« Hold-up » et Thierry Casasnovas sous l’œil de « La Fabrique du mensonge » : l’extension de l’infox dans le domaine de la santé

À l’heure où l’OMS alerte une nouvelle fois sur les ravages entraînés par la désinformation médicale, « La Fabrique du mensonge » y consacre une soirée-événement ce dimanche 7 mars à 20.50. Présenté par Karim Rissouli, le film en deux parties propose d’analyser et de décrypter le phénomène de « Hold-up », un film à thèses complotistes, et l’émergence de Thierry Casasnovas, gourou du manger cru. « Fake news sur ordonnance » est à voir sur France 5.

Pierre Barnérias, auteur du film « Hold-up » © Together Media

« Hold-up » est vraisemblablement l’un des premiers gros blockbusters complotistes en ligne en France.

Tristan Mendès France, maître de conférences associé, spécialisé dans les cultures numériques

C’est un film qui prétend être un documentaire, qui en a les codes mais pas le fond.

Sandrine Cassini, journaliste (Le Monde)

Hold-up : les recettes du succès
Dès sa sortie le 11 novembre 2020, Hold-up, retour sur un chaos, de Pierre Barnérias, rencontre un succès phénoménal : des dizaines de milliers de partages sur les réseaux sociaux en seulement 24 heures, et, au total, il est vu trois millions trois cent mille fois. Un film d’une durée de deux heures quarante qui se présente comme un documentaire.

Pourtant, dès sa sortie, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer un contenu qui compile — façon millefeuille argumentatif — toutes les fausses informations circulant sur les réseaux sociaux depuis le début de la pandémie de la covid-19 : 
— l’Institut Pasteur a créé le virus,
— l’hydroxychloroquine est efficace,
— les masques ne protègent pas.
Objectif de ces thèses ? Démontrer la pseudo-existence d’une conspiration des élites mondiales — Bill Gates en tête — pour contrôler la population. C’est la théorie du « Great Reset ».
Toutes ces fausses informations exposées dans Hold-up ont été maintes fois démenties. Pourtant, cela n’a pas empêché le film de connaître un succès foudroyant et les « thèses » qu’il défend de se répandre dans la population.  Au fil des mois, de plus en plus de citoyens, confinés et rivés devant leurs écrans, ont été exposés à une autre pandémie, celle de la désinformation.
La prolifération des théories complotistes a eu des conséquences dramatiques : des médecins et des scientifiques sont devenus des cibles et sont menacés. Dans certaines familles, le dialogue est même devenu impossible. 
Quelles sont les raisons de cet engouement ? Comment ces théories se diffusent-elles ? Comment expliquer une telle perte de confiance vis-à-vis de la science et des institutions ? Et si Hold-up n’était que le symptôme d’un mal beaucoup plus profond…
La Fabrique du mensonge remonte le temps. Durant l’hiver 2018,  la crise des gilets jaunes a amplifié la défiance vis-à-vis des institutions, et des groupes se multiplient sur les réseaux sociaux. « On sentait bien qu’il y allait avoir un éco-système perméable à la circulation des fausses informations », rappelle Tristan Mendès France, maître de conférences associé, spécialisé dans les cultures numériques.
Première séquence avec la mise en ligne le 17 mars 2019, premier jour du confinement, de la vidéo d’un ex-Gilet jaune, Cat Antonio, qui déclare — documents à l’appui — que le virus est une création de l’Institut Pasteur. Elle sera vue plus de trois millions de fois. Il ne faut pas longtemps aux scientifiques pour la démentir, et Facebook réagit aussitôt en la supprimant. « Ils [les GAFA] n’ont jamais été aussi sous pression que depuis cette séquence du coronavirus », relève Tristan Mendès France.
Deuxième séquence le 23 mars avec l’intervention au journal de 13h de Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine, qui dénonce les affirmations du professeur Raoult sur les résultats de ses études sur l’hydroxychloroquine. En quelques heures, des milliers de messages de haine et des menaces de mort lui parviennent : la violence de la désinformation la frappe de plein fouet.
C’est aussi un moment de basculement : celui où l’inquiétude de la population rejoint les théories complotistes grâce aux algorithmes des moteurs de recherche et aux réseaux sociaux… 

Le gourou du manger cru 
Ce film décrypte aussi l’émergence de Thierry Casasnovas, gourou de la santé nouvelle génération. Cet ancien marginal est devenu l’une des figures les plus puissantes du « manger cru », un mouvement qui prend de plus en plus d’importance  dans l’Hexagone. Dans ses vidéos, Thierry Casasnovas recommande des traitements fondés sur une alimentation à base de légumes crus, même pour les maladies les plus graves. Un discours qui peut avoir des conséquences dramatiques pour ceux qui adhèrent à ces théories. Utilisant la force de frappe digitale de la plateforme YouTube, Thierry Casasnovas y publie depuis dix ans des milliers de vidéos et conquiert ainsi des milliers d’adeptes qui suivent ses régimes jusqu’à mettre parfois leur santé en péril. Aujourd’hui, d’anciens adeptes décrivent même une emprise quasi sectaire. Sur quels ressorts s’appuie le gourou pour convaincre ses adhérents ? Quelles sont les intentions du personnage ? Peut-on arrêter ce phénomène inquiétant ? Autant de questions auxquelles répondent les équipes de La Fabrique du mensonge.
 

La Fabrique du mensonge
« Fake news sur ordonnance »

Dimanche 7 mars à 20.50 sur France 5

La bande-annonce


Film inédit (90 min) – Auteurs Elsa Guiol, Benjamin Teil et Lucile Berland – Commentaire Karim Rissouli – Production Together media, avec la participation de 
France Télévisions 

À voir et revoir sur france.tv

Retrouvez sur Lumni, dans l’onglet « Éducation aux médias et à l’information », l’intégralité de la première saison, ainsi que des modules spécifiques à la deuxième 

« La Fabrique du mensonge » est une collection documentaire, portée par Karim Rissouli, qui explique comment naissent et se propagent les fausses informations, qui en sont les instigateurs et comment ont contre-attaqué ceux qui en ont été la cible.
#Lafabriquedumensonge

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