La fièvre de l’or bleu : « Sur le front - La guerre de l’eau en France »

Ici, il y en a trop ; là, pas assez ; ailleurs, elle est polluée. L’eau est devenue un objet de préoccupations et l’enjeu de tensions entre ses usagers. Dans ce nouveau numéro de « Sur le front », Hugo Clément est allé à la rencontre de militants qui se mobilisent pour la préservation de cette ressource indispensable mais de plus en plus rare, depuis sa source jusqu’à sa distribution. Dimanche à 20.55 sur France 5.

« Sur le front : la guerre de l'eau » © Winter Productions

Hugo Clément : « Nous assistons chez nous aux premiers conflits occasionnés par la raréfaction de l’eau »

« Cet été, j’ai été frappé, comme chacun d’entre nous, par la multiplication des incendies en France, en Grèce, en Turquie, en Algérie… Les satellites de la NASA ont recensé le 8 août plus de 180 000 feux à travers le monde : un record historique. Ce terrible état des lieux est directement lié à la sécheresse. 
Nous avons tous l’impression de sortir d’un été pourri, et pourtant, même cette année, un tiers des départements français a dû imposer des restrictions à l’usage de l’eau. Un village près de Narbonne s’est retrouvé à sec – plus rien ne coulait du robinet – et a été obligé de se faire livrer de l’eau potable par camions citernes, le niveau de la nappe phréatique ne permettant plus l’alimentation en eau potable. 
Je me suis aperçu que l’on ne s’intéressait pas assez à ce qui se passe sous nos pieds. En France, près des deux tiers de l’eau potable que nous consommons viennent des eaux souterraines. Pourtant, savons-nous à quoi ressemble une nappe phréatique ? J’ai décidé d’explorer les entrailles de la terre pour mieux comprendre leur fonctionnement. Avec le dérèglement climatique, les périodes sans pluie deviennent plus longues et plus fréquentes.
Nous avons intitulé l’émission La Guerre de l’eau en France car nous assistons chez nous aux premiers conflits occasionnés par la raréfaction de cette précieuse ressource. En Picardie, des habitants accusent les canons anti-grêle utilisés par certains cultivateurs de les priver de pluie. En Charente, des citoyens se battent pour bloquer la construction de méga-bassines destinées à l’irrigation de certaines cultures. 
Nous devons absolument apprendre à gérer différemment notre eau pour préserver cette ressource vitale. C’est notamment le combat mené par Emma Haziza : cette chercheuse en hydrologie déploie toute son énergie pour alerter les usagers et pour trouver des solutions. Mais dans un immeuble de Grenoble, on utilise déjà l’eau de pluie pour alimenter les robinets et la ville des Sables-d’Olonne se lance, elle, dans un projet encore plus surprenant : traiter les eaux usées issues des salles de bains et des toilettes pour les transformer… en eau potable ! »


Les séquences

Boire ses eaux usées : un projet aux Sables-d’Olonne, déjà une réalité en Namibie
Le défi : transformer l’eau qui sort de nos toilettes en eau potable ! Aux Sables-d’Olonne, un procédé encore à l’étude pourrait permettre de recycler les eaux usées dès 2023. Il y a urgence car la station balnéaire manque cruellement d’eau pendant la saison touristique. L’exemple à suivre vient de la Namibie. Ce pays a, en la matière, une sacrée longueur d’avance ! Hugo Clément visite la première usine au monde d’eaux usées recyclées. Après tout un parcours dans différents filtres, bacs de décantation et une ultime étape d’ultrafiltration pour évacuer bactéries et virus, l’eau est à nouveau saine et parfaitement consommable. 

Canons anti-grêle : quand des cultivateurs veulent faire la pluie et le beau temps
Des dizaines de canons anti-grêle existent un peu partout en France. Des cultivateurs les actionnent dans un bruit assourdissant lorsqu’ils voient arriver un nuage qui menace leurs cultures. Dans la campagne picarde, des riverains sont persuadés que ces détonations, outre qu’elles sont extrêmement bruyantes, empêcheraient la pluie de tomber. Ils se battent pour faire disparaître ces canons du paysage et préparent des recours en justice.
 
À Grenoble, de l’eau  de pluie comme eau potable
Dans le chef-lieu de l’Isère, un immeuble révolutionnaire permet de recueillir les eaux de pluie et de les transformer en eau potable, tandis que les eaux usées servent à cultiver des jardins participatifs. Les locataires des 62 logements diminuent ainsi de deux tiers leur consommation. Prochaine étape : ils pourront bientôt réutiliser l’eau de leurs douches pour se laver à nouveau dès le lendemain…

La guerre des « méga-bassines » en Charente 
Dans la campagne charentaise, neuf immenses réserves d’eau pourraient voir le jour d’ici à quelques semaines, parfois grandes comme une quinzaine de terrains de football. En principe, elles sont censées recueillir l’eau de pluie l’hiver et  permettre d’arroser les champs – en majorité du maïs, très gourmand en eau – pendant l’été. Mais certains agriculteurs indignés par cette pratique de réquisition s’opposent aux travaux. Pour eux, l’eau doit rester un bien commun et il est aberrant que l’on puise dans les nappes phréatiques pour stocker l’eau à l’air libre et la laisser s’évaporer sous les rayons du soleil.


Les témoins

@ Winter productions

Emma Haziza
Hydrologue engagée, Emma met toute son énergie pour alerter les Français et chercher des solutions pour faire face à la sécheresse.
« On a cinq ans pour agir, on n’a pas jusqu’en 2050. Les choses sont en train de se dérouler à une telle vitesse qu’on n’a jamais vu ça de mémoire d’homme. »

@ Winter productions

Hervé Godefroy
Cet habitant de Cartigny (Somme) se bat contre les canons anti-grêle de son voisin agriculteur. Il est persuadé que ces dispositifs empêchent la pluie de tomber et accentuent la sécheresse. Lui qui travaille aussi dans le milieu agricole veut faire cesser à tout prix ces détonations assourdissantes.
« Trois, quatre agriculteurs font la pluie et le beau temps, sans s’occuper des centaines d’autres agriculteurs voisins. C’est vraiment terrible ! »
 
@ Winter productions

Marina Lonardi  
Dans sa ferme Les Jardins de l’Osme, cette maraîchère bio privilégie la culture de légumes peu gourmands en eau. Elle s’oppose fermement à un projet de construction de méga-bassines tout près de chez elle. Elle se mobilise pour que les exploitations agricoles gèrent mieux cette ressource qui se raréfie. Elle refuse que l’on pompe dans les nappes phréatiques pour remplir des retenues d’eau démesurées.
« Autour de chez moi, il y a 9 projets de bassines supplémentaires : je me dis qu’on va droit dans le mur. »

« Sur le front – La guerre de l’eau en France »

Magazine (52 min) – Présentation Hugo Clément – Rédaction en chef Pierre Grange – Réalisation Anne-Claire Danel – Production Winter Productions, avec la participation de France Télévisions

Diffusion dimanche 26 juin à 20.55 sur France 5
À voir et revoir sur france.tv

Publié le 23 septembre 2021
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