« Complément d’enquête » change de tête

Après des années comme grand reporter et un prix Albert-Londres, Tristan Waleckx ajoute son nom à la prestigieuse liste de présentateurs de « Complément d’enquête ». Dès jeudi, il fait sa rentrée dans les célèbres fauteuils rouges avec un sujet sensible sur le financement des fake news. Jeudi 2 septembre à 22.55 sur France 2.

Tristan Waleckx s'installe dans les fauteuils de « Complément d'enquête ». © Nathalie Guyon / FTV

Tristan Waleckx a toujours voulu être journaliste, et Benoît Duquesne incarnait avec Complément d’enquête les valeurs du journalisme qui le faisaient tant rêver : enquête, rigueur, impertinence, objectivité… Il rejoint l’équipe du magazine en 2012. Et, après quelques années et un prix Albert-Londres pour son enquête sur Vincent Bolloré, il affine encore ses talents auprès d’Élise Lucet et Envoyé spécial, où il signe des sujets sur l’affaire Bygmalion, Pénélope Fillon, et sera primé pour ceux sur les kompromats russes et sur Monsanto.

Entretien avec le grand reporter Tristan Waleckx, désormais aux commandes de Complément d’enquête


Vous allez incarner Complément d’enquête, or, à sa création, vous aviez 17 ans. Que représente ce magazine pour vous ? 
Tristan Waleckx: Ça va vous paraître très cliché, mais depuis très jeune, j’ai rêvé de travailler pour Complément d’enquête avec Benoît Duquesne. Alors lorsqu’il m’a contacté en 2012 – j’étais au JT de TF1 –, j’ai foncé ! Complément d’enquête défend toutes les valeurs qui sont les miennes : des enquêtes et une info rigoureuses, de l’impertinence, de l’indépendance… Malheureusement, en 2014, à la mort de Benoît Duquesne, nous nous sommes subitement retrouvés orphelins. Alors nous avons décidé, avec Nicolas Poincaré et tous les reporters, que notre but serait de lui rendre hommage en poursuivant son travail et en faisant survivre son émission.

Mission accomplie, puisqu’en 2017 vous obtenez – avec Matthieu Rénier – le très prestigieux prix Albert-Londres pour votre reportage Vincent Bolloré, un ami qui vous veut du bien ? diffusé dans Complément d’enquête
T. W.: C’est un reportage qui m’a aussi causé beaucoup de soucis judiciaires. Moi qui trouve tout à fait normal qu’une personne qui s’estime diffamée puisse porter plainte… Là, je me suis rendu compte que le groupe Bolloré utilisait toutes les attaques possibles – au pénal, au tribunal de commerce et même au Cameroun –  comme des « procédures bâillons ». C’est-à-dire des procédures qui ne sont pas là pour réparer des dommages ou des erreurs commises par un journaliste mais pour intimider et dissuader d’autres d’enquêter sur des dossiers trop sensibles. Heureusement, j’ai reçu un soutien total de France Télévisions et de la profession. J’ai réalisé à ce moment-là que cette chance n’était pas donnée à tous, aux pigistes par exemple, et qu’un journalisme indépendant est de plus en plus difficile à exercer, d’où l’importance d’un service public qui peut défendre ces valeurs. Et, bien entendu, j’ai été extrêmement fier de recevoir le prix Albert-Londres, justement dans ce contexte. Ce prix est le graal de tout journaliste, la récompense ultime de mon travail. 

Concernant la ligne éditoriale de Complément d’enquête, avez-vous choisi la continuité ou la révolution ?
T. W.:
Les deux. Laurent Guimier (directeur de l’information) et Elsa Margout (directrice des magazines de l’information) m’ont donné carte blanche pour un magazine respectant l’ADN de Complément d’enquête, c’est-à-dire du sérieux, du factuel, du vérifié, mais aussi qui n’hésite pas à investiguer à rebrousse-poil afin de proposer une info indépendante, dérangeante parfois, voire impertinente aux téléspectateurs. Cette saison, avec les rédacteurs en chef Hugo Plagnard, Séverine Lebrun et Clément Castex, nous préparons des documentaires de 52 minutes sur des enquêtes ambitieuses où les témoignages inédits et les infos exclusives seront de mise.

Allez-vous abandonner l’investigation de terrain ?
T. W.: Mon travail consiste désormais à impulser des idées. La rédaction a toujours eu un fonctionnement horizontal où chacun des neuf reporters peut donner son avis sur le sujet d’un autre, où la confrontation des idées et des points de vue est libre. Mon rôle en tant qu’interviewer dans les fauteuils rouges reste d’ailleurs très proche de celui que j’avais sur le terrain, car mes invités ne seront pas des commentateurs, comme on le voit dans d’autres émissions, mais des acteurs, des témoins directs susceptibles d’apporter des révélations de premier plan. Il se peut d’ailleurs que nous soyons amenés à déplacer les fauteuils dans un autre pays afin de rencontrer telle ou telle personne qui ne s’exprime que rarement.

Avez-vous déjà un nom d’invité pour la première émission sur le financement des fake news ?
T. W.: On garde cette info jusqu’à la diffusion. Pour ce sujet, nos équipes sont parties tourner en France avec le réalisateur de Hold-up, le documentaire sur la pandémie qui a fait polémique, et aux États-Unis à la rencontre d’un célèbre complotiste et de businessmen des fake news. On va révéler les marques qui sont le plus impliquées dans le financement de la désinformation au travers de leur publicité.

Quelles seront les enquêtes suivantes ?
T. W.: Le 9 septembre, nous traiterons un sujet qui concerne tout le monde : la pénurie de médicaments. Un de nos journalistes, en réussissant à se procurer des documents internes à un laboratoire, a pu prouver que certains d’entre eux organisent parfois volontairement la pénurie de certains médicaments pour faire gonfler les prix. Avec les conséquences délétères que vous pouvez imaginer. Une enquête très rigoureuse, scandaleuse et révoltante. Le 16 septembre, il s’agira d’un portrait d’Anne Hidalgo, maire de Paris et potentielle candidate à la présidentielle 2022. 

Vous êtes-vous préparé à passer à l’antenne ?
T. W.: Je vais essayer de rester moi-même sans entrer dans un format. Je vais continuer à mener mes interviews comme un journaliste d’investigation de terrain que je suis et que je veux rester. Laurent Guimier et Elsa Margout m’ont aussi choisi pour ça, je pense, et peut-être aussi parce que je n’ai pas la réputation d’un journaliste docile. 

Propos recueillis par Diane Ermel

Complément d’enquête : Fake news, la machine à fric

Dès sa sortie en novembre dernier, le documentaire Hold-up connaît un succès phénoménal, à la hauteur de la controverse qu’il va susciter. Aussitôt qualifié de complotiste, le film est épinglé pour ses erreurs factuelles, ses raccourcis et insinuations non fondées. Pierre Barnérias, son auteur, a exceptionnellement accepté d’accorder une interview aux équipes de Complément d’enquête. Comment cet ancien journaliste réagit-il aux accusations de complotisme ? Qu’a-t-il fait des centaines de milliers d’euros récoltés ?
Les sites spécialisés dans la diffusion de fausses informations empocheraient chaque année près de 250 millions d’euros selon les estimations d’une ONG américaine. Aux États-Unis, justement, nos équipes ont rencontré et interrogé des hommes d’affaires qui ont construit leur fortune sur le commerce des fake news. 
Grâce à une étude inédite menée en collaboration avec 50 citoyens, Complément d’enquête a pu mettre au jour les circuits opaques de financement du complotisme. Géants de la téléphonie mobile, de la grande distribution, de l’industrie automobile : cette investigation révèle le nom des marques qui financent les producteurs de désinformation via leurs publicités en ligne.
Plus surprenant : des associations caritatives et le gouvernement lui-même participent à ce business en versant des milliers d’euros chaque année à des manipulateurs qui mettent en péril notre santé et nos démocraties.

Magazine de la rédaction conçu par Benoît Duquesne – Présentation Tristan Waleckx – Préparé par Clément Castex, Séverine Lebrun, Hugo Plagnard – Coordonné par Caroline Bélicard et Céline Cardi – Production France TV


Complément d’enquête : Fake news, la machine à fric diffusé jeudi 2 septembre à 22.55 sur France 2
À voir et revoir sur franceinfo et son application mobile (iOS & Android), rubrique Magazines

@Cdenquete  |  #ComplementDenquete  |  @tristanwaleckx

Publié par Diane Ermel le 30 août 2021
Commentaires