« La Grande Librairie » : Si on lisait... à voix haute ?

Le concours « Si on lisait... à voix haute ? » livre son verdict ce mercredi à 20.50 dans « La Grande Librairie ». Imaginé par son présentateur François Busnel, ce rendez-vous offre une scène ouverte à douze lecteurs sélectionnés parmi 140 000 collégiens et lycéens. Le plus talentueux sera désigné par un jury de spécialistes, au terme d’une finale où les candidats revisiteront certains des plus beaux textes de la littérature. Le maître de cérémonie nous en dit plus. Entretien.

François Busnel présentant le concours "Si on lisait... à voix haute ?"
François Busnel présentant le concours « Si on lisait... à voix haute ? ». © Nathalie Guyon / FTV

Pourquoi ce concours de lecture ?
François Busnel : La lecture à haute voix me paraissait un peu oubliée, alors qu’elle est absolument capitale et décisive. On lit beaucoup dans sa tête, de manière solitaire, ce qui est très bien. Alors que la lecture à voix haute permet de s’évader en se libérant de sa timidité, de ses peurs et du regard que les autres portent sur vous. Lorsque vous lisez dans votre tête, vous n’entendez pas la musique des mots. Or, à voix haute, le même texte prendra une saveur encore plus forte. Et c’est ainsi que l’on peut voir la différence entre un écrivain et un grand écrivain, dont le récit sera ainsi sublimé. C’est pour cela que je me suis dit qu’il fallait imaginer ce concours, qui démontre que la lecture donne certaines armes naturelles pour affronter le réel.   


Vous-même, lisez-vous souvent à haute voix ?
F. B. : Oui, je le fais en lisant des passages d’ouvrages que j’ai aimés à mes proches. C’est aussi un bon moyen de savoir si le livre que j’ai choisi tient la route. Il faut faire résonner les mots, car les dire nous révèle une beauté cachée et silencieuse. Prononcer les mots revient d’une certaine façon à les libérer, un peu comme pour une chanson interprétée à voix haute. Si on ne fait que lire dans sa tête, la lecture va devenir une lecture morte. Or, je pense qu’il est important de faire les deux : d'une part, lire silencieusement et, d'autre part, s’amuser en donnant tout à coup vie aux mots. L’année dernière, j’avais débuté un spectacle de lecture publique, malheureusement interrompu par la covid. Je n’ai fait que quelques dates, mais je me suis rendu compte que les gens adorent entendre des extraits de livres lus à haute voix. Lorsqu’on voit que mille cinq cents personnes se déplacent pour une telle performance, on sent bien qu’il y a un immense désir d’entendre lire.

Comment s’est déroulée la sélection des douze finalistes ?
F. B. : On a travaillé essentiellement avec les professeurs officiant de la sixième à la terminale. Les professeurs, qui sont nombreux à regarder La Grande Librairie, font un travail très difficile en donnant aux jeunes le goût de la lecture. Ce sont d'ailleurs les enseignants eux-mêmes qui ont formé les élèves et sélectionné les meilleurs. Les enfants ont ensuite envoyé leurs vidéos, et un jury en a sélectionné douze parmi la centaine de candidats restants. Les finalistes sont tous surprenants et méritent chacun le titre.

Cent quarante mille jeunes y ont participé. Vous attendiez-vous à un tel succès ?
F. B. : Très honnêtement, non. Avec Delphine Ernotte et Takis Candilis, nous nous étions dit, en lançant l’opération il y a un an, que mobiliser 20, 30 ou 40 000 élèves serait formidable. Et puis, on s’est retrouvé avec 50 000 inscrits en octobre. Là, on a compris qu’il se passait quelque chose. Soulignons que cela n’a jamais été fait à la télévision. Organiser un concours de lecture à voix haute, et considérer cet exercice comme étant aussi important qu’un télé-crochet musical ou qu’un concours d’éloquence, est une initiative inédite… J'insiste également quant au fait que je ne m’attendais pas à ce que les candidats aient une personnalité aussi forte. Tous ont en outre un point commun, en ce sens que la lecture à voix haute les a fortement décomplexés.

Comment ont été choisis les textes qui seront lus lors de l’émission ? 
F. B. : On a garanti aux élèves une chose : à savoir que le choix du texte leur revenait. On leur a simplement recommandé de trouver un livre qui leur ressemble et qui leur permette d’exprimer ce qu’ils sont. « Raconte-moi qui tu es et raconte-le-moi avec les mots des autres », voici pour ainsi dire quel était le mot d’ordre. Plusieurs textes choisis sont très puissants et dérangeants. Nous entendrons notamment des extraits de Voyage au bout de la nuit de Céline. De Petit Pays, de Gaël Faye, lauréat du prix Goncourt des lycéens en 2016 avec cet ouvrage sur la guerre au Rwanda. Ce sont des textes qui aident à se comprendre et à savoir qui l’on est. J’adore cette phrase de Victor Hugo disant : « L’avenir est une porte fermée, le passé en est la clé. » Et c’est justement en cherchant dans les livres anciennement publiés que l’on trouve non pas une contemplation du passé, mais la clé pour connaître son avenir.

Quelles sont les qualités d’un bon lecteur ou conteur ?
F. B. : Un bon lecteur doit vous captiver. Au même titre qu’un conteur. On doit ressentir le désir de l’écouter infiniment. Bien sûr, il faut une voix, qui doit être travaillée. On ne naît pas avec une voix de radio, de cinéma ou de théâtre, mais on la travaille. Et, précisément, la lecture est une façon de travailler sa tessiture vocale, pour avoir la capacité d’épouser tous les registres littéraires. Un bon lecteur fait confiance en sa voix en sachant respecter la ponctuation du texte et les intonations, tout en faisant preuve d’audace. Car, si vous lisez un texte à la manière d’une notice chirurgicale, cela n’aura que peu d’intérêt. L’important est donc de déjouer l’ennui. L’une des qualités pour y parvenir est de connaître son texte, mais il convient aussi d'accepter la prise de risque... C'est un peu comme lorsque l’on plonge dans une piscine ou dans la mer. Avant de sauter, vous maîtrisez vos gestes de natation… Pour autant, une fois dans l’eau, tout peut arriver. Or, le public adore cette mise en danger, car c'est là que se mesure le talent d’un lecteur.   

Si vous étiez à la place d’un des finalistes, quel texte aimeriez-vous lire à voix haute ?
F. B. : Forcément, un texte qui me révèle... Peut-être un passage de Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, ou bien de Dalva de Jim Harrison. Deux ouvrages qui m’ont profondément marqué.

Si on lisait... à voix haute ? — Finale

Concours de lecture diffusé dans La Grande Librairie – Présentation François Busnel – Production Rosebud Productions, avec la participation de France Télévisions – Organisé par « La Grande Librairie », France Télévisions et Lumni, en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse

Si on lisait... à voix haute ? est à suivre en direct dans « La Grande Librairie » mercredi 26 août à 20.50

À voir et revoir sur France.tv

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