Des racines (de manioc) et des ailes : « Brésil, le gardien de l'Amazonie »

Surveillance de la déforestation et des activités des chercheurs d’or illégaux, protection des communautés indigènes, évacuations médicales d’urgence, lutte contre la pandémie de covid-19... Fernando Bezerra survole depuis 35 ans l’Amazonie. Il a décidé un jour de changer de camp : il a travaillé pour ceux qui dévastent la forêt, il est devenu l’un de ses gardiens. Lundi à 20.50 dans « Les Avions du bout du monde » sur France 5.

« Brésil, le gardien de l'Amazonie » © Grand Angle Productions

L’Amazonie dépasse notre entendement. La plus grande forêt tropicale humide du monde s’étend sur neuf pays et équivaut à treize fois la France ; elle est peuplée par une centaine de milliers d’Indiens, appartenant à 180 tribus, avec chacune leur langue et leurs traditions ; on y trouve 2 000 espèces de poissons, 45 000 espèces végétales, etc. Ce n’est plus un secret pour personne : ce territoire est de plus en plus menacé et ses habitants avec lui. Lorsque les enquêteurs de l’ONG Greenpeace doivent se rendre dans la forêt pour y documenter ces menaces, ils dont appel à Fernando Bezerra, un pilote de Manaus, la capitale de l’Amazonie brésilienne, qui survole cette immensité d’eau et de végétation luxuriante depuis 35 ans et en connaît la beauté mais aussi les dangers – les atterrissages d’urgence y sont impossibles et tout crash s’avère fatal. Quelques-uns de ses amis pilotes y ont été engloutis.
Le documentaire de François Guillaume s’ouvre sur une mission particulièrement saisissante : le survol de la réserve des Indiens Yanomami, un territoire grand comme le Portugal, accordé en 1992 par l’État brésilien en toute propriété à cette tribu mais pourtant envahi chaque année davantage par les chercheurs d’or. Tandis que les Yanomami sont estimés à 27 000, les orpailleurs seraient aujourd’hui environ 20 000 ! Et leur activité est quasi industrielle. Les mines à ciel ouvert se succèdent de façon macabre : arbres abattus, berges des rivières éventrées, boues chargées en métaux lourds, marres d’huile, lacs empoisonnés par le mercure..., mais aussi pistes d’atterrissage illégales, avions, hélicoptères... Le survol exige de la prudence. Les chercheurs d’or, peu désireux de voir leurs activités révélées au grand jour grâce aux photographies réalisées par l’ONG, peuvent se montrer très agressifs.
Si Fernando connaît si bien les orpailleurs, c’est qu’il a travaillé jadis pour eux, ainsi que pour les trafiquants de bois, alors qu’il n’était qu’un jeune pilote casse-cou attiré par l’argent facile : 20 % de la valeur des marchandises transportées, la tentation était forte... C’était avant que Greenpeace ne le sollicite, en 2000, pour son expérience et sa connaissance de la forêt, justement, et que le pilote ne prenne conscience de la fragilité de l’Amazonie... et ne choisisse de changer de camp. Depuis, ses compétences sont bien mieux utilisées : missions de surveillance, transport de matériel, évacuations médicales, livraison de bouteilles d’oxygène dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de covid-19...
C’est lors d’une de ses livraisons qu’il entraîne le réalisateur à São Gabriel, à la frontière avec la Colombie, une bourgade peu accessible sur les rives du Rio Negro où une communauté d’Indiens Tukano et Tuyuca – ayant quitté leurs terres pour fuir les ravages des orpailleurs – s’est installée. Le confort est plus grand que dans la forêt, à vingt jours de marche de là, mais déjà les traditions s’effilochent et les enfants perdent leur langue. Entre la nostalgie et le rêve d’un retour, on survit essentiellement de la culture et de la vente du manioc, le « pain des indigènes », qui peut tuer quand on ne sait pas le préparer.

C.K.G.

« Les Avions du bout du monde »

20.50 : Brésil, le gardien de l’Amazonie
Documentaire (2021 - inédit) – 52 minutes – Réalisation François Guillaume – Production Grand Angle productions – Avec la participation de France Télévisions

21.40 : Polynésie, le pilote des atolls (saison 3, rediffusion)
Documentaire (2020) – 52 minutes – Réalisation François Guillaume – Production Grand Angle productions et Archipel Production – Avec la participation de France Télévisions et du CNC – Avec le soutien de la Polynésie française 

Diffusé lundi 19 juillet à 20.50 sur France 5
À voir et à revoir sur france.tv

Publié le 18 juillet 2021
Commentaires