« La Chute de la maison Balkany » : la saga racontée dans « C’était écrit »

Le 13 septembre 2019, à l’issue d’un procès retentissant, le verdict signe la chute de Patrick et d’Isabelle Balkany, à la tête de la mairie de Levallois depuis plus de trente ans. « C’était écrit » raconte cette saga politique : leur ascension, le système dont ils ont largement profité et la trahison. Les témoignages qui éclairent les nombreuses archives inédites déroulent la mécanique inéluctable qui a conduit à leur condamnation. Un documentaire à voir sur France 5 mardi 29 juin à 20.50.

Patrick Balkany lors de son procès avec son avocat Eric Dupont-Moretti © Caméra Subjective

C’était inéluctable parce qu’ils se croyaient tout permis et ils sont allés trop loin en tout. 

Anne-Eugénie Faure, élue PS conseillère municipale à Levallois de 2008 à 2020

On les surnomme les « Thénardier de la politique ». Longtemps ils se sont crus intouchables. Mais, le 13 septembre 2019, Patrick Balkany est condamné à quatre ans de prison ferme et aussitôt enfermé à la prison de la Santé. Sa femme Isabelle écope de trois ans, et tous les deux de dix ans d’inéligibilité pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale. Une décision que les élus de Levallois ont vécu comme un choc psychologique terrible. Pour comprendre, il faut se replonger dans le passé, dans l’histoire d’un couple hors normes qui a défrayé la chronique politique pendant près de quarante ans.

Le 29 janvier 2014, une perquisition est menée au domicile des époux Balkany, à Giverny : un moulin avec son parc estimé à quatre millions d’euros. Pourtant le couple ne paie pas d’impôt sur la fortune. Les enquêteurs trouvent notamment une table de poker, plusieurs caves à cigares et vingt-deux montres de luxe. Dans la salle de projection, un bar et les films Scarface et Les Tontons flingueurs, le film préféré de Patrick. Celui qui a commencé sa carrière comme acteur, avec son ami Robert Hossein, se voit déjà sur le devant de la scène. Avec Isabelle, ils vont former à la ville comme en politique un couple médiatique — presque de cinéma — sans imaginer sa fin dramatique.
Lui, c’est le fils d’un émigré hongrois qui a réussi dans le prêt-à-porter de luxe. Jeune loup du RPR à sa création, il se lance en politique avec le clan Pasqua où il fait la connaissance d’un compatriote, Nicolas Sarkozy. Elle, c’est l’héritière d’une famille juive tunisienne : très intelligente, elle débute au quotidien Combat où le rédacteur en chef Philippe Tesson l’initie au journalisme. Il la choisira plus tard comme directrice de campagne lorsqu’il se présente à des élections locales. 
Le couple Balkany ou « la tête et les jambes »...
En 1983, Patrick s’empare, à la surprise de tous, de la mairie communiste de Levallois-Perret, réputée imprenable. « Les grandes promesses ont commencé là », raconte Alexandra Colineau, réalisatrice de Patrick Balkany, ses amis, ses affaires, ses ennuis. « Venez nous voir, vous aurez ce que vous voulez ! » Le système Balkany se met en place. 
« À partir de 1983, la spéculation s’est emparée de la ville », se souvient Annie Mandois, conseillère municipale PCF de 2001 à 2014. Le RPR a besoin d’argent et met en place un système de financement dans les Hauts-de-Seine. « Les promoteurs, en échange du fait qu’on leur concède des terrains qui vont prendre de la valeur, raconte le journaliste du Monde Fabrice Lhomme, vont devoir passer à la caisse. » Pour le journaliste de Mediapart, Fabrice Arfi, « à certains égards, c’est une république bananière en soi ». 
En 1985, Patrick Balkany est nommé président de l’Office HLM des Hauts-de-Seine. Didier Schuller en devient son directeur général. Un nouveau pas est franchi : « L’Office des HLM des Hauts-de-Seine a fait bénéficier le RPR de financements politiques. » Un témoignage précieux puisque celui qui fut le proche du maire de Levallois pendant des décennies deviendra aussi celui dont les révélations déclencheront le début de l'enquête en 2014.
Car si la justice a enfin rattrapé les Balkany, c'est d'abord à cause d'une trahison. Celle d'un homme lui-même trahi par celui qui lui avait promis un soutien politique indéfectible. Après avoir été 
« l’homme porte-valises » — celui qui ira jusqu'à cacher de l'argent sur le terrain de sa propriété alsacienne pour le compte du RPR —, « il devient la part d’ombre de Patrick Balkany, précise Fabrice Arfi, celui qui en sait trop et qui s’est tu ».

C’était ça, cette époque-là : on est au croisement de « Scarface » et du « Loup de Wall Street », on est dans un film constamment !

Gérard Darvet, journaliste au « Monde »

Ses confidences, il les fait aux deux journalistes du Monde« J’ai accepté de faire travailler ma mémoire et de ressortir un certain nombre de pièces judiciaires qui avaient été enterrées. » Gérard Darvet et Fabrice Lhomme se souviennent : « À un moment donné, Didier Schuller bascule : il nous donne concrètement les clés de la fortune cachée des Balkany. Et ça, Balkany, il ne pouvait pas le prévoir. Il ne savait pas que Didier Schuller nous racontait tout ! » Les détournements de fonds à la mairie de Levallois mais aussi les villas aux Antilles, le riad à Marrakech, les montages off-shore... 
À l'automne 2013, ils publient 
French Corruption sur le clan des Hauts-de-Seine et Patrick Balkany. Le parquet décide alors d’ouvrir une enquête confiée au juge anti-corruption Renaud Van Ruymbecke. « Et c’est comme ça, résume Fabrice Arfi, que naît le début de la fin de la grande aventure Balkany. » 

Or, Patrick et Isabelle Balkany croient pouvoir se soustraire une nouvelle fois à la justice. Protégées par leur ami Nicolas Sarkozy tout au long de son mandat présidentiel jusqu'en 2012, les stars médiatiques se sont habituées à
 « un système où régnaient l’absolue impunité et l’absolue omerta », explique Gérard Darvet.
En 2014, ils enchaînent un nouveau mandat à la tête de Levallois qui, avec ses 60 000 habitants, détient pourtant un triste record : celui de la commune la plus endettée de France ! « La politique normalement, c’est d'agir dans l’intérêt général, s'étonne Julien Martin, journaliste et auteur du livre Les Balkany. Eux, leur but, c’est d’agir dans au moins 51 % des intérêts particuliers ! Et ça a abouti à leur réélection pratiquement permanente ! »
Pour les élections municipales de 2020, jusqu'au dernier moment, ils y croiront encore. Mais cette fois, le jugement confirmé en appel les en empêchera. « Jusqu’au bout, on a eu le sentiment, résume 
Alexandra Colineau, qu’ils pensaient que ça ne pouvait pas arriver ! »

« C'était écrit : La Chute de la maison Balkany »
Patrick et Isabelle Balkany lors de leur rencontre
© Caméra Subjective

C'était écrit – La Chute de la maison Balkany

Mardi 29 juin à 20.50 sur France 5

Ce nouveau numéro de C'était écrit, mini-série documentaire, raconte l’ascension puis la chute de Patrick et Isabelle Balkany. Leur procès ultra-médiatique de l’été 2019 a fait ressortir la quintessence de leur vie. Les quelques mois qui ont suivi racontent une fuite en avant : la prison, l’ultime tentative de se maintenir à Levallois-Perret, et leur condamnation définitive.
L'auteur de ce documentaire, Félix Seger, décrypte cette saga politique, enquête sur les temps forts et cette chute inimaginable pour le couple, qui avait échappé à la justice durant plus de trente ans. Il remonte à l'origine des faits afin d'en dévoiler la mécanique cachée. Des magistrats, des journalistes d’investigation et leurs opposants de toujours, leurs proches ayant côtoyé le couple de l'intérieur, ont été interrogés et livrent leurs confidences.
Et si cette chute était finalement écrite ? La lecture des nombreuses archives inédites, éclairée par la connaissance de la fin de l’histoire, prend une saveur toute particulière...
En septembre 2019, Patrick Balkany est enfermé à la prison de la Santé. La justice du nouveau monde a signé la fin d’une époque : celle des valises de cash et des marchés publics truqués des Hauts-de-Seine, des villas dissimulées au fisc et d’une génération politique biberonnée par Charles Pasqua, qui a prospéré aux côtés de l’ami de toujours, Nicolas Sarkozy.
Patrick Balkany avait toujours clamé, derrière un sourire ultra bright et avec un cigare à la bouche : « Je suis l'homme le plus honnête du monde. » Alors, pourquoi ce procès, qui fait suite à une longue enquête débutée en 2014, a-t-il entraîné la fin de tout un système ? Pourquoi est-il aujourd’hui, enfin, condamné ? Au fil des entretiens, les principaux acteurs dévoilent les coulisses de la fuite en avant des époux Balkany, qui n’ont jamais cru à leur chute. 
 
Les intervenants
Didier Schuller, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Fabrice Arfi, Jean-François Bohnert, Pierre-Olivier Sur, Agnès Pottier-Dumas, David-Xavier Weiss, Sylvie Ramond, Jean-Paul Philippe, Anne-Eugénie Faure, Arnaud de Courson, Sébastien Blanc, Véronique Hamayon, Ugo Bernalicis, Bruno Jeudy, Julien Martin, Alexandra Colineau, Philippe Tesson.
 
Documentaire de la collection « C'était écrit » (92 min - 2021) – Raconté par Karim Rissouli – Auteurs Alexandre Amiel et Bruce Toussaint – Réalisateur Félix Seger –  Production Caméra Subjective, avec la participation de France Télévisions

À voir et à revoir sur france.tv

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