« Invisibles : les travailleurs du clic » : de l’autre côté de nos écrans

Uber, Facebook, Deliveroo, Google… Derrières nos écrans, des algorithmes et, surtout, des milliers de petites mains. Ils sont livreurs, chauffeurs, micro-travailleurs ou modérateurs... « Invisibles : les travailleurs du clic » lève le voile sur ces métiers de l’ombre et le quotidien précaire de ces ouvriers du numérique. Une série documentaire de France TV Slash, glaçante et nécessaire, à découvrir, ce lundi 11 avril, sur France 5 à 21.00.

« Invisibles : les travailleurs du clic ». © Story Circus / FTV

Aujourd’hui, tout est à portée de clic. Commandes à distance, réseaux sociaux, recherches Google… Mais, au-delà des algorithmes, qui se cache derrière nos écrans ? Le réalisateur Henri Poulain et l’auteur Julien Goetz ont choisi de mettre en lumière les métiers de l’ombre. Qu’ils soient livreurs, chauffeurs, micro-travailleurs ou modérateurs, ces milliers d’hommes et de femmes, partout dans le monde, travaillent de l’autre côté du clic. Au fil des quatre épisodes de cette collection documentaire, on plonge ainsi dans le quotidien précaire de ces ouvriers du numérique, souvent invisibles, œuvrant pour le compte de plateformes capitalistes. Énergivores, sous-payés, non protégés, passés contractuellement sous silence, ces métiers sont révélateurs, selon Antonio Casilli, enseignant chercheur à l’université Télécom de Paris, d’une « exploitation généralisée » et d’une inquiétante « asymétrie économique ». 

Travailleurs à la demande

Bilel, 24 ans, est livreur pour Uber Eats. Au compteur de son vélo : 60 heures de travail par semaine pour 400 euros brut. Le jeune homme avoue, non sans cynisme, qu’il consacre sa vie à Uber. Zlat, lui, est passé de la bicyclette au scooter, plus sécurisant selon lui, car le GPS fourni par Uber est formaté pour les itinéraires en voiture et non à vélo. Il vise les 100 euros par jour et cumule plus de 70 heures de boulot par semaine. Et chez Uber comme chez ses concurrents le nombre d’heures peut vite grimper, car « tant que vous êtes connectés, vous êtes là pour travailler ». Mais, attention, seules les commandes sont payées… Ces travailleurs à la demande, en attente d’une hypothétique commande, s’arment donc de patience et patrouillent, à vélo ou en voiture. Disponibles mais pas payés, tous continuent pourtant de produire gratuitement de la data, les données nourrissant l’algorithme d’Uber planchant sur une automatisation à terme de ses services, comme des véhicules autonomes ou des robots livreurs. Ironie du sort, ces travailleurs du clic fournissent donc les données qui feront disparaître leur métier.

Nathalie, elle, est micro-travailleuse. Elle se connecte chaque jour, via son adresse gmail, à un site où les tâches sont quotidiennement distribuées. Nathalie compare des mots clefs et gère, comme elle le peut, ce travail impersonnel et répétitif tombant de manière aléatoire à différents moments de la journée, sans jamais avoir rencontré ni même parlé aux personnes pour lesquelles elle travaille. À Madagascar, Nomena gère quant à elle les messages Facebook et Twitter d’un grand parc d’attractions français. Elle travaille six jours sur sept, 48 heures par semaine pour un forfait de 200 euros. En France, 260 000 personnes micro-travailleraient, même occasionnellement. Au niveau mondial, ils seraient entre 45 et 90 millions…

Travailleurs traumatisés

À Barcelone, Amélie est modératrice pour Facebook et avoue que, légalement, elle ne peut rien communiquer sur la compagnie ; son contrat, comme celui de tous les modérateurs, contient un NDA (Non Disclosure Agreement) qui interdit de parler de son travail, y compris à ses proches. Au quotidien, Amélie modère du contenu toute la journée et se heurte à la violence des images de meurtres, suicides, racisme, discrimination. Le pire pour elle, les images de « décapitation et de viol de bébé »… Un travail dont on ne sort pas indemne. Selon elle, si « la fonction de modérateur est nécessaire, il faut revoir la manière dont on traite les modérateurs : être moins sur les intérêts privés et penser plus à la communauté ».
À Dublin, Chris prévint d’emblée : « Tu vas voir des choses que t’as pas envie de voir. On ne retrouve pas son innocence. » En étant confronté à du contenu violent ou haineux toute la journée, Chris avoue ne pas aller très bien. Les modérateurs ont besoin, selon lui, de l’aide d’un professionnel qui les accompagne. « Facebook veut protéger Facebook, mais ne veut pas protéger les gens qui sont traumatisés », déplore-t-il. 

 

Invisibles : les travailleurs du clic

Épisode 1 : Roulez jeunesse
Coursiers à vélo, en scooter ou en voiture pour une plateforme de livraison de repas à domicile. De l’autre côté de nos applications, ces travailleurs du clic se démènent pour satisfaire nos besoins. 

Épisode 2 : Micro-travailler plus pour micro-gagner moins
Les algorithmes répondent à nos envies, à nos désirs. Et si de vraies personnes étaient employées à jouer les robots en attendant que ceux-ci existent réellement ? 

Épisode 3 : Traumas sans modération
Une infime quantité des contenus publiés sur les réseaux sociaux nous font voir le pire. Heureusement, des filtres automatiques modèrent ces contenus. Automatiques, vraiment ?
 
Épisode 4 : Au-delà du clic
Au-delà de ces histoires singulières, des systèmes émergent et se dessinent. Le sociologue Antonio Casilli nous explique une part de ce monde moderne et de ses conditions de travail en apparence novatrices. 

Série documentaire (4 x 26 min) – Réalisation Henri Poulain – Écrite par Julien Goetz et Henri Poulain – D’après l’expertise éditoriale d’Antonio Casilli – Production StoryCircus – Avec la participation de France Télévisions

Invisibles : les travailleurs du clic est diffusé lundi 11 avril à 21.00 sur France 5
À voir et à revoir sur France TV Slash

Publié le 07 avril 2022
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