouvoir royal face au pouvoir grandissant de la papauté.  
Mais en ce milieu du XIVe siècle, alors que la Cité des papes prospère, un conflit majeur va balayer tous les autres. La Provence subit de plein fouet les contrecoups de la guerre de Cent Ans. Pendant les périodes de trêve, des mercenaires ravagent la région et pillent villes et campagnes. La puissante abbaye de Montmajour est une cible de choix. Armelle Baduel, l’administratrice du site, nous fait découvrir ce lieu unique en Provence : l’une des seules abbayes fortifiées de la région avec sa tour de 26 mètres qui protège un magnifique cloître bénédictin, chef-d’œuvre de l’art roman provençal.
Enfin, à Tarascon, nous découvrirons sur les rives du Rhône, le somptueux château du roi René, construit au XVe siècle. Le roi René sera le dernier gardien de cette Provence rebelle. En 1482, la Provence est définitivement rattachée au Royaume de France mais l’esprit de ces hommes qui ont lutté au fil des siècles contre tous les pouvoirs est à jamais enraciné dans cette terre.

Des racines & des ailes : Trésors de Méditerranée

Magazine (inédit) Présentation Carole Gaessler – Réalisation Jean-Luc Orabona – Production France 3

La Grotte Cosquer, joyau du patrimoine


Le parc national des Calanques fête ses 10 ans en 2022. Situé aux portes de Marseille, ce site naturel unique en France recèle en son sein l’un des plus précieux trésors de notre patrimoine : la grotte Cosquer, la seule grotte sous-marine ornée de peintures rupestres en France. Mais elle est désormais menacée de disparition en raison de la montée des eaux. Pour permettre au plus grand nombre d’en admirer les merveilles, une réplique partielle ouvrira prochainement ses portes à la Villa Méditerranée, à Marseille.
Documentaire (52 min – inédit) – Réalisation Jacques Plaisant et Nadia Cleitman

« Des Racines & des ailes »
Marseille, cité rebelle
© Véronique Thodiard

La Provence, terre de rébellion

Depuis le Moyen Âge, la Provence est rebelle. Cette histoire épique se raconte à travers les citadelles et les châteaux qui marquent encore aujourd’hui ce territoire.
Documentaire(52 min – inédit) – Réalisation Julie Zwobada et Julien Viala

Des racines & des ailes : Trésors de Méditerranée est diffusémercredi 25 mai à partir de 21.10 sur France 3
À voir et revoir sur france.tv

Des racines et des ailes sur les réseaux sociaux
#drda / Facebook / Twitter : @drda_officiel / Instagram : @desracinesetdesailes

Commentaires