« Enquête de santé » : le goût amer du sucre

Gâteaux, glaces, mais aussi biscottes, mayonnaise et même charcuteries... le sucre s’insinue partout dans notre alimentation avec des conséquences parfois dramatiques pour la santé. Dans ce nouveau numéro du magazine, Marina Carrère d’Encausse mène l’enquête sur un produit beaucoup moins doux et inoffensif qu’il n’y paraît. Après la diffusion du documentaire de Céline Bittner « Sucres et faux sucres, la grande intoxication », place à un débat. Mardi 7 décembre à 20.55 sur France 5.

© 17 Juin Media

« Je craque sur les chocolats, si je n’en ai pas, ça me manque, c’est un besoin permanent, un besoin auquel je me suis habitué depuis longtemps ; […] Quand je suis stressé, que j’ai beaucoup de travail […], une petite douceur fait énormément de bien. » La petite douceur a pourtant désormais un goût bien amer pour Francis Woog. Gourmand depuis toujours, cet expert judiciaire de 68 ans est devenu littéralement accro aux sucreries et « n’arrive pas à se raisonner », malgré son embonpoint et son diabète. Rien d’étonnant à cela selon le Dr Corinne Chicheportiche-Ayache, nutritionniste : « C’est inné. Des études montrent que les enfants ont naturellement une appétence pour le goût sucré qu’on va retrouver dans le lait maternel, dans les formules infantiles…, ce n’est pas une question d’éducation, c’est naturel. » Et si nous sommes génétiquement programmés pour les aimer, c’est parce que les glucides constituent les principales sources d’énergie de l’organisme. Ils activent même dans notre cerveau un mécanisme appelé le circuit de la récompense et du plaisir. Plus on en consomme, plus on en a envie… Autrement dit, ils agissent comme une drogue. Une addiction qui, comme chez Francis, se révèle dangereuse pour la santé. Pour réduire les conséquences du diabète et le risque de maladie cardiovasculaire, il va tenter de se sevrer avec l’aide d’un nutritionniste…

Mais pas facile d’échapper au sucre, tant il se cache partout. Les trois quarts des produits transformés que nous consommons en contiennent, des biscottes estampillées sans sel à la mayonnaise en pot, en passant par la charcuterie, parce que, comme l’explique Camille Dorioz de l’association Foodwatch, « c’est pas cher, ça sert de conservateur et ça permet d’alourdir un peu (le produit), histoire de faire un peu plus de marge ». Une manne pour les industriels qui, au fil des années, ont multiplié les utilisations et les appellations. Il existe aujourd’hui pléthore de sucres de synthèse, parmi lesquels une star, le sirop de glucose-fructose. Bon marché, facile à conserver, il s’est largement imposé, avant de se voir pointer du doigt par les spécialistes. Car, contrairement à ce qu’on peut penser, tous les sucres ne se valent pas. Alors que l’assimilation du glucose est régulée par l’insuline, une hormone fabriquée par le pancréas, ce n’est pas le cas du fructose, dont « le métabolisme passe par le foie, ce qui va favoriser le stockage des graisses. (En cas d’excès) vous allez avoir un foie gras, c’est ce qu’on appelle une stéatose hépatique », précise le Dr Chicheportiche-Ayache.

Bouger plus et manger mieux

En plein essor en France, cette maladie du foie gras, Mathilde Leconte la connaît bien. La jeune mère de famille l’a découverte par hasard, lors d’un examen de routine : « Ça a été un choc [...], à l’époque j’avais 33 ans […]. Je buvais jusqu’à un litre de soda par jour, jamais d’eau… et puis surtout je ne pensais pas qu’une consommation de sucre trop importante pouvait avoir de telles répercussions sur ma santé. » Selon le Dr Dominique Lannes, hépatologue : « Dans à peu près 10 % des cas, la stéatose entraîne une hépatite (inflammation du foie) et c’est elle qui va entraîner la fabrication de fibrose et la cirrhose. Ce fléau évolue à bas bruit puisque le foie est d’une discrétion absolue, et on fabrique sa fibrose, et on fait son cancer du foie de façon tout à fait silencieuse. » Chez Mathilde, la maladie a progressé rapidement et elle n’a plus d’autre choix que d’essayer de la contrer en changeant radicalement d’alimentation et en s’imposant des séances de sport quotidiennes. Faute de traitements curatifs, bouger plus et manger mieux, c’est, pour l’instant, le seul moyen de combattre la maladie du foie gras. Pour Mathilde, très investie, la méthode a été efficace. À peine quatre mois plus tard, sa stéatose a disparu, preuve qu’un régime sans sucre peut avoir un bienfait spectaculaire sur la santé.

Encore faut-il parvenir à se désaccoutumer de cette substance addictive… Après quelques écarts et un malaise, Francis réapprend à se nourrir avec l’aide de son nutritionniste qui, paradoxalement, lui a conseillé de réintroduire le sucre dans son alimentation, en modifiant sa façon de le consommer ! Mais il lui reste encore bien du chemin à parcourir. Face aux enjeux de santé publique, et mise sous pression par la banalisation du logo « Nutri-Score », l’industrie agro-alimentaire fait, de son côté, des efforts pour développer des recettes moins riches en sucres. D’autres commerces en ville innovent aujourd’hui en proposant des pâtisseries fabriquées avec des substituts naturels tels que maltitol ou le sucre de fleur de coco, censés être meilleurs pour la santé. La panacée ? L’avenir nous le dira.

Les invités du débat

Après la diffusion du documentaire, Marina Carrère d’Encausse accueille sur le plateau :
Mathilde Touvier, directrice de l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle, Inserm 
Professeur Gabriel Perlemuter, chef du service hépato-gastro-entérologie et nutrition à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart (AP-HP)
Camille Dorioz, responsable des campagnes, association Foodw​atch 
Chloé Saada, pâtissière, auteure de Zéro sucre, plus de 60 recettes pour dire bye bye au sucre raffiné sans frustration ! (Éd. Hachette cuisine, 2020)

 

Quelques chiffres 

  • 1 Français sur 10 souffrirait d’une addiction au sucre
  • 74 % des produits transformés que nous consommons contiennent du sucre, et dans des proportions trop importantes
  • Les Français mangent en moyenne 35 kilogrammes de sucre par an, c’est quatre fois plus que les recommandations de l’OMS
  • Il existe aujourd’hui 56 dénominations pour désigner le sucre présent dans les différents produits
  • La maladie du foie gras est une épidémie en plein essor qui toucherait aujourd’hui 2 millions de Français
  • 15 % de la population française est en surpoids

Enquête de santé : Sucres, la grande intoxication 

Magazine (documentaire 52 min + débat 48 min) – Présentation Marina Carrère d’Encausse – Réalisation (du documentaire) Céline Bittner – Production 17 Juin Media, avec la participation de France Télévisions 

Enquête de santé : Sucres et faux sucres, la grande intoxication est diffusé mardi 7 décembre à 20.55 sur France 5
À voir et revoir sur france.tv

#SanteF5    

Publié par Beatriz Loiseau le 03 décembre 2021
Commentaires