« Infrarouge » : ZAD, une vie à défendre

Deux ans et demi après l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, le documentaire de Thierry Kübler et Stéphanie Molez invite à la rencontre des « zadistes » dans trois lieux à la fois emblématiques et différents, filmés au fil d’une année. En donnant la parole à une douzaine d’entre eux, ce film tente de comprendre ce qu’ils nous disent de notre société… et de celle d’après ? Mardi 26 mai dans « Infrarouge » à 23.50 sur France 2.

« ZAD, une vie à défendre »
« ZAD, une vie à défendre ». © Transparences Production

ZAD ? L’acronyme désigne à l’origine une « zone d’aménagement différé », soit une disposition juridique permettant la préemption de terrains dans le cadre d’un grand projet public. Habilement détourné (peut-être au fond pour le prendre au mot et différer à jamais), il est devenu « zone à défendre ». Contre quoi ? L’aménagement en question, jugé dangereux ou nuisible à la collectivité et à la nature. Par qui ? Les « zadistes ». Non contents de détourner les acronymes, ils occupent farouchement les terres qu’ils entendent protéger.
À Notre-Dame-des-Landes (à 25 km de Nantes), pour la ZAD constituée à partir de 2009 en opposition au vieux projet d’aéroport, est venu le temps de l’après. Après la victoire : le projet a été abandonné par le gouvernement en janvier 2018. Après le démantèlement d’une partie des occupations, à l’issue d’une opération policière particulièrement spectaculaire et médiatisée (avril-mai 2018) qui en a poussé beaucoup au départ. D’autres ont fait le pari d’une ZAD plus « institutionnalisée » ou l’ont acceptée un peu forcés. « Ils sont venus, ils ont tout pété et ils ont dit : “Soit vous signez soit on finit de tout casser.” »
À Bure (Meuse), la résistance au projet d’enfouissement des déchets radioactifs civils s’organise aux alentours – plutôt déserts – de ce village de 82 âmes. Ici, pas d’occupation de terrains proprement dite mais une opposition dans les esprits. On s’installe, on crée des liens, on tente de créer un monde et de lutter d’abord contre la résignation. Drones et hélicoptères patrouillant dans les airs, surveillance policière, une cinquantaine de procès, des condamnations, 26 interdictions de territoire… Le climat est tendu.
À Kolbsheim, à l’ouest de Strasbourg, ce sont les habitants eux-mêmes qui ont fait appel aux zadistes pour les aider à s’opposer au projet autoroutier de Grand Contournement Ouest (GCO) attribué à Vinci après l’abandon de Notre-Dame-des-Landes : un gigantesque couloir destiné aux poids lourds. Si les villageois, même les plus âgés, sont venus en septembre 2018 s’interposer entre zadistes et CRS, et avec succès, la ZAD, néanmoins, vit à présent ses derniers moments : elle est évacuée au cours du tournage en avril 2019 et la dernière opération d’occupation, pourtant plutôt bon enfant, se terminera pour certains avec des peines de prison ferme, du sursis ou des amendes.

On n’a pas fini d’être le caillou dans la godasse !

Recours judiciaires, contre-expertises, occupations, utilisation parfois d’une violence présentée comme une « contre-violence » opposée à celle de l’État, création de micro-sociétés où mener une vie alternative…, les zadistes déploient une grande panoplie d’actions. Aussi diverses que leurs profils : ils peuvent être décroissants, black blocs, libertaires, végans, SDF, cultivateurs, saltimbanques, étudiants ou enseignants en disponibilité… Ils font passer la légitimité de leur lutte devant les lois qui l’entravent. Ils opposent l’écologie au productivisme capitaliste. Ils ont repris le mot d’ordre des manifestants de Seattle en 1999 : « Un autre monde est possible ». Ce monde, ils veulent le vivre, maintenant, coûte que coûte. « On se bat pas tous les jours contre les flics. On bosse, on s’amuse, on dort, on vit, quoi ! »
Ils se prénomment Clara, Benji, Guillaume, Cécile, Luca, ou adoptent le pseudonyme générique et mixte de « Camille ». Quelles sont les motivations de leur engagement radical ? Que vivent-ils au quotidien ? Comment s’organisent-ils ? Que racontent sur notre monde leurs chemins de vie ? Les formes de lutte qu’ils adoptent préfigurent-elles la société post-industrielle ? 

ZAD, une vie à défendre est dédié à la mémoire d’Yves Jeanneau, producteur (notamment aux Films d’ici), créateur du festival Sunny Side, ancien directeur des documentaires de France 2 (2001-2005), disparu en novembre 2019.


Infrarouge : ZAD, une vie à défendre

Documentaire (60 min - 2019) - Réalisation Thierry Kübler - Auteurs Thierry Kübler et Stéphanie Molez, sur une idée de Hervé Dresen - Production Transparences Productions, avec la participation de France Télévisions, avec le soutien du CNC, de la Procirep-Société des Producteurs et de l’Angoa

ZAD, une vie à défendre est diffusé mardi 26 mai à 23.50 sur France 2
À voir et revoir sur france.tv

Publié le 25 mai 2020
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