Philippe Gougler et ses trains pas comme les autres

L’infatigable globe-trotteur est intarissable lorsqu’il évoque ses périples ferroviaires. Philippe Gougler entame sa douzième saison avec un même plaisir, une même envie de découvrir de nouveaux trains et d’en profiter pour lier amitié avec ses voyageurs. Son voyage débuté au Guatemala se poursuit en Italie ce jeudi à 21.00 sur France 5. Avant de prendre place pour ce nouveau voyage, rencontre avec votre guide.

 

Quand vous allez vers les autres de façon curieuse et respectueuse, ça se passe en général très bien. Il faut commencer par essayer de comprendre leur vie, leur façon de faire, différente de la vôtre. Une façon qui n’est pas meilleure ni moins bien... Juste très différente.

Philippe Gougler

Des trains pas comme les autres entame sa 12e saison depuis sa reprise en 2011, quel effet ça vous fait ?
Philippe Gougler : Jamais je n’aurais cru que ça durerait aussi longtemps ! Ce qui fait vraiment plaisir, c’est que l’émission, de par sa façon d’aborder le monde, semble avoir trouvé son public, un écho auprès des téléspectateurs. Et il n’y a rien qui fasse plus chaud au cœur, quand vous faites quelque chose que vous aimez, que cela marche auprès des téléspectateurs… Que demander de mieux ? 

Lors de cette saison, vous avez découvert sept pays. Est-ce qu’il y en a un qui vous a marqué plus que les autres ?
P. G. : Évidemment, nous les avons tous aimés ! Mais j’ai été particulièrement marqué par le Mexique et le Guatemala. S’agissant du Mexique, on a du mal à s’en faire une idée précise tant qu’on y est pas allé, car le pays est gigantesque. Les Mexicains sont absolument adorables et nous avons vécu le fameux Dia de Los Muertos (le jour des morts). Il y a une mystique dans cette journée que j’aime beaucoup. On respecte les morts, sans que ce soit triste. Les défunts « redescendent sur Terre », il y a des fleurs partout… Il y a un mélange de recueillement, de gaieté et de respect, mais pas de tristesse. C’est une autre façon de voir la mort qui est très touchante. Pour le Guatemala, les temples mayas, perdus dans la jungle, sont époustouflants ! On n’en a exhumé qu’une infime partie (89 sur 3 000 selon les estimations). Découvrir ces temples mayas, c’est déjà un périple à part entière ! Tout d’un coup, au milieu de la forêt, de la jungle, vous découvrez ces édifices incroyables qui se dressent, entourés de bruits d’oiseaux et d’animaux. L’expérience du temple maya, c’est bien plus qu’une expérience archéologique, c’est une aventure personnelle.
Enfin, je suis actuellement à environ 1 000 kilomètres du pôle Nord sur le Spitzberg, en Norvège, pour le tournage d’un des épisodes. Il y a en ce lieu le train le plus au nord du monde ; un train de légende ! Je ne vous en dis pas trop pour le moment mais ça va être une émission superbe.

Au début j’étais très attentif aux destinations en elles-mêmes... Mais, au fil du temps, on s’est rendu compte que les destinations étaient certes importantes pour les paysages et pour l’imaginaire, mais qu’en réalité ce sont surtout les rencontres qui comptent.

Philippe Gougler

Depuis 2011, vous avez vu des choses extraordinaires dans le monde entier, est-ce que vous arrivez encore à être surpris par certaines découvertes ?
P. G. : Oui, complètement ! Déjà parce qu’on essaye toujours d’aller vers des choses nouvelles. Mais aussi parce que, avant tout, ce sont les rencontres qui sont magiques. Vous savez, au début, j’étais très attentif aux destinations en elles-mêmes... Mais, au fil du temps, on s’est rendu compte que les destinations étaient certes importantes pour les paysages et pour l’imaginaire, mais qu’en réalité ce sont surtout les rencontres qui comptent. La force de cette émission est de montrer qu’on peut vivre des moments touchants et forts partout. Il faut juste apprendre à ne pas avoir peur et à dépasser ses préjugés… Partant de là, de belles rencontres sont possibles n’importe où.

Comment vivez-vous ces rencontres avec les populations locales ?
P. G. : C’est très touchant ! Quand vous abordez les autres avec curiosité et respect, ça se passe en général très bien. Il faut commencer par essayer de comprendre leur vie, leur façon de faire, différente de la vôtre. Une façon qui n’est ni meilleure ni moins bien… Juste très différente.
De mon point de vue, l’autre peut paraître curieux, mais je suis également une bête curieuse à ses yeux. Il y a donc toujours cette petite appréhension des deux côtés.
Mais, au fond, beaucoup de choses très fortes nous relient, à commencer par le rire et le sourire. Un lien que j’aime particulièrement car il nous rapproche vite. Une fois qu’on l’a établi, on se rend compte qu’on a les mêmes questions : Comment vivez-vous ? Comment vous nourrissez-vous ? Quelle est votre relation avec votre famille ? Où habitez-vous ? Au final, ces questions-là sont les mêmes pour toute l’humanité et nous relient les uns aux autres. 

Comment préparez-vous vos visites dans chaque pays ? Est-ce que vous faites beaucoup de recherches ?
P. G. : Dans l’émission, il y a deux façons d’aborder les choses. Il y a celles complètement improvisées, notamment les rencontres ; une grande part d’inconnu qui donne son âme à l’émission. 
Nous faisons un gros travail de préparation : les autorisations de tournage, la préparation logistique, deux mois d’enquête sur les endroits où passent les trains… Nous essayons toujours d’aller vers les choses représentatives des voyages, afin de faire ressentir des émotions fortes, de faire comprendre au mieux les peuples dont nous parlons. 

Comment se passe l’émission pour l’équipe de tournage ?
P. G. : On ne les voit pas, mais eux aussi marchent dans la boue, dans le froid ou la chaleur… Et en plus ils trimballent le matériel, même si j’essaye de les aider quand je ne suis pas à l’image. Nous sommes quatre : les réalisateurs, un preneur du son, celui qu’on appelle le « fixeur », qui est quelqu’un du pays, qui nous aide à approcher les gens. Comme il connaît la culture locale et parle la langue, il prépare une partie du périple. Le fixeur est vraiment l’élément indispensable du tournage. Et moi-même.
C’est un sacré challenge pour l’équipe, qui doit gérer des tas de questions logistiques en permanence. Pour l’épisode tourné dans le Grand Nord, il fallait gérer le matériel qui gèle – avec les doigts qui gèlent aussi. Ce travail demande une sacrée résistance physique et une disponibilité d’esprit totale. J’ai beaucoup de respect pour eux. L’équipe de tournage est quasiment toujours la même. Nous sommes une petite famille, nous nous connaissons et nous entendons très bien. Ce qui est nécessaire car nous partons en voyage plusieurs semaines ensemble. 

Vous parliez des conditions extrêmes : vous préférez tourner sous une chaleur intense ou par grand froid ?
P. G. : Le grand froid ! Je n’aime pas la chaleur [rires]. Par temps froid, avec les bons vêtements, vous pouvez vous en sortir et j’adore cette ambiance quand on se met au chaud après un tournage dans le froid. Face à un tournage en pleine chaleur, vous ne pouvez rien faire. Souvent il n’y a pas de climatisation, ni même d’ombre… Et quand vous voulez vous reposer, vous le faites… au chaud ! Donc la chaleur est compliquée à gérer. 

Avez-vous déjà vécu des situations périlleuses sur l’un des tournages ?
P. G. : Généralement non, car on évite les zones de conflits (ce n’est pas le but de l’émission) et les coins trop périlleux. Toutefois, il est arrivé une fois qu’on se fasse un peu peur. C’était sur le volcan Kawah Ijen, en Indonésie. Il y avait deux ou trois heures pour arriver au sommet, à peu près autant pour atteindre le cœur du cratère. Une fois au fond, on découvre un lac. Il ne fallait surtout pas s’y baigner à cause de sa composition chimique. Sauf qu’il s’est mis à pleuvoir… Les personnes qui travaillaient au fond de ce cratère nous ont dit de quitter les lieux ; quand l’eau touche le lac, des vapeurs toxiques se dégagent. Il s’est mis à tomber des cordes et on a eu un peu peur.
Ce qui est intéressant dans ce genre de moments, c’est qu’on se découvre soi-même et on découvre qu’on reste extrêmement calme. Car il n’y a qu’une idée : sortir. Tout votre cerveau se focalise sur cet objectif, mais calmement. Tout s’est passé sereinement. 

Si j’étais étranger, j’aurais été surpris par quantité de petites habitudes. Mais, très vite, je redeviens moi-même totalement français, imaginant que tout le monde vit comme ça.

Philippe Gougler

Après des périples pareils, comment vivez-vous votre retour en France ?
P. G. : Avec beaucoup de plaisir ! Mais ce qui est amusant quand on voyage autant, c’est qu’on voit un peu le monde comme des tribus différentes. Je bondis d’une tribu à l’autre avec un regard curieux. De retour en France, je me dis : « J’arrive dans la tribu des Français. » Ils sont marrants, ils sont en terrasse ou assis sur des trottoirs au bord de la route… Je vois les habitudes des Français avec un regard un peu extérieur. Si j’étais étranger, je serais surpris par quantité de petites habitudes. Mais, très vite, je redeviens moi-même totalement français, imaginant que tout le monde vit comme ça. J’adore revenir en France car les habitudes françaises sont attachantes. Ce sont aussi mes habitudes, ma culture. Et surtout j’aime retrouver les gens que j’aime. Les retrouvailles sont importantes et j’adore cette sensation. 

Avec tous les lieux que vous avez vus, y a-t-il encore un pays que vous voudriez découvrir absolument ?
P. G. : Pas vraiment, puisque ce sont surtout les rencontres qui m’intéressent. Là, je suis heureux de ne pas être loin du pôle Nord car c’est magnifique. Mais, comme je vous le disais, mon intérêt se porte davantage sur les personnes, les rencontres. Évidemment, certains coins font plus rêver que d’autres. Mais les lieux paradisiaques ne sont pas forcément ceux où j’ai fait les rencontres les plus marquantes. Au final, il n’y a pas d’endroit précis où je voudrais partir… Ce qui me plaît, c’est de partir ! Dès que je pars, je suis content.

Un train traversant la Toscane
« Des trains pas comme les autres : Italie ».
© Step by Step Productions

Des trains pas comme les autres

Michel Ange, Toscane. Léonard de Vinci, Toscane. Après eux, le monde entier a adopté leur manière de penser. Ils avaient une nouvelle perception des corps humains. La beauté des paysages que nous voyons ici, c’est ça qui se cache derrière la beauté des tableaux de Léonard de Vinci. C’est en Toscane qu’a commencé la Renaissance.

Une voyageuse à Philippe Gougler

21.00 Italie
Pour ce voyage, Philippe parcourt l’Italie en commençant par là où tous les chemins mènent : Rome. Longtemps le centre du monde, la ville reste très riche par son histoire, son architecture, mais aussi ses habitants. Il prend ensuite la direction de Sansepolcro à bord d’un train très rapide aux couleurs de Ferrari. La suite de son voyage le mènera à Brisighella, Florence et enfin Norcia, un village durement touché par le séisme de 2016. Un périple au cours duquel il aura découvert l’extraction et la sculpture sur marbre, dégusté de délicieuses pâtes et côtoyé un prêtre ultra-connecté.

Série documentaire (52 min – inédit) – Présentation Philippe Gougler – Auteurs Alex Badin et Philippe Gougler – Réalisation Alex Badin – Production Step By Step Productions, avec la participation de France Télévisions et Ushuaïa TV


Je n’ai jamais autant espérer un train. En fait, là, j'ai le choix entre retourner à la cabane, risquer de rater le train, et le prochain c’est dans trois jours, ou geler sur place. Et surtout j’espère qu’il va s’arrêter.

Philippe Gougler en attendant un train au milieu de nulle part

21.50 Canada
Prendre le train au Canada quand la neige et la glace recouvrent le pays, traverser tout un continent dans la chaleur d’un compartiment quand dehors les températures sont glaciales : c’est l’expérience que tente Philippe Gougler, en parcourant le pays d’est en ouest, sur plus de 4 000 kilomètres. Il embarque à bord d’un train mythique, « le Canadien », qui va l’emmener de Montréal à Vancouver en passant par Toronto.

Série documentaire (52 min – rediffusion) – Présentation Philippe Gougler – Auteurs Alex Badin et Philippe Gougler – Réalisation Alex Badin – Production Step By Step Productions, avec la participation de France Télévisions et Voyage

Ces deux programmes sont diffusés jeudi 14 juillet à partir de 21.00 sur France 5
Des trains pas comme les autres sont à voir et revoir sur france.tv

Publié le 12 juillet 2022
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