Enquête de santé – Cure détox : miracle ou mirage ?

La cure détox, une solution à envisager ou pure intox ? Réponse dans ce nouveau numéro d’« Enquête de santé » proposé par Marina Carrère d’Encausse. Après la diffusion du documentaire signé Stéphanie Rathscheck, place au débat avec des experts. Mardi 24 mai à 21.00 sur France 5.

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C’est la grande mode ! Un petit jeûne par-ci, un cocktail de jus de fruits et légumes par-là… Ajoutons à cela quelques compléments alimentaires, une ou deux méthodes naturelles plus ou moins ésotériques, et le tour est joué. Nous voilà mieux dans notre peau, revigorés et reboostés à mort, débarrassés pour un moment des toxines qui pénètrent chaque jour dans l’organisme. Vraiment ?
Devenue très tendance à une époque où l’on tente de chasser autant que possible les polluants présents dans notre alimentation, les produits ménagers, les cosmétiques… et même dans l’air que nous respirons, la « cure détox » tient-elle réellement ses promesses ? Permet-elle ce nettoyage de l’intérieur si vanté par ses apologistes ? Et notamment par ceux qui en font leur fond de commerce ?
Certains y croient dur comme fer. C’est le cas de Christine, 70 ans, qui, tous les ans au mois de mars, se lance dans une cure de jus de légumes : « J’arrête de m’alimenter avec du solide pendant une semaine, dix jours ; […] le corps n’a plus à gérer les déchets et ça lui permet un auto-nettoyage, un reset quoi. » Pour renforcer ce « décrassage », elle se fait des bains de siège dans de l’eau très froide en plongeant en même temps les pieds dans une bassine d’eau chaude, un soin appris auprès d’une naturopathe. D’autres ont régulièrement recours à des compléments alimentaires censés « capter tout ce qui n’est pas naturel dans l’organisme » et éliminer les toxines via l’urine. Et pour les aider à trouver ce qui ne va pas, il existe même l’oligoscan, un appareil qui permet de mesurer le taux de métaux lourds… au niveau de la paume de la main ! Révolutionnaire…
Bruno et Sonia, eux, privilégient les stages alliant diète et activité physique. Le couple s’adonne entre autres à la technique du thermo training room, qui consiste à pratiquer de l’exercice dans une pièce fortement chauffée dans le but de favoriser l’élimination en transpirant davantage. Ils ne semblent pas conscients des risques d’hyperthermie, de déshydratation ou, pire, d’accident cardio-vasculaire qu’ils encourent. Monique, de son côté, essaye une irrigation du côlon ; en termes simples, il s’agit d’un lavement d’une cinquantaine de minutes, fait grâce à une machine hydraulique et destiné à « évacuer les matières fécales bourrées de toxines qui stagneraient parfois depuis des mois ». Infirmière libérale, Laurence se laisse pourtant tenter par un soin assez particulier : un bain de pieds dans de l’eau salée et dans lequel une bobine diffuse un faible courant électrique qui permettrait de débarrasser les cellules du corps de ses toxines. Vous avez dit miracle ?
Outre leur capacité à alléger le portefeuille, que valent donc ces traitements pour les spécialistes ?

Pour Filipe de Vadder, chercheur en physiologie humaine (CNRS Institut de génomique fonctionnelle, Lyon) : « […] La plupart des compléments alimentaires n’ont absolument pas démontré d’effet. […] On peut faire tout un marketing derrière, mais rien ne prouve que c’est vrai ; la majorité des compléments alimentaires sert juste à se faire du pognon. Tout ce que l’on trouve dedans, on peut le retrouver dans notre alimentation de tous les jours. »

Le Dr Jérôme Langrand, médecin toxicologue, reçoit régulièrement des personnes inquiètes après un test oligoscan : « Ça ne permet de faire aucun diagnostic, voire c’est même dangereux parce que ça va vous convaincre que vous êtes intoxiqué. On a eu des surdosages en vitamine D chez des patients à qui on avait diagnostiqué des carences à cause d’un oligoscan. Ça peut avoir des effets graves, […] ce n’est pas autre chose que de l’escroquerie moderne. »


Se priver de nourriture ne semble pas être la panacée non plus. Selon le Pr Robert Barouki, médecin toxicologue, directeur de recherche à l’Inserm : « Il n’est pas facile de se débarrasser des polluants qui sont dans le tissu adipeux. Admettons qu’on fasse un jeûne un peu prolongé et qu’on commence à maigrir […]. Vous allez perdre du tissu adipeux, effectivement, mais ces polluants passent dans le reste de l’organisme ; on ne sait toujours pas les éliminer, ils ne passent pas dans les urines [...]. »

Quant à l’intérêt de l’irrigation du côlon, le Pr Philippe Godeberge, gastro-entérologue, est formel : « […] Les matières fécales ne stagnent pas pendant des mois et la constitution de la paroi du tube digestif que vous aviez il y a un mois n’est plus du tout la même que celle que vous avez maintenant ; c’est-à-dire que, de façon naturelle, la paroi se renouvelle avec son contenu [...]. Il n’y a aucune preuve scientifique que la pratique d’un quelconque lavement puisse améliorer l’état de santé. »

Richard Monvoisin, enseignant-chercheur à l’université de Grenoble, résume : « [...] Si en faisant un bain de pieds on en tire un bien-être, je suis pour ; que les gens se fassent plaisir et mettent leurs pieds dans l’eau, c’est très bien. C’est quand on commence à leur faire croire que c’est en faisant ça qu’ils enlèvent des choses mauvaises de leur corps que ça commence à poser problème, c’est le début de l’entourloupe. »

Un avis partagé par le Pr Gabriel Perlemuter, chef du service d’hépatologie (hôpital Antoine-Béclère) : « Si les personnes se sentent bien et veulent du rêve, pourquoi pas. Si ensuite on ment en disant “vous serez mieux après”, là ça me perturbe parce que je suis là aussi pour protéger mes patients en tant que médecin. »

Comme souvent, la solution miracle n’existe pas. Adopter un mode de vie sain et éviter au maximum les polluants au quotidien est encore la meilleure manière de rester en bonne santé.

Les invités du débat

DrCatherine Lacrosnière, nutritionniste 
Pr Xavier Coumoul, toxicologue, Université de Paris-Saclay
Pr Harry Sokol, gastro-entérologue, spécialiste du microbiote, Hôpital Saint-Antoine AP-HP
Pr Bruno Falissard, professeur de santé publique, spécialiste des dérives sectaires en santé, Faculté de médecine Paris XI

Enquête de santé – Cure détox : miracle ou mirage ? 

Magazine (documentaire 52 min + débat 48 min – 2022) – Présentation Marina Carrère d’Encausse – Réalisation du documentaire Stéphanie Rathscheck – Production 17 Juin Media Pulsations, avec la participation de France Télévisions

Enquête de santé – Cure détox : miracle ou mirage ? est diffusé mardi 24 mai à 21.00 sur France 5
À voir et revoir sur france.tv
#SanteF5

Publié par Beatriz Loiseau le 23 mai 2022
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