Infracourts : concours de docs en court

Le concours annuel Infracourts sélectionne dix courts-métrages documentaires. Mélissa Theuriau, sa présidente cette année, vient de rendre le palmarès de cette 7e édition et France 2 nous propose de découvrir ces dix films mercredi 15 juin à 23.10. 

Le concours annuel de courts-métrages documentaires © Gilles Gustine - FTV

« Infrarouge », le rendez-vous documentaire de France 2, a réitéré son grand concours de courts-métrages documentaires Infracourts, présidé cette année par la productrice Mélissa Theuriau.
Cette 7e édition réaffirme le soutien de France Télévisions à la création documentaire et son engagement à faire émerger de nouveaux talents. Cette année, sur le thème « Mensonges et trahisons », il s’agissait de réaliser un documentaire inédit de 3 minutes et 15 secondes maximum.
Un sujet qui a connu un bel engouement, puisque le jury a dû sélectionner les 10 participants au concours parmi plus d’une centaine de films envoyés à France Télévisions.


Explications de Mélissa Theuriau, présidente du jury

Comment avez-vous accueilli la proposition concernant la présidence du concours Infracourts ?
Mélissa Theuriau :
J’ai d’abord été surprise et très touchée que Catherine Alvaresse (directrice des documentaires de France Télévisions, ndlr) me propose cette responsabilité. Je suis productrice et j’ai apprécié le fait que mon regard sur les films importe à France Télévisions. Ce genre d’expérience m’intéresse aussi parce qu’elle me permet de confronter ma sensibilité à celles d’autres producteurs, diffuseurs, journalistes qui composaient le jury. Je ne juge pas forcément sur les mêmes critères et c’était éclairant de découvrir leur grille de lecture. Et puis, surtout, j’ai pu découvrir de jeunes réalisateurs, porteurs de sujets nouveaux, d’angles revisités, de créativité.  

Comment s’est déroulée la sélection des dix finalistes ?
M. T. :
Julie de Mareuil, qui a suivi cette 7e édition du concours à France Télévisions, nous a proposé, au jury et à moi-même, de visionner trente films parmi la centaine qu’elle avait reçue. Cela a suscité des débats très riches pour sélectionner 10 courts-métrages, car évidemment nous n’étions pas tous d’accord, chacun ayant sa propre grille de lecture et sa propre sensibilité. Personnellement, je n’ai aucun regret, il ne manque aucun film que j’ai aimé parmi les trente de départ. Peut-être un que j’aurais aimé voir dans la sélection finale, dotée d’un accompagnement financier.  

Lequel ?
M. T. :
Mirage amer, parce que je n’avais encore jamais entendu la voix de jeunes migrants installés en France dire : « Ça n’en vaut pas la peine ! » Des propos qu’on entend plutôt dans la bouche des politiques les plus cyniques, évidemment. Mais, là, on les entend s’exprimer, avec une poésie infinie et dans un français parfait, de la douleur, du sacrifice, du deuil qui les ont accablés lors de cet exode et qu’ils n’auraient probablement pas entrepris s’ils en avaient eu connaissance avant. Ce témoignage est tellement poignant !

Qu’est-ce qui fait un bon documentaire, selon vous ?
M. T. :
L’angle, le point de vue, et pas forcément l’originalité du sujet. Par exemple, le jury au complet a été touché par Si tu es sage. Cette manière d’aborder le premier mensonge, celui lié à l’existence du Père Noël, avec un angle léger mais intelligent, fait du bien. Même si un thème a déjà été traité, laisser parler une nouvelle voix, jamais médiatisée ou que la société n’est pas encore prête à entendre, c’est remarquable !

Comment définiriez-vous votre métier de productrice ?
M. T. :
Je suis l’accompagnatrice, la sage-femme. J’aide un réalisateur ou une réalisatrice à mettre au monde son projet. Cette personne doit être porteuse d’une idée fortement ancrée en elle, d’une conviction, d’une histoire personnelle, d’un sujet d’investigation auquel elle croit dur comme fer,et m’en convainc. Alors je vais l’épauler, lui permettre de construire son sujet en mettant tous les outils dont elle a besoin à sa disposition. Et enfin donner un maximum de visibilité à son travail.

Propos recueillis par Diane Ermel

Palmarès

 

Les films sélectionnés

Alice n’est pas tactile 
Petite, Alice a été épiée et a subi des attouchements par son beau-père. Elle fera tout pour le cacher. Adulte, son regard sur ces abus est différent et elle lui réclame des excuses. Seulement la mémoire de ce dernier est plutôt confuse…
Réalisé par Alice, qui remporte le Grand Prix France TV – SCAM

Ouvrir !
À Paris, de grands immeubles de plusieurs centaines de mètres carrés sont entièrement vides. Ils appartiennent pour la plupart à des investisseurs institutionnels : AXA, le Crédit Lyonnais, Generali… Alors que le prix des loyers flambe, ces groupes sont devenus la cible d’activistes qui opèrent dans l’ombre.
De Julien Goudichaud, qui remporte le Prix France TV Slash – SCAM

Les Eaux de Chebayesh
Au sud de l’Irak, Khnasser Tebn nous emmène au cœur des marais où se cachaient les opposants au régime de Saddam Hussein. En 1992, afin de les déloger et de punir ceux qui les aidaient, Saddam Hussein les fit assécher. Khnasser Tebn a dû fuir. Depuis la chute du régime en 2003, il est revenu chez lui et les marais ont repris vie.
De Julie Astoul, qui remporte le Prix Spécial France Culture

Pierrette n’a plus confiance
Pierrette fait partie de ceux qui, déçus par les politiques, ne croient plus en eux. Femme de ménage, elle survit dans une société qui lui laisse peu d’espoir et où elle se sent trahie et déconsidérée.
D’Élodie Sylvain

Mirage amer
Alerter la jeunesse guinéenne sur la réalité du « rêve européen » est devenu une nécessité pour Obam. Avant tout, il s’agit de guérir. Avec ce film, il réussit enfin à mettre des mots sur son voyage vers l’Europe.
De Frédéric Schneider et Étienne Crépin

Si tu es sage
Enfants, on y a cru et on en a rêvé. De nos croyances à nos désillusions. Comment réagit-on quand on apprend que le Père Noël n’existe pas ?
De Marine Bourmaud

Faryata
Hussein décrit les mensonges et les trahisons d’une certaine classe de la société marocaine, depuis le petit village où il habite : Faryata.
De Billal El Atmani

Anita
Vivre une partie de son existence dans le mensonge de qui l’on est, s’apercevoir qu’au moment où la vérité jaillit d’autres se sentent trahis et, enfin, assumer à 57 ans un secret qui fut si lourd à porter après un mariage, deux enfants, une vie sociale riche ; c’est ce que vit aujourd’hui Anita.
De Johan Rosemberg

Des étoiles partout
Virginie révèle à Boris, l’homme qui lui a brisé le dos et volé douze ans de sa vie, ce qu’il y avait derrière les étoiles phosphorescentes qui ornaient les murs de la chambre de sa fille. C’est aussi un moyen pour Virginie de se libérer du poids d’un mensonge que Boris lui a fait porter jusqu’à aujourd’hui.
De Franck Dépretz et France Timmermans

Palimpseste
Pourquoi est-ce si dur pour la victime de violences sexuelles de s’exprimer, elle qui serait légitime à parler de ce qu’elle a subi ? C’est l’histoire de ce jeune garçon, aujourd’hui aussi âgé que son agresseur au moment des faits, à qui l’on a définitivement volé l’innocence, de découvrir seul son propre corps.
De Leo Nephtali

Le jury du concours Infracourts sur le thème de
« Mensonges et trahisons »

Présidé par Mélissa Theuriau

Membres du jury
Catherine Alvaresse – France Télévisions
Matthieu Briere – France TV Slash
Jérôme Clément-Wilz – la SCAM
Perrine Kervran – France Culture
François Ekchajzer – Télérama
Johan Hufnagel – Loopsider 


Concours Infracourts « Mensonges et trahisons » diffusé mercredi 15 juin à 23.10 sur France 2
À voir et à revoir sur france.tv

Publié par Diane Ermel
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