Cancer : bien manger pour bien (sur)vivre ?

Faut-il croire aux régimes anti-cancer ? C’est la question que se posent, dans cette nouvelle « Enquête de santé », Marina Carrère d’Encausse et ses invités. Après la diffusion du documentaire de Stéphanie Rathscheck, « Cancer et alimentation, faut-il tout avaler ? », le débat est ouvert.  Mardi à 20.50 sur France 5. 

Buffet à volonté
Buffet à volonté © DR

Il ne faut pas s’imaginer qu’un aliment ou un type de régime va épurer le corps du jour au lendemain et que tout sera parfait...

Dr Bruno Raynard

De l’ail en pagaille, du curcuma à toutes les sauces, du citron pressé pour commencer la journée, un complément alimentaire par-ci, un anti-oxydant de plus par-là… Voilà de bonnes petites recettes censées aider notre organisme à éloigner le spectre du cancer. Certains y croient dur comme fer, qui, à l’instar de Francine et Claude, deux retraités du milieu médical, contrôlent tout ce qui atterrit dans leur assiette. À tort ou à raison, là est la question. Car, si « considérer notre alimentation comme un facteur de risque qu’on peut modifier pour prévenir la maladie est une bonne chose […], la nourriture doit rester un plaisir ; il ne faut pas passer des heures chaque jour à concocter des potions magiques pour essayer de réduire les risques », déclare Mathilde Touvier, directrice de recherche en épidémiologie nutritionnelle à l’Inserm. Cet engouement des Français pour le « manger sain » est patente, sur le Net, mais aussi dans les librairies qui regorgent d’ouvrages sur le sujet. Très bien vendus tout au long de l’année, ces livres, « pour la plupart du temps très incomplets, ne sont pas basés sur des preuves scientifiques importantes », selon Paule Latino-Martel, coordinatrice du Réseau national alimentation cancer (Inrae), qui ajoute : « On vend une idée, une croyance, qu’on pourrait avec un aliment isolé, un complément alimentaire, combattre ou guérir le cancer ; c’est un mirage. » Tout est donc affaire d’équilibre et de modération, le mieux étant d’adopter une alimentation variée, riche en fruits et légumes. 

Oublier la viande ?

N’en déplaise aux carnivores, de plus en plus d’études mettent en cause la viande, la charcuterie et les produits ultra-transformés dans la survenue de cancers. Selon Mathilde Touvier, « il est aujourd’hui reconnu que consommer plus de 500 grammes de viande rouge par semaine augmente le risque de cancer colorectal ». Les autorités sanitaires recommandent d’ailleurs de limiter la consommation de bœuf, mais également de veau, de porc et de mouton. Par ailleurs, mieux vaut oublier le barbecue et privilégier la cuisson à basse température…
Côté charcuterie, l’ennemi est désormais bien identifié : les célèbres nitrites de sodium qui donnent une belle couleur au jambon et permettent une meilleure conservation de la viande. Les trois centaines d’additifs utilisés en Europe dans les multiples produits ultra-transformés sont aussi à incriminer. D’autant plus que nous en mangeons de plus en plus ! Autre danger : le taux important de sel, de sucre et de matières grasses qu’ils contiennent. Avant d’acheter, n’hésitez pas à regarder les étiquettes.

Se priver, une (mauvaise) solution

Pour rester en bonne santé, misons donc sur une alimentation équilibrée, mais que faire quand la maladie frappe ? Afin d’augmenter les chances de guérison, certains se tournent vers le régime cétogène et suppriment tous les glucides pour ne garder que les lipides, le gras. « L’idée générale, c’est que si on diminue l’apport de glucose, on va affaiblir les cellules tumorales ; il y a des résultats intéressants dans des modèles de cancer de souris […], mais à ma connaissance il n’y a pas de démonstration solide chez l’homme », explique Jean Ehrland Ricci, directeur de recherche à l’Inserm. Inefficace, ce régime n’est pas sans conséquences selon le chercheur : « Si on supprime le glucose, un grand nombre d’organes vont être affectés – le cerveau, le muscle, le cœur – ; d’autre part, un apport important de lipides pendant une période longue peut être néfaste. »
D’autres se laissent tenter par des pratiques plus extrêmes et cessent de s’alimenter pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Un contresens pour le Dr Bruno Raynard, chef de l’unité de diététique et de nutrition à l’Institut Gustave-Roussy, qui met en garde contre l’amaigrissement que le jeûne engendre : « La dénutrition, c’est une perte de poids considérée comme significative à partir de 5 % ; pour quelqu’un qui pèse 70 kg, c’est 3,5 kg, ce n’est pas beaucoup ; c’est un facteur de morbidité, c’est-à-dire de complications et de mortalité chez les patients atteints de cancer ; elle entraîne un risque de surtoxicité des traitements, de déshydratation, de toxicité rénale supplémentaire ; on se met dans les plus mauvaises conditions pour avoir une chimio. »
Après la diffusion du documentaire Cancer et alimentation, faut-il tout avaler ?, réalisé par Stéphanie Rathscheck, Marina Carrère d’Encausse accueille sur le plateau pour un débat : le Dr Bruno Raynard ; Luce Jean-Baptiste, diététicienne et nutritionniste à hôpital de la Pitié-Salpêtrière ; le Dr Éric Ménat, médecin généraliste ; Marie Drilhon, membre de l’Unadfi (Union nationale des Associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes) ; Philippe Pouillart, enseignant-chercheur en alimentation et santé, Institut UniLaSalle-Beauvais. 


Il n’existe pas d’aliment miracle ! On sait que c’est manger 400-500 grammes de fruits et légumes par jour – les fameux cinq – qui va nous protéger contre le risque de différents cancers. Un régime riche en fruits et légumes, une alimentation variée sont encore les meilleurs boucliers.

Mathilde Touvier, directrice de recherche en épidémiologie nutritionnelle à l’Inserm

 

Enquête de santé : Alimentation, faut-il croire aux régimes anti-cancer ?  

Magazine (documentaire 52 min + débat en direct 48 min) - Présentation Marina Carrère d’Encausse - Réalisation du documentaire Cancer et alimentation, faut-il tout avaler ? Stéphanie Rathscheck - Production Pulsations, avec la participation de France Télévisions

Magazine diffusé mardi 13 octobre à 20.50 sur France 5
Enquête de santé : Alimentation, faut-il croire aux régimes anti-cancer ? est à voir et revoir sur france.tv 

#SanteF5 

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