« Jeunesse en fumée » : accros en herbe

De plus en plus toxique et addictif, consommé de plus en plus tôt, bénéficiant d'une image positive, particulièrement chez les adolescents, le cannabis est devenu un enjeu de santé publique. Sans faire la morale, le documentaire d'Andrea Rawlins-Gaston, « Jeunesse en fumée », alerte à travers le témoignage de quatre jeunes fumeurs. Mardi à 22.50 dans « Infrarouge » sur France 2.

« Jeunesse en fumée » © Christophe Astruc /CAPA

Ça commence comme une histoire d’ados. L’excitation de l’interdit, la sensation de bien-être, le plaisir d’être cool, la facilité à se faire des copains, à parler avec eux le langage codé des affranchis – « oinj », « stick », « bang », « soper », « p 2 », « foncedé », « Marco... Polo »... Le premier joint, pour certains, est aussi mémorable que la première relation sexuelle. En plus facile. Une histoire banale, donc. Mais de plus en plus précoce, puisque, en France, un élève de 4e sur dix confie avoir déjà fumé du cannabis et que ce sont quatre adolescents de 17 ans sur dix, soit le double de la moyenne européenne. Et de plus en plus problématique, puisque, sans qu’on s'en avise vraiment, le cannabis a changé, devenant dix fois plus puissant en 30 ans, à mesure pourtant que ses effets toxiques et parfois irréversibles sur le cerveau, particulièrement sur le cerveau en formation, étaient mieux documentés scientifiquement.
Johanna, Gaël, Randy et Aurélien ont entre 20 et 29 ans. Pour eux, les premiers « bédos » occasionnels entre potes ont viré à la pratique régulière et à l’addiction, plombant la scolarité et les études, enfermant dans la solitude et la dépression, entraînant la consommation de drogues plus dures, voire provoquant des épisodes psychotiques. Devant Andrea Rawlins-Gaston, ils se racontent avec franchise et lucidité, contribuant à faire de Jeunesse en fumée un message sans ton moralisateur ni prêchi-prêcha. Pour la réalisatrice, il s’agit d’« alerter sur la santé des jeunes sans se prononcer sur la dépénalisation, sans faire de confusion avec le cannabis médical. Mais comment expliquer aux jeunes qu’ils jouent à la roulette russe sans passer pour de vieux réacs ? “OK boomer”, répond l’écho ! Les statistiques les plus marquantes, les preuves les plus scientifiques ratent leur cible si elles sont désincarnées. Voilà pourquoi j’ai fait le choix d’un film où la jeunesse se parle à elle-même, avec ses mots, ses émotions, ses regards éloquents, ses silences et ses vannes.Oser dire le kif des premiers joints, les amis qu’on se fait ou croit se faire, pour mieux dire les manques qu’on comble, la scolarité qui s’effiloche, les crises de colère et de manque, les bad trips. Les témoins de Jeunesse en fumée ont le courage de se raconter à visage découvert. Sortis, ou pas encore, de l’addiction, ils parlent aux plus jeunes, et à travers eux aux parents des plus jeunes. Mais c’est aussi à eux-mêmes, à l’ado qu’ils étaient, qu’ils s’adressent. À cet ado qu’ils retrouvent par la parole. À ce parcours de vie, dont ils reprennent le fil. »

C.K.G.

La diffusion de ce documentaire sera suivi d’un débat avec le docteur Nicolas Prisse, président de la Mild&ca (Mission interministérielle de la lutte contre les drogues et les conduites addictives), et Jean-Pierre Couteron, psychologue clinicien et addictologue, auteur du livre Adolescents et cannabis : que faire ? (Éditions Dunod).


« Jeunesse en fumée », en résumé

Toujours plus addictif, le cannabis n’a plus rien à voir avec ce que certains parents fumaient vingt ans auparavant. Jeunesse en fumée répond à une inquiétude : les ados fument de plus en plus alors que les effets toxiques du cannabis sont prouvés sur le cerveau. Perte d’attention et parfois de QI, déscolarisation, solitude affective et même, dans certains cas, conduites psychotiques : la « fumette » est devenue un enjeu de santé publique. Chez les jeunes, le cannabis a pourtant une bonne image. Il est réputé moins nocif que l’alcool ou la cigarette. Les adolescents français en sont les premiers consommateurs d’Europe. Jeunesse en fumée leur donne la parole, sans filtre moralisateur.
Il y a Johanna, et son spleen d’étudiante. Pour elle, le cannabis était un « pansement sur la douleur », en même temps que le « couteau qui lui perforait le cœur ». Il y a Gaël, et sa spirale de solitude. Il raconte ses nuits à fumer des joints rivé à son écran, une addiction alimentant l’autre.
Il y a Randy, et ses voix intérieures. Psychologiquement fragile, le jeune homme s’est senti partir dans une vision hallucinée du monde, au point de se faire interner. Et puis il y a Aurélien, et son parcours cabossé. Le cannabis l’a trouvé au collège et ne l’a plus lâché, l’amenant à essayer des substances toujours plus fortes. Tous ont pris du recul avec le produit, même si certains fument encore.  

Documentaire (70 minutes, 2021) – Inédit – Un film d’Andrea Rawlins-Gaston – Réalisation Andrea Rawlins-Gaston & Christophe Astruc – Montage Pauline Rebière – Production CAPA

Diffusé mardi 6 avril dans « Infrarouge » à 22.50 sur France 2.
Jeunesse en fumée est à voir et à revoir sur france.tv

Publié le 02 avril 2021
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