Jeunes et jolies

Elles aiment l’argent, un homme ou juste être libres… Et tout doit aller vite ! Tellement vite que, de fêtes en fêtes, Samia, Louise et Jessica glissent vers la prostitution. Marion Vernoux a mis toute la subtilité de son talent de réalisatrice dans « Comme des reines », une fiction magistrale sur un engrenage fatal. Mercredi 22 juin à 21.10 sur France 2.

Nina Louise, Sarah Isabella et Bintou Ba dans « Comme des reines ». © Christophe Rabinovici / Scarlett Production - FTV

Elles sont jeunes, jolies et pleines de vie mais en rupture familiale. Auprès de Nicolas et de ses copains, Samia, Louise et Jess trouvent un foyer, une bande, une protection. Le mot est juste car Nico a des rêves de business, et quoi de plus facile à gagner que le « pain de fesses » quand on est un homme ? Pas très jaloux, il propose d’abord les câlins de sa petite amie à des mecs qui terminent la soirée bredouilles. Et Louise et sa copine Jess convainquent sans trop de difficulté la jeune Samia de 15 ans de les suivre sur cette voie. Devenir femme, avoir de l’argent, de jolies robes, du maquillage, sortir dans des fêtes avec Nicolas le proxénète en herbe tout gentil, prévenant et gâtant ses « filles » sont autant de raisons de se laisser faire avec un ou deux beaux gosses qu’elle choisit. Mais l’histoire ne s’arrête pas là…

Marion Vernoux
À l’instar de Comme des reines, Marion Vernoux a souvent fait la part belle aux comédiennes, comme Valeria Bruni-Tedeschi en chômeuse-amoureuse dans Rien à faire ou Karin Viard et Hélène Fillières, les héroïnes de Reines d’un jour (2001). En 2004, elle signe À boire ou les tribulations arrosées de trois paumés (dont Emmanuelle Béart et Édouard Baer) dans une station de sports d’hiver. Puis, en 2013, elle réalise Les beaux jours (Fanny Ardant et Laurent Lafitte), Et ta sœur (Virginie Efira et Géraldine Nakache) en 2015 et Bonhomme (Nicolas Duvauchelle et Ana Girardot) en 2018.
Fille d’une directrice de casting et d’un décorateur de théâtre, Marion Vernoux se lance dans le cinéma comme assistante de production. En 1987, elle coécrit les paroles de N’importe quoi, le premier hit de Florent Pagny. En 1990, elle est l’auteure du scénario de Pacific Palisades, une comédie avec Sophie Marceau. En 1994, elle réalise son premier long-métrage, Personne ne m’aime, un road-movie au féminin, avec les égéries Nouvelle Vague Bernadette Lafont et Bulle Ogier. La critique est emballée par le ton décalé de ce premier opus, auquel succède Love etc. (1996), adaptation du best-seller de Julian Barnes avec le couple Charlotte Gainsbourg-Yvan Attal. Ex-compagne de Jacques Audiard et mère de trois enfants, la réalisatrice est également membre du collectif 50/50 qui a pour but de promouvoir l’égalité des femmes et des hommes et la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel.

Père et fille
Dans Comme des reines, Bernard Campan interprète le père d’une des trois jeunes filles, Louise, qui n’est autre que sa propre fille, Nina Campan. Il lui avait proposé de passer les castings. Même si certaines scènes entre père et fille n’ont pas dû être simples à tourner, l’émotion qui s’en dégage est très visiblement authentique. Nina, élève au Cours Florent, donne magnifiquement la réplique à son père. À 20 ans, elle semble avoir trouvé sa voie, et même sa voix puisqu’elle a écrit la chanson Comme des reines, bande-son du téléfilm. 

 

« Comme des reines » a remporté de nombreux prix 

Le jury du Festival de Luchon 2021 présidé par Aïssa Maïga, entourée de Charles Berling, François Berléand, Dominique Jubin, François Liétout et Judith Lou, a décerné à cette fiction :

  • Le Pyrénées d’Or de la meilleure fiction unitaire
  • Le Prix de la meilleure interprétation masculine pour Idir Azougli
  • Le Prix du meilleur espoir pour Sarah Isabella, Nina Louise, Bintou Ba
  • Le Prix du jury presse est également revenu à Comme des reines, jury composé d’Émilie Gavoille (Télérama), Stéphanie Gorlin (Prisma Media), Stéphanie Guerrin (Le Parisien), Raphaël Porier (Écran Total) et Eva Roque (Europe 1)

Prix Europa 2021 : Mention spéciale du jury dans la catégorie téléfilm 


22.55 « Pornographie, un jeu d’enfant »

Comme des reines sera suivi d’un documentaire d’Infrarouge : Pornographie, un jeu d’enfant. Lors de sa première diffusion (le 9 octobre 2019 sur France 2), la documentariste Anne-Marie Avouac nous avait donné une interview dont voici un extrait : 

Pourquoi les ados sont-ils si fortement fascinés par la pornographie ?
A.-M. A. : 
Avec la montée des hormones, il est tout à fait normal qu’un.e adolescent.e se pose des questions sur sa sexualité. Et, en l’absence d’enseignement et d’éducation, elles/ils se tournent vers Internet, tapent « sexe » dans leur moteur de recherche et y découvrent des films atroces, d’une incroyable violence. Moi qui en étais restée à Emmanuelle et au porno de Canal+, je suis tombée de ma chaise… C’est de la boucherie ! Avec de très gros plans, devant lesquels les jeunes restent scotchés. L’addiction à ce type d’images est ultrarapide.

En l’absence d’enseignement et d’éducation, elles/ils se tournent vers Internet, tapent « sexe » dans leur moteur de recherche et y découvrent des films atroces, d’une incroyable violence.

Anne-Marie Avouac

Qu’est-ce qui vous a le plus choquée lors de vos interviews ?
A.-M. A. : 
Ceux qui deviennent « addicts » à ces films tendent aussi à les reproduire et fabriquent leurs propres images. La représentation de la sexualité par le porno est déformée. Mais les ados, se construisant par mimétisme, calquent leur comportement sur cette vision erronée. J’ai rencontré, par le biais d’une psychologue, une jeune fille qui ne savait pas comment déclarer ses sentiments à un garçon. Le moyen qu’elle a choisi a été de lui envoyer une vidéo d’elle en train de se masturber. Les codes sont totalement explosés !

(Interview à retrouver dans son intégralité sur cette page : France TV & Vous)

« Comme des reines »

Samia, Louise et Jessica ont entre 15 et 20 ans. Samia étouffe au sein d’un carcan familial dans lequel elle ne se reconnaît pas et cherche sa voie. Grisée par une illusion de liberté, par le sentiment d’appartenance à une bande, mais, surtout, par l’argent facile, elle se laisse entraîner par Louise et son petit ami proxénète dans un réseau de prostitution. Très vite, le piège se referme et Samia n’ose plus revenir. Saura-t-elle s’en sortir ? 

Avec Sarah Isabella (Samia), Nina Louise (Louise), Bintou Ba (Jessica), Idir Azougli (Nico), Bernard Campan (Jean-Philippe), Karole Rocher (Mona), Nathalie Richard (Aline)...

Fiction (95 min – 2021) – Réalisation Marion Vernoux – Scénaristes Sandrine Gregor et Mélina Jochum – Produit par Joey Faré – Productrice artistique Léa Gabrié – Production Scarlett Production (Mediawan), avec la participation de France Télévisions 

« Pornographie, un jeu d’enfant »

En France, c’est en moyenne à l’âge de 10 ans qu’un enfant est confronté pour la première fois à la pornographie en ligne, sans le moindre filtre. Les conséquences psychologiques et affectives de cette exposition sont dramatiques, les spécialistes parlent de « viol psychique ». À travers les témoignages d’adolescents et de jeunes adultes d’une authenticité rare, ce documentaire décrypte un phénomène nouveau qui prolifère sur la Toile, en dehors de tout cadre légal.

Documentaire (52 min - 2019) – Réalisation Anne-Marie Avouac – Production Fabienne Servan-Schreiber et Estelle Mauriac / Cinétévé, avec la participation de France Télévisions, de la RTBF et de la RTS  

* L’intégralité de l’interview d’Anne-Marie Avouac, réalisatrice du documentaire Pornographie, un jeu d’enfant, est à retrouver sur France TV & Vous

Comme des reines est diffusé mercredi 22 juin à 21.10, suivi dans Infrarouge de Pornographie, un jeu d’enfant 22.50 sur France 2 

À voir et à revoir sur france.tv

Publié par Diane Ermel le 21 juin 2022
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