Édouard, mon pote de droite – « Aux manettes »

Très attendu, le troisième volet de la série documentaire « Édouard, mon pote de droite », consacré à Édouard Philippe, suit le maire du Havre durant ses années à Matignon. Les confidences qui s’y échangent font de ce film un document historique. À voir d​imanche 4 juillet à 20.50 sur France 5.

Un film de près de trois heures réalisé par son ami Laurent Cibien.
Un film de près de trois heures réalisé par son ami Laurent Cibien.


En avril 2018, alors que la grève contre la réforme de la SNCF bat son plein, Édouard Philippe accueille le réalisateur Laurent Cibien dans son bureau. Il disserte sur la fonction de Premier ministre et la possibilité d’être « viré ». « J’espère être encore là, blague-t-il à l’attention de son ami d’enfance. Surtout pour ton film, sinon ce sera un court-métrage. » Finalement, l’aventure rue de Varenne aura duré un peu plus de trois ans. Ce sont les coulisses de ce passage à Matignon que relate le film de Laurent Cibien, qui avait déjà filmé Édouard Philippe durant la campagne municipale de 2014 puis la primaire des Républicains en 2016. Seule contrainte imposée par l’actuel maire du Havre : ne pas diffuser ces images tant qu’il sera Premier ministre.

Dans ce troisième volet de près de trois heures, sous-titré « Aux manettes », Édouard Philippe raconte donc à Laurent Cibien, son « pote de gauche » rencontré au lycée quelque trente ans auparavant, sa vie « aux manettes » de Matignon, qu’il a quitté le 3 juillet 2020.

Construit notamment à partir de conversations régulières dans son bureau, le film permet de capter l’atmosphère du moment, ainsi que les doutes et les enjeux liés aux événements (l’ouragan Irma aux Antilles, les démêlés du navire de sauvetage Aquarius…) et aux grandes décisions, comme l’arrêt du projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes nationales. Confronté à sa volonté d’entamer des réformes et à la réalité des contraintes liées à sa fonction, le Premier ministre doit gérer ce qu’il appelle « un monde imparfait » : « Il y a plein de choses que je voudrais faire, mais que je ne peux pas faire. » À partir de l’automne 2018, les ennuis se succèdent : le ministre de l’Environnement Nicolas Hulot démissionne en septembre tandis que la révolte des Gilets jaunes éclate, faisant vaciller le pouvoir et l’obligeant à reculer.

Propos prémonitoires
Entre familiarité et gravité, légèreté et tragique, les confidences se succèdent, dessinant le portrait d’un homme aux multiples facettes, qui se dévoile peu à peu… et dont les propos sont parfois prémonitoires. Ainsi, évoquant un jour de l’automne 2018 les contraintes du « réel » et les arbitrages à opérer entre économie, santé, écologie, il prononce une phrase qui résonne étrangement aujourd’hui : « Peut-être que dans cinq ans on me reprochera de ne pas avoir augmenté les efforts dans la recherche médicale, parce qu’il y aura un virus qu’on n’a pas vu venir. »

En avril 2020, alors que la pandémie est déclarée, il dira par ailleurs que de « tous les risques » liés à la crise de la covid, « le risque politique » lui paraît le plus dangereux. « Vu l’appauvrissement, la peur, les déstabilisations…  », précise-t-il.

La grande liberté de ton est la force de ce film émaillé de confidences et de propos que l’on découvre aujourd’hui mais qui, sur le moment, ne pouvaient être publiquement énoncés. D’autres séquences montrent également un Premier ministre tour à tour harassé ou détendu, écoutant les Pink Floyd et évoquant « le grand Nick Mason ». 

Tout à la fois réflexion sur la fabrication d’une carrière politique et portrait d’un homme qui a voué sa vie à un but – exercer des responsabilités au plus haut niveau de l’État –, ce document montre au final le quotidien d’un Premier ministre souvent malmené par les événements. « J’ai l’impression de conduire un car, résume-t-il quelques mois avant sa démission. J’ai du monde derrière, j’ai un frein sur deux qui ne fonctionne pas, il y a du brouillard, du verglas, on est sur une route de montagne, et t’as cinq types dans le car qui te disent qu’il fallait aller à gauche, à droite, et d’autres qui te disent de ne pas se planter. »

Lorsque l’heure du départ arrive, à la question de savoir s’il a le sentiment d’avoir changé, Édouard Philippe répond par la négative : « Disons que j’ai vécu trois ans très intenses […]. Je suis peut-être un peu plus grave qu’avant… En tout cas, j’ai énormément appris. Et je suis assez fier d’avoir fait du mieux que je pouvais. »

Note d’intention de Laurent Cibien (extrait)
 
« Après un premier épisode consacré à sa campagne victorieuse au Havre en 2014, puis un deuxième épisode sur la primaire de la droite et la défaite de son mentor Alain Juppé, dont il était le porte-parole, en 2016, dans ce troisième épisode, qui se déroule essentiellement dans les murs de Matignon, où il a été nommé à la surprise générale en mai 2017, la question change de nature : ce n’est plus le temps de la conquête du pouvoir, mais de son exercice. »

« Un curieux demandant à un copain de lui raconter son travail… »
« Édouard est convaincu qu’un film documentaire, contrairement à la fiction, ne peut pas réussir à montrer l’exercice du pouvoir. Bien que persuadé de l’inverse, j’accepte de partir de cette contrainte : s’il ne se filme pas, peut-on le raconter en même temps qu’on le vit ? Est-ce que, à travers la parole, le pouvoir peut prendre chair ?
Ce n’est pas en “représentant des Français” ou en journaliste que j’ai abordé ce film, mais comme un curieux demandant à un copain de lui raconter son travail.
Comment diriger un gouvernement de la Ve République ? Comment se prend une décision ? Que se passe-t-il quand on s’est trompé ? A-t-on autant de pouvoir qu’on l’imagine ? A-t-on le temps de réfléchir à ce qu’on fait ? Est-ce qu’il y a de la place pour le doute ? »

Le réalisateur
Né en 1970 à Montluçon, Laurent Cibien poursuit depuis 1998 une double activité de réalisateur de documentaires et de grand reporter. Il a réalisé une dizaine de documentaires (dont Monsieur M, 1968, coréalisé avec Isabelle Berteletti) et de nombreux grands reportages pour Arte, France 2, France 3, France 5 ou France Ô. Auteur et réalisateur de la série documentaire Édouard, mon pote de droite, il connaît Édouard Philippe depuis leur année d’hypokhâgne au lycée Janson-de-Sailly. L’un est de droite, Édouard ; l’autre, Laurent, est de gauche. Un jour, Laurent a suggéré à son pote de le suivre régulièrement pendant dix ans. C’était en 2004. Depuis cette date, l’histoire se poursuit. Elle a donné lieu à trois films, consacrés respectivement à la campagne municipale de 2014, la primaire des Républicains en 2016, puis la période allant du 15 mai 2017 au 3 juillet 2020, qui vit Édouard Philippe occuper le poste de Premier ministre. Il s’agit là, dit le réalisateur, d’une « série au long cours sur la fabrique et l’exercice du pouvoir dans la France contemporaine ». 

Édouard, mon pote de droite – « Aux manettes » (volet 3)

Il y a un an, le 3 juillet 2020, Édouard Philippe quittait Matignon. Durant les trois années où il a exercé la fonction de Premier ministre d’Emmanuel Macron, de mai 2017 à juillet 2020, il raconte au réalisateur Laurent Cibien, son « pote de gauche » rencontré au lycée presque trente ans auparavant, sa vie « aux manettes » de Matignon.

Documentaire de la série Édouard, mon pote de droite (175 min - 2021) – Sur une idée originale de Laurent Cibien et Barbara Levendangeur – Écrit par Laurent Cibien et Claude Clorennec – Réalisateur Laurent Cibien –Production Lardux Films et Pays des Miroirs, avec la participation de France Télévisions et de Public Sénat.

Ce documentaire est diffusé d​imanche 4 juillet à 20.50 sur France 5.
À voir et à revoir sur france.tv

Les deux premiers épisodes de la série Édouard, mon pote de droite :
1 : Le Havre en 2014
2 : Primaire en 2017

Les 3 épisodes seront disponibles dès 06.00 le 4 juillet sur france.tv

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