Autour du « Cinéma de minuit »

En ce mois de mai, France Télévisions, partenaire historique du cinéma français et nouveau partenaire officiel du Festival international du film de Cannes, célèbre le 7e art sur toutes ses antennes et en ligne sur france.tv. L’occasion de rendre hommage au « Cinéma de minuit », l’émission emblématique qui a fait naître la passion de la cinéphilie chez des générations de spectateurs. Rendez-vous sur france.tv.

Hommage au « Cinéma de minuit ». © FTV

En tant que diffuseur et partenaire de l’événement, France Télévisions nous offre diverses collections de films sur les antennes et en ligne, entre autres au travers de cet hommage à l’émission emblématique de France 3, Cinéma de minuit, qui a permis à bien des cinéphiles de découvrir des chefs-d’œuvre. Le choix s’est porté sur des films adaptés d’œuvres littéraires. Un clin d’œil aux deux émissions de La Grande Librairie spéciale cinéma des 18 et 25 mai*.

« Nuits blanches »
Réalisé par Luchino Visconti (1957), d’après la nouvelle de Fiodor Dostoïevski
Mario, jeune employé de banque, rencontre Natalia un soir au bord d’un canal. Le comportement de la jeune fille l’intrigue. Il revient, la retrouve et découvre bientôt qu’elle attend l’homme qu’elle aime et qui lui a donné rendez-vous un an auparavant au bord du canal. Mario va tenter et presque réussir à se substituer à cet amour qui lui semble désormais improbable. 
Quand le réalisateur légendaire Luchino Visconti s’attaque au non moins légendaire écrivain Fiodor Dostoïevski, cela ne pouvait donner qu’une œuvre choc ! Moins connu que d’autres films du réalisateur comme Le Guépard ou Rocco et ses frèresNuits blanches a pour particularité de s’éloigner de la mise en scène néoréaliste dont Visconti était pourtant un des fers de lance. À la place, le film nous offre une réalisation plus théâtrale, voire onirique, qui prit place dans les légendaires studios italiens de la Cinecittà. Un tournage en studio qui permit une maîtrise totale de la lumière, nous offrant ainsi un film à la photographie exemplaire, venant appuyer des thématiques profondes, telles que l’amour, la solitude, les fantasmes… 

« Roméo et Juliette »
Réalisé par Riccardo Freda (1964), d’après la pièce de William Shakespeare
À Vérone, deux familles se vouent une haine violente. Roméo et Juliette, leurs héritiers, s’éprennent l’un de l’autre. Ils contractent alors un mariage secret… 
Est-il encore besoin de présenter Roméo et Juliette ? L’histoire tragique créée par Shakespeare a connu tellement d’adaptations au théâtre et au cinéma qu’il devient difficile d’en tenir le compte. Ici, nous avons affaire à l’une des adaptations cinématographiques les moins connues : celle de Riccardo Freda. Pourquoi moins connue ? Tout simplement du fait de son âge, mais également car elle a été éclipsée par d’autres plus modernes (notamment celle de Baz Luhrmann). Pourtant, le Roméo et Juliette de Riccardo Freda est tout à fait intéressant à découvrir. Celui-ci est en effet particulièrement fidèle à son matériau d’origine. De surcroît, la mise en scène académique mais rudement efficace porte l’histoire à la perfection, ainsi que la gestion des cadres, les magnifiques costumes et la musique entraînante. 

« Éducation sentimentale »
Réalisé par Alexandre Astruc (1962), d’après le roman L’Éducation sentimentale, de Gustave Flaubert
Logé à Paris chez ses riches cousins, les Dambreuse, Frédéric Moreau, jeune polytechnicien de 25 ans travaillant à la recherche scientifique, fait un jour la connaissance d’une amie de sa cousine, Madame Arnoux. Charmante et triste, son mari la trompant ouvertement avec un mannequin suédois, Anne Arnoux devient la seule pensée et le tourment de Frédéric. Catherine Dambreuse, éprise de son jeune cousin et follement jalouse d’Anne, s’emploie à séparer les jeunes gens timides et peu aptes aux intrigues de la vie facile du milieu mondain. 
Librement inspirée de l’œuvre de Flaubert, L’Éducation sentimentale est ici transposée dans les années 1960. L’œuvre garde toute la dimension existentialiste propre aux œuvres de Balzac, mais s’accapare également les thématiques sociétales des années 1960. À cela s’ajoute une mise en scène peu conventionnelle, puisque Alexandre Astruc était surnommé affectueusement le « tonton de la Nouvelle Vague ». Le film est ainsi une œuvre  hybride, à la fois reflet du cinéma de son époque et des thématiques plus traditionnelles chères à Flaubert. 

« L’Adieu aux armes » 
Réalisé par Frank Borzage (1932), d’après le roman d’Ernest Hemingway
Nord de l’Italie, en 1917. Le lieutenant Frederic Henry, engagé volontaire américain dans le corps sanitaire de l’armée italienne, œuvre sur le front, où il porte assistance aux soldats alliés luttant contre les troupes austro-hongroises. Noceur et tête brûlée, il traverse avec une égale légèreté les dangers du front et les plaisirs de la vie de garnison, jusqu’au jour où il rencontre une jeune infirmière britannique qui a perdu son fiancé au front… 
Porté par Gary Cooper et Helen Hayes, L’Adieu aux armes est une adaptation à la fois poétique et grandiose, où la romance contraste avec des scènes de guerre très crues. La photographie est à l’honneur dans ce film en noir et blanc, où chaque image semble avoir été éclairée avec une grande minutie. Le cadrage n’est pas en reste, puisque la profondeur de champ est exploitée avec brio, offrant ainsi diverses perspectives pour le spectateur. En résulte un film à la réalisation éminemment moderne, malgré ses 90 ans.

« Malicia »
Réalisé par Salvatore Samperi (1973)
À la mort de la mère de famille, Angela est engagée comme servante, le jour même. Irréprochable, parfaite sous bien des aspects. Peut-être la femme idéale pour se remarier ? Mais, outre l’intérêt du père, Angela suscite également celui des deux aînés : Anthony, 18 ans, et Nino, 14 ans. 
Avec Malicia, l’érotisme rencontre la comédie de mœurs. L’affection, le consentement, les rapports de force et, dans une certaine mesure, l’inceste sont passés au crible par le cinéma italien des années 1970. Le film est l’un des plus grands succès du box-office en Italie cette année-là. Il est aussi devenu un modèle du genre érotique. 

« Les Garçons »
Réalisé par Mauro Bolognini (1959), d’après le roman Les Ragazzi de Pier Paolo Pasolini
Deux garçons volent une voiture transportant des armes. Pour ne pas éveiller les soupçons de la police, ils prennent deux filles en stop et s’installent à la campagne. Ils vendent les armes et repartent avec l’argent. Mais l’une des filles a subtilisé de l’argent et s’est enfuie. Aussitôt, ils partent à sa recherche…
Le sujet du film Les Garçons est très en vogue dans les années 1950 : celui de la jeunesse en perdition. Un thème qui occupe une place à part entière dans le cinéma et dont le représentant le plus connu est probablement La Fureur de vivre. Avec Les Garçons, Mauro Bolognini s’attarde sur l’ambition de la jeunesse, la sexualité, l’oisiveté, le tout servi par une mise en scène qui n’est pas sans rappeler celle d’une autre référence du cinéma italien : Pier Paolo Pasolini. 

« Bubu de Montparnasse »
Réalisé par Mauro Bolognini (1971), d’après le roman de Charles-Louis Philippe
Bubu renonce à son métier d’artisan boulanger par paresse et parce qu’il considère que l’on peut gagner plus d’argent autrement. Il décide donc de vendre les charmes de Berta, sa compagne, qui par amour pour lui accepte ce commerce. Mais Berta contracte bientôt la syphilis et entre à l’hôpital. Bubu, désargenté et affamé, dérobe la caisse d’une boutiquière : il est très vite arrêté et emprisonné. Après une période d’incertitudes, Berta retrouve Piero, un étudiant qui fut autrefois son client et à qui elle a transmis la maladie. Piero demeure pourtant très attaché à elle et accepte de l’héberger durant quelque temps… 
À l’instar de son film Les Garçons, sorti douze ans avant, Bubu de Montparnasse s’empare de nombreux sujets de société, à commencer par la misère sociale, dont découlent les autres thèmes. La sexualité et plus précisément l’exploitation des femmes seront ainsi au cœur des thématiques, catalyseur de la misère dépeinte. Pour représenter au mieux les tourments intérieurs de chaque personnage, la caméra reste au plus proche d’eux, afin que les comédiens puissent exprimer sans équivoque leurs émotions. 

cinéma de minuit
Cannes : le « Cinéma de minuit »
© FTV

Le 75e Festival de Cannes sur France Télévisions : toute la programmation en détail.

* La Grande Librairie : mercredis 18 et 25 mai à 21.00 sur France 5. François Busnel sera à Cannes pour deux rendez-vous exceptionnels autour de « cinéma et littérature », le mercredi 18 mai en direct et le 25 mai. Une collection de films tirés d’adaptations littéraires sera proposée sur france.tv.

Publié par Diane Ermel le 17 mai 2022
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