Alors, on danse ?

Qu’importe le lieu pourvu qu’on batte en rythme, seul ou à plusieurs, le sol de nos pieds. Des bals populaires aux salons feutrés, en passant par les boîtes de nuit et les free parties, les danseurs ont toujours su s’adapter. Et leurs histoires sont à découvrir « Dans les bals populaires » ce lundi dès 21.10 sur France 3.

« Dans les bals populaires ». © ZED

Le film débute un jour de fête. Le 14 juillet 1880, précisément. Le jour du premier bal républicain. Ainsi, d’un loisir d’élite le bal passe à un loisir public puis, avec le temps, à un loisir de masse. Si les formes de bal ont évolué depuis cent quarante ans, sa permanence atteste son importance autant que ses évolutions racontent celles de notre société.

Yann Coquart et Jeanne Burel, extrait de la note d’intention

Le bal n’est pas le seul endroit où l’on se réunit pour danser mais, de tous les dancefloors existants, il est indéniablement celui qui a permis de rassembler, gratuitement le plus souvent, des personnes sans distinction de classe ou d’origine. Oui, il fut une époque où l’on courait les bals populaires pour le plaisir de s’y retrouver, d’y faire des conquêtes et bien évidemment de danser. Certes, ces lieux ont toujours existé d’une manière ou d’une autre, on profitait d’une noce, de la fin de la moisson ou des vendanges, d’un si précieux jour de repos, pour danser au son d’un biniou, d’un accordéon, d’une cabrette ou d’une flûte. Ces rassemblements, jadis fréquents, ont peu à peu disparu de nos campagnes et de nos quartiers. Reste le traditionnel bal des pompiers (né à Montmartre entre les deux guerres) organisé le 14 Juillet.
N’allez pas croire pour autant que ce documentaire, un brin nostalgique, s’adresse uniquement aux fans des pistes d’antan. Avec ses anecdotes, ses images d’archives, il décrit certes une période en partie révolue mais surtout un pan de notre histoire. Celle vécue par nos aïeuls à la fin du XIXe siècle lorsque le choléra s’est abattu sur la France, stoppant les danseurs dans leur élan. La mainmise du clergé sur ce que les paroissiens étaient en droit ou non de danser (oubliez les quadrille, gavotte, valse et polka). Selon qu’on soit issu ou pas des beaux quartiers prédominaient des habitudes, des codes. Connaissiez-vous ainsi l’existence des carnets de bal dans lesquels les jeunes femmes notaient le nom du cavalier pressenti pour la valse, le pas des patineurs, la mazurka, la polka ou encore la berline ? Dans les quartiers plus populaires, un tel carnet était inutile pour inviter l’autre à danser. C’est d’ailleurs dans un bar parisien de la rue de Lappe que serait né le style musette, de la fusion entre la cabrette et l’accordéon.

Les joueurs de cabrette à Paris, c’était des stars, c’était les Johnny Hallyday de l’époque. Ce sont des gens qui sont arrivés à Paris avec rien. Et d’un coup, de musique communautaire, et marginale d’une certaine manière, c’est devenu la variété de l’époque.

André Ricros

Au fil des décennies, de nouvelles danses et musiques supplantent les précédentes. La cabrette, passée de mode, laisse place à l’accordéon chromatique dans les quartiers populaires, ailleurs on se passionne pour le jazz débarqué avec les Américains en 1917. Danser encore et toujours, même sous l’Occupation, et encore plus lorsque la France sortira de la Seconde Guerre mondiale. Bien plus tard déferlera le disco dans les boîtes de nuit, avant l’avènement des raves-parties et le renouveau des fest-noz.
Qu’importe le style, nous sommes tous issus d’une longue lignée de danseurs (du dimanche ou pas). Les deux années de pandémie et la guerre qui sévit en Ukraine n’ont pas réussi à faire taire ce plaisir simple et nullement démodé. Dire qu’il est des hommes pour comparer cela à de la luxure (voire de la débauche) et à l’interdire encore aujourd’hui… Danser, oser se rapprocher pour esquisser un pas de deux, en quoi cela est-il pécher ? 

Je pense que la danse a une telle force d’attraction qu’on ne pourra de toute façon jamais l’interdire. Les gens se débrouilleront toujours pour retomber sur leurs pattes et pour danser.

Bernard Cloclet

Dans les bals populaires

Au fil du temps et des lieux, la France entière s’est mélangée sur la piste de danse : les anciennes et les nouvelles générations dans les bals champêtres et les fest-noz, les bourgeois et les voyous dans le Paris de la Belle Époque, les Blancs et les Noirs dans les dancings de l’entre-deux-guerres, les ouvriers et les immigrés dans les guinguettes de banlieue et les bals de mineurs, les homos et les hétéros dans les boîtes de nuit disco.
Et si le bal agit parfois comme un révélateur des tensions qui traversent la société, il est aussi le moyen par lequel les Français les transcendent ensemble. Malgré les épidémies, les guerres, la morale et toutes formes d’interdictions, le besoin de se rassembler pour danser est plus fort que tous.
Danser au bal, c’est faire société.

Documentaire (90 min - inédit) – Auteur Yann Coquart, avec la collaboration de Jeanne Burel –   Réalisation Yann Coquart – Production ZED, avec la participation de France Télévisions

Ce documentaire est diffusé lundi 27 juin à 21.10 sur France 3
Dans les bals populaires est à voir et revoir sur france.tv

Publié le 24 juin 2022
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