« Guyane, Cayenne vue sur mer »

Contrairement aux idées reçues, qui les voudraient tournés vers la forêt, la majorité des Guyanais vit sur le littoral et en particulier sur la bien nommée île de Cayenne, vaste territoire entouré d’eau où chacun a su s’adapter et tirer profit d’un environnement pas toujours facile à apprivoiser. Rendez-vous avec des gens de la mer et... des fleuves, lundi 17 janvier, à 18.00 sur La1ere.fr et à 23.55 sur France 3, dans la case outremer.ledoc.

Oui, il y a de vrais marins en Guyane, de mer, mais d’eau douce aussi.

Si c’est un Guyanais qui l’affirme, on veut bien le croire. Mais où sont-ils et qui sont-ils ? La question peut se poser tant les habitants de ce département sud-américain ont la réputation de tourner le dos à la mer. Il faut dire qu’ici le littoral est marqué par la présence de bancs de vase venus de l’Amazone. Pourtant, et malgré cette côte très particulière, plus de la moitié de la population habite sur l’île de Cayenne. Ainsi surnommé dès les premières implantations de colons au XVIIe siècle, ce territoire est en effet bordé au nord par l’océan Atlantique et entouré par la rivière de Cayenne et le fleuve Mahury. Pour comprendre le rapport qu’entretiennent les Guyanais avec leur environnement, Pierre Belet, le réalisateur de ce documentaire, est parti à leur rencontre.
Première escale au port de pêche de Cayenne, couramment appelé la Crique. Sur un simple canal reliant la ville à l’océan s’entassent une trentaine d’embarcations. Des baraquements sauvages servent aussi bien de débarcadère que d’abri pour les marins venus pour la plupart du Brésil, du Surinam ou du Guyana voisins. Petit-fils et fils de pêcheur devenu armateur, Achille a des idées plein la tête pour développer le quartier qui l’a vu naître. Conscient du manque d’infrastructures, il essaye d’impliquer les élus locaux dans ses projets de rénovation :

Je crois qu’on est en retard de cinquante ans ; ici, il n’y pas de douches, pas de toilettes, pas de lumière [...]. On décharge le poisson dans des conditions sanitaires qui ne sont pas optimales. Il y a tout à faire [...]. Je veux faire changer les choses ; et pas qu’améliorer ma vie, je veux améliorer celle de tout le monde.

Ce tout le monde qu’Achille souhaite aider concerne notamment un charpentier naval et de nombreux pêcheurs qui subsistent comme ils peuvent sans papiers. La nouvelle maire de Cayenne semble l’avoir entendu… Aura-t-il gain de cause ? 
Au nord-est, l’île de Cayenne présente un autre visage sur sa façade océanique, celui des plages. Peu fréquentées, elles offrent chaque année, aux amoureux de la nature, un spectacle saisissant au moment de l’éclosion des œufs de tortue. Le reste du temps, en raison de l’envasement, rares sont ceux qui s’y baignent. Un nombre croissant d’aficionados s’y retrouve néanmoins, dans une ambiance bon enfant, pour pratiquer le kitesurf, à l’instar de Manu, qui confie :

Venir à la mer n’est pas encore une coutume ou quelque chose de naturel [...], ça a été un challenge personnel. Ça m’a pris des années pour convaincre mes parents. Aujourd’hui, j’essaie d’inculquer le goût de ce sport à mes enfants, et je pense que c’est comme ça que de plus en plus de jeunes y viendront.

Plus à l’est, dans l’anse voisine de Remire-Montjoly, dans une école de voile, on tente aussi d’attirer vers l’océan des enfants qui semblent y prendre grand plaisir.
Le voyage se poursuit en direction du sud-est. C’est au port de commerce de Dégrad-des-Cannes, où sont déchargés chaque année plus de 800 000 tonnes de marchandises et près de 70 000 conteneurs, que l’on croise Pascal Vaudé. Petit-fils d’un célèbre bagnard, ce propriétaire d’un magasin et d’un atelier de réparation très fréquentés par les marins locaux est aussi guide de pêche sportive. Passionné, il a réalisé un véritable exploit en traversant l’Atlantique deux fois à la rame, du Sénégal à la Guyane. Mais, surtout, il souhaite transmettre son amour de la mer à d’autres que ses enfants :

Il serait temps que la génération actuelle et à venir se tourne vers cet océan qui n’est certes pas très agréable à regarder, au premier abord, de par sa couleur marron. On n’est clairement pas sur une plage polynésienne ou antillaise, mais on a quand même un potentiel qui est énorme.

Ce potentiel, Faviola entend bien l’exploiter. Ancienne compétitrice de jet ski, la jeune femme s’est prise de passion pour le paddle, et fait désormais l’éloge de la lenteur, bien plus adapté à un environnement qui lui permet de se balader, en suivant les fleuves à l’intérieur des terres. Du littoral au Mahury, elle progresse jusqu’au sud de l’île de Cayenne pour faire la fête avec des jeunes Guyanais et les convaincre d’adhérer à son sport. Et elle y croit :

Nous sommes des Amazoniens et nous avons l’habitude de côtoyer l’eau. Il y a beaucoup de marins, contrairement à ce que les gens pensent, et beaucoup de passionnés comme moi de loisirs nautiques. Moi, j’ai envie de changer ces préjugés que les gens ont de la Guyane ; j’ai envie de faire bouger le littoral, de faire bouger le milieu nautique...

Guyane, Cayenne vue sur mer 

Documentaire (52 min – 2021) – Auteur-réalisateur Pierre Belet – Production Antipode Production, avec la participation de France Télévisions

Guyane, Cayenne vue sur mer est diffusé lundi 17 janvier à 18.00 sur La1ere.fr et à 23.55 sur France 3, dans la case outremer.ledoc 
À voir et revoir sur france.tv

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