« Enquête de santé » : Comment faire face à la maladie mentale ?

En France, plus de 2 millions de personnes souffrent d'un trouble psychique sévère. Une lourde charge pour leurs proches qui affrontent souvent seuls la maladie au quotidien. Marina Carrère d’Encausse donne la parole à des aidants dans ce nouvel opus d’« Enquête de santé ». Après la diffusion du documentaire de Bruno Timsit, place au débat avec des experts. Mardi 8 décembre à 20.50, sur France 5.

Enquête de santé
© 17 Juin Média

Les familles sont aux premières loges. De toute façon, sans elles, rien n’est possible.

 

Bénédicte Chenu (Collectif Schizophrénies)

Face aux quelque 2 millions de personnes atteintes de bipolarité, schizophrénie, trouble de la personnalité borderline et autres affections psychiatriques chroniques : des familles. Des conjoints, des parents, des fratries souvent désarmés qui, après avoir subi le tsunami du diagnostic, s'épuisent physiquement et moralement dans un quotidien rythmé par les crises et le surmenage. Car, depuis les années 1960 et l'apparition des neuroleptiques qui permettent de stabiliser et, par conséquent, de ne plus garder en institution de nombreux patients, ce sont bien les familles qui se retrouvent mobilisées jour et nuit pour assurer accompagnement, surveillance et soins. Au prix d'une grande culpabilité (alimentée par l'entourage et parfois par les spécialistes eux-mêmes) et au détriment de leur vie et de leur propre santé.
Invisibles, pour la plupart, aux yeux du corps médical, et au-delà, de la société tout entière, ces aidants témoignent ici de leur désarroi, à l'instar de Malika, mère de Sofiane, 30 ans, schizophrène : « C’est du 24 heures sur 24 ; être avec lui, s’occuper de cette maladie, le consoler, le rassurer... Il y a des moments où l'on sort avec lui et, tout d'un coup, il s’installe par terre et ne veut plus bouger ; vous êtes impuissant, vous ne savez pas quoi faire. » Barbara, dont le fils est également atteint de schizophrénie depuis six ans, précise : « On est tout le temps sur le qui-vive. J’ai très peu de temps à moi, je ne vois quasiment plus mes amis, je n'ai plus de vie sociale, je ne peux plus aller au cinéma... C'est un état de fatigue très important. » Cette attention permanente dévolue aux malades est lourde de conséquences. Barbara, qui « ne voulait plus que se reposer et chercher le sommeil », s'est réveillée à l'hôpital 48 heures après avoir ingéré des médicaments pour dormir. Malika, elle, a fait une dépression, souffre d'hypertension et a dû s'arrêter de travailler. Comme Vincent, qui a quitté son emploi de cadre dirigeant dans une société de biotechnologie, il y a quinze ans, pour rester aux côtés de sa femme, Sylvie, atteinte de bipolarité, et élever leurs enfants. D'autres, comme Rachel, ont grandi à l'ombre d'une mère dont la maladie n'a été diagnostiquée que tardivement, sans que personne ne s'en soucie...
Pour soutenir les familles, il existe des programmes d’aide, notamment dans les hôpitaux, qui ont prouvé leur efficacité, mais qui sont encore trop rarement proposés. C'est le cas de Profamille, une méthode québécoise qui apprend en 14 séances de 4 heures à mieux vivre avec un malade. Elle a été importée en France par le Dr Yann Hodé qui affirme que « l’humeur des aidants est nettement améliorée [...] Ça a des conséquences en termes d’arrêts de travail : on en observe quatre fois moins un an après. » Pourtant, faute de moyens ou de volonté de la part des psychiatres, seuls 5 % des aidants la suivent, ce que déplorent les associations.


Après la diffusion du documentaire Maladies mentales, SOS familles en détresse, Marina Carrère d’Encausse anime un débat en direct.

Vivre pour les autres, c’est bien, mais il faut vivre aussi pour soi et, dans ces maladies-là, on a tendance à trop vivre pour l’autre.

Une aidante

Les invités du débat

Pr Marion Leboyer, psychiatre, directrice de la Fondation FondaMental 
Claudie Kulak, présidente de la Compagnie des Aidants 
Marie-Jeanne Richard, présidente de l’UNAFAM (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) 
Patrice Fradet, président de l’association Argos 2001 (Association d'aide aux personnes atteintes de troubles bipolaires) 
Gringe, rappeur et comédien, auteur de Ensemble, on aboie en silence 

 

« Enquête de santé » : Maladies mentales, SOS familles en détresse 

Magazine (52 min + débat en direct 48 min) – Présentation Marina Carrère d’Encausse – Documentaire Maladies mentales, SOS familles en détresse – Réalisation Bruno Timsit – Production Pulsations, avec la participation de France Télévisions

#SanteF5


Enquête de santé : Maladies mentales, SOS familles en détresse est diffusé le 8 décembre à 20.50 sur France 5
À voir et à revoir sur france.tv 

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