« Le Mensonge » : une mini-série-événement avec Daniel Auteuil

Daniel Auteuil incarne le personnage de Claude, un grand-père accusé de viol par son petit-fils de 10 ans. Interview de l’acteur qui nous en dit plus sur sa participation exceptionnelle, suivie d’une interview de Christian Iacono, l’auteur du récit « Le Mensonge ». Cette mini-série-événement est diffusée les lundis 5 et 12 octobre sur France 2 à 21.05 et en avant-première sur france.tv.

Daniel Auteuil et Alex Terrier-Thiebaux
Daniel Auteuil dans la mini-série « Le Mensonge ». © France tv

Comment êtes-vous arrivé sur le projet ?
Daniel Auteuil : Vincent Garenq et moi avions déjà travaillé ensemble sur un film, Au nom de ma fille*. Il m’a contacté pour me proposer le rôle de Claude, que j’ai accepté en toute confiance parce que je savais qu’on ne serait pas dans le sensationnel mais au cœur même de l’histoire. Vincent s’empare d’histoires judiciaires et sociales qu’il traite et réalise avec beaucoup de rigueur.

Connaissiez-vous l’affaire Iacono ? Que pensez-vous de cette histoire hors norme ?
D. A. : Cette affaire, que je ne connaissais pas, est avant tout une tragédie familiale qui est la conséquence du malheur d’un petit garçon. J’ai pensé au cheminement de ces deux personnes, le grand-père et le petit-fils, et de leurs familles. L’un est accusé à tort, sa vie est complètement transformée, anéantie. L’autre a grandi avec ce mensonge, et il lui en a fallu du courage pour dire la vérité. Et, là encore, un autre combat commence : quand on a menti depuis si longtemps, il faut prouver que l’on ne ment pas une deuxième fois. Sur un plan dramaturgique, je comprends que Vincent se soit intéressé à cette histoire.

Comment avez-vous abordé ce personnage ? Laissera-t-il des traces ?
D. A. : Je n’avais pas lu livre de Christian Iacono avant de commencer le tournage : je voulais entrer dans l’histoire sans rien savoir. C’est un peu ma méthode. Je m’oblige à laisser une page blanche et à me laisser surprendre par le scénario parce que je ne veux rien préméditer. Par le passé, j’ai interprété des rôles avec des problématiques similaires, notamment dans le film de Nicole Garcia L’Adversaire, où le personnage principal faisait croire à sa famille des années durant qu’il était médecin. En tant qu’acteur, ce type de rôle est prodigieux à jouer, à incarner, mais cela reste du domaine de la fiction. Pour me préserver, je m’éloigne toujours de la réalité, toujours. Mais tout de même, pendant le tournage de cette mini-série, je ne pouvais m’empêcher de penser à la conséquence de ce mensonge et à tout ce temps perdu.

Cette mini-série marque votre retour à la télévision depuis très longtemps…
D. A. : C’est vrai, je n’avais pas fait de téléfilm depuis 1974. Je choisis mes rôles mais je suis aussi choisi : c’est une vraie démarche. Je vois l’opportunité de grands rôles, d’être à la fois dans une époque et d’incarner un destin. Comme je vous le disais, j’ai accepté ce rôle parce que c’était Vincent Garenq, mais aussi parce que la télévision offre cette possibilité de raconter des histoires qu’on ne peut pas raconter au cinéma en ce moment.

Propos recueillis par Mona Guerre

Ce film, sorti au cinéma en 2016, est inspiré de l’affaire Dieter Krombach, un fait divers qui s’est déroulé en 1982 et dont l’affaire a duré plus de trente ans.


Daniel Auteuil et Christian Iacono, auteur du récit "Le Mensonge"
Daniel Auteuil et Christian Iacono, auteur du récit « Le Mensonge ».
© Cyril Dodergny / Nice-matin

C’est en homme serein mais encore meurtri par des années de cauchemar que Christian Iacono a accepté de parler de la série adaptée de son récit, Le Mensonge.

Pourquoi avoir écrit Le Mensonge ?
Christian Iacono : Cette accusation familiale d'une brutalité soudaine à laquelle je ne m'attendais pas du tout a été un choc qui a complètement bouleversé mes quinze dernières années. On ne mesure pas l'immensité de l'effondrement en 24 heures à cause du petit mensonge d'un gamin de 10 ans. Lorsque j'ai été acquitté il y a trois ans, je me suis dit que je devais écrire pour ma famille, mais aussi parce que je suis âgé. Je ne serai bientôt plus là pour répondre aux questionnements de mes enfants et petits-enfants. J'avais déjà raconté à mes proches et à mes amis intimes. Mais je tenais aussi à laisser un témoignage, alors j'ai écrit pendant une année, tout seul, avec mes souvenirs et les documents du dossier. J'y ai mis tout mon cœur en essayant d'expliquer à la fois l'erreur judiciaire – que je voulais absolument prouver – et la souffrance des êtres qui me sont chers. Je voulais raconter les erreurs de la justice pendant près de quinze ans, le drame que cela a provoqué dans ma vie intime, familiale, sociale et politique.

Du livre à la série, pouvez-vous nous expliquer les étapes ?
C. I. : J'avais demandé à un ami éditeur s'il voulait bien s'occuper de mon manuscrit. On avait fait à l'époque quelques Salons et je pensais en avoir fini. Par la suite, plusieurs personnes ont manifesté de l'intérêt pour mon histoire, mais, dès le départ, j'avais promis à un ami proche qu'il pourrait en faire une adaptation filmique. Et aussitôt après mon accord, il a commencé à monter un projet en sollicitant l'aide de France Télévisions et en faisant appel au réalisateur Vincent Garenq, avec qui il avait déjà travaillé.

Comment s'est passée la rencontre avec Vincent Garenq ?
C. I. : On est devenus amis. Vincent est venu plusieurs fois à Vence pour s'imprégner de l'atmosphère, interroger des personnes, lire les dossiers, voir les avocats. Il a pu rendre l'ambiance de l'époque grâce aux témoignages qu'il a recueillis. Il avait lu le livre, on a beaucoup discuté, beaucoup débattu. Il a construit une histoire qui s'inspire de mon récit en y ajoutant une part de fiction. Vincent a joué l'authenticité et la vérité : il a transposé à l'écran des phrases que j'ai pu dire lors de nos discussions. Je lui racontais mon amour de la Méditerranée et de la voile ; la scène du voilier, par exemple, avec l'enfant à la fin du premier épisode est vraie. J'aimais bien faire de la voile parce qu'il y a un horizon ; on ne sait pas ce qu'il y a derrière cet horizon, et Vincent y a vu le symbole de mon affaire. Le 10 juillet 2000, j'étais au top à tous les points de vue, 48 heures après, j'étais en prison parmi les détenus.

Quelles sont vos relations avec votre fils et votre petit-fils aujourd'hui ?
C. I. : Il y avait un petit nuage au sein de notre famille : les relations avec mon fils n'étaient déjà pas bonnes avant cette affaire. Et depuis nous n'avons plus du tout de contact en dépit de quelques tentatives. Après sa rétractation et son aveu de mensonge, mon petit-fils m'a demandé de lui pardonner, ce que j'ai fait, même s'il est plus difficile de pardonner à un adulte qu'à un enfant de 10 ans. Des amis proches me disent qu'ils ne comprennent pas comment j'ai pu le faire. Il avait 20 ans et il en a 28 maintenant, il a fait une bêtise et j'estime qu'il ne faut pas lui gâcher la vie.

La série porte sur l'importance donnée à la parole d'un enfant et fait écho à d'autres affaires judiciaires. Quel est votre sentiment ? Votre position ?
C. I. : J'ai découvert qu'en France on ne sait pas recueillir la parole de l'enfant, qu'il soit victime ou témoin. Un peu partout en Europe, des pays ont adopté des protocoles à suivre proposés par une autrice canadienne. Je me souviens de la préface d'un livre de cette autrice signée par un psychiatre français qui regrettait que la France n'ait pas voulu suivre ces protocoles. Cette autrice est allée partout en Europe pour dispenser des cours, des formations pour aider le ou la gendarme ou policier(e) qui entend pour la première fois la parole d'un enfant. C'est important, primordial de savoir comment faire pour avoir plus de chances d'arriver à la vérité. Il avait été question de former des policiers, mais je crois qu'il n'y a pas eu de suite. Dans des histoires de cette ampleur, j'ai le sentiment que c'est une question de chance : soit on tombe sur quelqu'un qui a du bon sens, du discernement et qui arrive à démêler ce qui peut être vrai ou pas, soit on tombe sur quelqu'un à la sensibilité exacerbée ou qui passe outre la parole des autres...

Avez-vous vu la série ? Qu'en avez-vous pensé ? Votre famille ?
C. I. : La série est très véridique, très juste sur le plan psychologique. Sur les faits, cette affaire a duré quinze ans, mais je comprends la grande difficulté de Vincent Garenq de réduire, de synthétiser en quatre épisodes. La traduction d'une écriture en image impose de modifier, resserrer et de faire des choix afin d'être bien compris par les téléspectateurs. Ma fille et ma femme ont trouvé que la série était très bien, même si elle a ravivé certains souvenirs pas très heureux évidemment. Mais j'admire le travail qui a été fait.

Propos recueillis par Mona Guerre


« Le Mensonge » en résumé

Claude Arbona a tout réussi dans sa vie. Maire de Castel-sur-Mer, il est sur le point de devenir sénateur. Mais la plus grande épreuve de sa vie va lui être imposée par celui qu’il chérit le plus : son petit-fils Lucas, qui l’accuse de l’avoir violé.

Mini-série (4 épisodes - 2020) – Réalisation, scénario, adaptation et dialogues Vincent Garenq – Librement inspiré du récit de Christian Iacono – Production Thalie Images – Coproduction avec France Télévisions

Distribution

Daniel Auteuil Claude Arbona
Charlie Bruneau Léa
Grégoire Bonnet Maître Frédéric Lancel
Catherine Alric Marie
Benjamin Bellecour Pierre
Victor Meutelet Lucas ado
Alex Terrier-Thiebaux Lucas enfant
Maud Imbert Corinne
Jean-Baptiste Puech Thierry
Mara Taquin Florence

La série est à voir dès à présent sur france.tv et sur France 2 le lundi 5 et le lundi 12 octobre à 21.05

Publié le 02 octobre 2020
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