Inceste : un secret trop lourd à porter

« Le Monde en face » s’est emparé d’un sujet difficile mais dont il est grand temps de parler : l’inceste et la manière dont la justice perçoit et traite ce crime. Que valent la parole d’un enfant, les souvenirs d’un adulte ? Comment la justice appréhende-t-elle ce genre d’affaires ? La journaliste Audrey Gloaguen tente de répondre à nos questions au travers de plusieurs témoignages de victimes mardi 9 mars à 20.50 sur France 5.

« Inceste, que justice soit faite ». © Dream Way Productions

Alors que les témoignages de victimes d’inceste se multiplient et que la parole se libère enfin dans la société française, France tv propose d’aborder ce sujet difficile dans ses programmes — à retrouver aussi sur france.tv.
Avec ce documentaire, signé Audrey Gloaguen, Marina Carrère d’Encausse nous propose de découvrir les témoignages de victimes. Emelyne, Christelle, Céline, Maé et sa fille… les filles et les femmes qui témoignent dans ce film ont le courage et la rage qui font avancer. En s’adressant à la justice, elles ignoraient qu’elles s’engageaient aussi dans le plus grand combat de leur vie. Si la décision de porter plainte est souvent longue et difficile à prendre, elle a l’avantage de soulager d’un poids. La suite du parcours n’est pas à la gloire de la justice : lente, dubitative, culpabilisante… Lorsque, faute de preuves, la parole de la victime est opposée à celle de l’agresseur, elle est soupçonnée de facto de mensonge. Mais qui mentirait à propos d’un inceste ? Qui aurait l’énergie et le mobile pour porter une telle accusation sans fondement ?
Et c’est à la victime d’apporter les preuves des faits. Mais comment, dix ans ou trente ans après ? Comment, quand on n’était qu’une enfant tenue au silence ? 
Cataclysme familial, confrontation avec son ancien bourreau — qui, dans deux cas sur trois, conteste les faits —, les victimes attendent parfois trente ans avant de porter plainte par peur, mais aussi parce que le cerveau humain préfère « oublier » les traumatismes afin de nous permettre de survivre. Comme Christelle, dont les souvenirs refont surface au moment où commence l’affaire d’Outreau. Sa pensée bloque sur les mots « viol », « inceste », son esprit « bugge ».  
Céline est seule, sa mère n’a jamais voulu entendre la voix de sa fille contre « l’amour de sa vie ».  Est-il possible de mener un tel combat seule contre tous, même contre ceux qui sont censés vous protéger ? Parfois contre soi-même également ? Son témoignage est bouleversant. Elle semble tellement abîmée et abandonnée. Même son avocate, lasse certainement de son instabilité émotionnelle et affective, peine à la soutenir. Il faut être fort.e pour mener un tel combat, et la reconnaissance de la parole par des proches donne cette énergie pour lutter qui fait toute la différence. Là non plus, il n’y a pas de place pour les faibles… 

Chiffres 

4 millions de femmes sont concernées par des faits d’inceste
2 enfants par classe
10 % portent plainte
80 % des plaintes sont classées sans suite faute de preuves
Dans 60 à 80 % des cas, on propose un procès en correctionnelle plutôt qu’aux assises
2 accusés sur 3 contestent les faits
7 à 15 000 € est la fourchette d’indemnisation (moins qu’un bras cassé dans un accident de voiture)
2 % des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation en France

Et aussi...

Comment lutter contre l’inceste et accompagner les victimes ? France.tv vous propose des témoignages, reportages et enquêtes sur ce crime familial. Si vous êtes victime de violences ou que vous connaissez un enfant, un adolescent, qui pourrait l’être, contactez le 119.

Sur le site france.tv, retrouvez tous les programmes qui traitent de ce sujet sous l’onglet : « Inceste : écouter les victimes et prévenir »

Lumni propose des modules permettant d’expliquer ce qu’est l’inceste aux enfants.

Extrait du film Les Chatouilles diffusé, dans le cadre d’une soirée continue le 17 mars à 20.50 sur France 2

« Le Monde en face » : Inceste, que justice soit faite

C’est l’un des tabous les plus tenaces de notre société, il concerne toutes les classes sociales, tous les milieux. La quasi-totalité des victimes ne dévoilent jamais leur terrible secret. Devenues adultes, seules 10 % d’entre elles se décident à faire éclater la vérité et à porter plainte contre le parent qui les a abusées. Mais seules 2 % d’entre elles obtiennent réparation par une condamnation. Le chemin judiciaire des victimes d’inceste est un parcours du combattant. 

Un film de Audrey Gloaguen (70 min) – Production Dreamway, avec la participation de France Télévisions

Le documentaire sera suivi d’un débat présenté par Marina Carrère d’Encausse

Le Monde en face : Inceste, que justice soit faite est diffusé mardi 9 mars à 20.50 sur France 5
À voir et à revoir sur france.tv

Publié par Diane Ermel
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