Illettré

Une fiction sociétale de Jean-Pierre Améris  pour accompagner les Journées nationales d’action contre l’illettrisme

France 3 se place au cœur de la campagne 2018 de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) avec sa fiction sociétale Illettré, diffusée dans le cadre des Journées nationales d’action contre l’illettrisme. Jean-Pierre Améris, le réalisateur de cette fiction, nous en dit plus.

Kévin Azaïs dans la fiction sociétale « Illettré ».
Léo Cramps (Kévin Azaïs) réussit à dépasser la honte de l'illettrisme. © François Lefebvre

Pourquoi un film sur l’illettrisme ?
Jean-Pierre Améris : C’est un sujet auquel je m’intéresse depuis longtemps. Comment ne pas trouver révoltant que, dans un pays comme la France, on dénombre encore près de 3 millions d’illettrés ? 7 % de la population adulte ! Ce sont des sujets de société comme celui-là que j’aime traiter et aborder, notamment par le biais de la télévision, un média qui a le pouvoir de les rendre populaires et de toucher un maximum de gens. Murielle Magellan, qui est romancière et scénariste, a découvert ce roman de Cécile Ladjali et m’a convaincu que nous tenions là l’histoire qui permettait de bien raconter ce handicap, parce que c’en est un, au travers du parcours de ce jeune homme qui est élevé par sa grand-mère, elle-même illettrée, et qui va petit à petit essayer de s’en sortir.

Les personnages centraux de vos films sont souvent des êtres avec des fêlures, handicapés, différents…
J.-P. A. : Oui, c’est vrai. J’aime les personnages qui sont enfermés, qui ne parviennent pas à communiquer à cause d’un handicap, comme dans Marie Heurtin par exemple, et qui finissent par arriver à sortir d’eux-mêmes. C’est ce que j’aime filmer. C’est également ce qui m’a attiré dans la question de l’illettrisme. Il y a le sujet de société et puis il y a aussi une correspondance intime avec moi. Je m’identifie à eux. Ce qui est beau à filmer, c’est ça, des personnages qui arrivent à se surpasser, à dépasser leur honte. Dans le cas du jeune Léo, ce qui le fait se replier sur lui-même, c’est la honte de se dire illettré.

C’est-à-dire ?
J.-P. A. : Le film est nourri de la fiction, du roman, bien sûr, mais aussi de beaucoup de choses vues sur le terrain, puisque nous avons tourné dans un centre de formation de Marseille et que nous y avons passé pas mal de temps pendant l’été 2017. J’ai pu rencontrer des illettrés ainsi que des formatrices et il y en a même qui figurent dans le film. C’est extraordinaire de voir que, du moment où ils acceptent de raconter leur histoire, ils changent physiquement, ils prennent confiance en eux, ils s’habillent mieux… L’estime de soi revient.

Vous dites que c’était important pour vous de réaliser ce film pour la télévision. Pourquoi ?
J.-P. A. : Tout simplement parce qu’à travers la télévision, on peut toucher un public qui très probablement n’irait pas au cinéma voir un film comme ça. C’est important pour moi d’atteindre un certain nombre des 3 millions d’illettrés avec ce message. Je ne crois pas qu’un téléfilm soit forcément moins bien qu’un film de cinéma. Et puis il y a une vraie cohérence. C’est un sujet pour le service public, d’autant plus qu’en parallèle, il y aura aussi un documentaire sur la question.

Comment avez-vous choisi vos acteurs ?
J.-P. A. : J’avais suivi le travail de Kévin Azaïs dans Les Combattants et, plus récemment, dans Le Sens de la fête. Je trouve qu’il fait partie de ces acteurs capables de traduire une certaine violence contenue, un peu comme Nicolas Duvauchelle dans Poids léger. C’était merveilleux de tourner avec ce jeune comédien qui était complètement impliqué dans son rôle et qui fait passer tellement de choses sans les mots, justement : cette colère, cette tendresse… Quant à Annie Cordy, j’ai toujours eu envie de réaliser un film avec elle. J’aime travailler avec des acteurs de fantaisie, parce qu’il me semble que ce sont eux qui ont la plus grande charge d’émotion. Lorsque j’ai rencontré Annie, la première chose qu’elle m’a dite, c’est que sa propre mère était illettrée et qu’elle allait donc un peu jouer son rôle, se mettre dans sa peau.

Un bon souvenir de ce tournage ?
J.-P. A. : Ce qui m’a fait plaisir, c’est que les gens de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme qui ont vu le film se sont complètement retrouvés. Et ont même découvert des choses, du domaine de l’intime, du point de vue de l’illettré. Ce n’est pas juste une question de ne pas savoir lire. L’illettrisme nuit à tout et empêche les gens de vivre leur vie. Ils sont toujours dans la rétention, parce que la connaissance, c’est tout de même ce qui libère. Apprendre, c’est pouvoir s’épanouir, et tout le monde y a droit, y compris à l’âge adulte, mais il faut être en mesure de franchir le pas.

Propos recueillis par Beatriz Loiseau

Téléfilm (France - 2017 - 90 min) - Réalisation Jean-Pierre Améris - Scénario Murielle Magellan - Production Escazal Films, avec la participation France Télévisions

Casting 
Kévin Azaïs Léo Cramps
Sabrina Ouazani Nora Daoud
Annie Cordy Adélaïde Perez
Siham Laroussi Violette, la fille de Nora
Xavier Mathieu Pierrot
Florence Huige Madame Ancelme
Violaine Fumeau Suzanne, la formatrice en alphabétisation
Akila Dehamnia Akila

Diffusion mardi 18 septembre 2018 à 21.00 sur France 3
Illettré en replay sur france.tv

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