« Colombe » de Jean Anouilh : ouvrez la cage aux oiseaux !

En 2010, sur la scène de la Comédie des Champs-Élysées, Michel Fagadau réunissait Anny Duperey, sa fille Sara Giraudeau, Rufus, Gregori Baquet, Benjamin Bellecour et quelques autres dans cette « Colombe », pièce drôle et méchante de Jean Anouilh, située dans un théâtre parisien à l’époque romantique. Dimanche 27 juin dans « Au théâtre chez vous », à 20.50 sur France 5.

« Colombe »
« Colombe ». © Telmondis / Comédie des Champs-Élysées

Julien (Gregori Baquet), jeune musicien idéaliste et un peu raide, est contraint de renouer avec une mère fort peu aimante qu’il n’a pas revue depuis deux ans, afin de lui demander de veiller sur sa femme, Colombe (Sara Giraudeau), et leur jeune enfant tandis qu’il sera en train d’effectuer un service militaire de trois années – on est à la fin du XIXe siècle – auquel ce patriote refuse de se soustraire. Les retrouvailles sont fraîches. D’une part avec Armand (Benjamin Bellecour), le frère préféré, jouisseur et faraud. D’autre part avec Madame Alexandra (Anny Duperey), une diva de théâtre égocentrique et capricieuse entourée d’une petite cour à la fois ridicule et servile qui ne l’appelle que « Madame chérie ». Si les principes moraux de l’intransigeant et naïf Julien sont cruellement moqués (que ne s’est-il pas fait réformer ?), sa jeune épouse ingénue va bientôt susciter l’intérêt – et même la convoitise. Sous la houlette de sa belle-mère, le petit oiseau va quitter sa cage… pour la vie mondaine, légère et facile, le petit théâtre des vanités et de la courtisanerie… Une libération ?

« Colombe »
« Colombe ».
© Telmondis / Comédie des Champs-Élysées

La place qu’occupe aujourd’hui le théâtre d’Anouilh ne rend guère justice à une œuvre prolifique et diverse (une cinquantaine de pièces en un demi-siècle). Mais il faut bien admettre que des amitiés dans les milieux collaborationnistes durant l’Occupation et même la prudence de son Antigone (1944) – qui confine pour certains à l’ambiguïté –, si elles n’ont jamais vraiment entravé le succès de ses pièces jusqu’à sa mort en 1987, ont fini par ternir sérieusement l’image de leur auteur. Il serait pourtant dommage de manquer cette Colombe, créée par André Barsacq en 1951 au théâtre de l’Atelier (avec Danielle Delorme et Yves Robert) et qui appartient aux « Pièces brillantes », selon la nomenclature d’Anouilh (en vérité, elle pourrait tout aussi bien entrer dans les « Pièces grinçantes »). Magnifiquement construite et écrite, à la fois cruelle et sentimentale, cynique et idéaliste, elle est ici fort bien mise en valeur par Michel Fagadau, lequel n’en était pas en 2010 à son coup d’essai avec cette pièce. En 1996, déjà, le metteur en scène d’origine roumaine avait proposé à la Comédie des Champs-Élysées (dont il était le  directeur) une première mise en scène de Colombe réunissant entre autres Laure Marsac, Geneviève Page et le regretté Jean-Paul Roussillon. En 2010, il avait voulu revenir sur sa mise en scène, estimant que sa lecture avait évolué et souhaitant défendre davantage tous les personnages et restituer à chacun ses deux faces. C’était tout à l’honneur de ce serviteur d’Anouilh, qui mourut le 10 février 2011, lors de la deuxième générale du Nombril, dernière pièce écrite par Jean Anouilh, mise en scène par ses soins à la Comédie des Champs-Élysées.

> On pourra écouter, sur le site de Canal Académie (« Les Académies et l’Institut de France sur Internet »), un entretien de Michel Fagadau avec Jacques Paugam réalisé en 2010 lors de la mise en scène de Colombe.

Colombe

Milieu du XIXe siècle, les années du boulevard du Crime. Julien part au service militaire et confie son amoureuse Colombe à sa mère qu’il déteste, la terrible Madame Alexandra. Voilà Colombe plongée dans la vie du théâtre… La ravissante ingénue est très vite courtisée. La trame de Colombe se déroule dans un théâtre ; toutefois, le véritable sujet n’est pas le théâtre, mais la vie… Avec ses joies, ses frustrations, ses rancœurs, ses folies, ses cabotinages, ses générosités. Colombe débarque dans ce monde et, très vite, elle est séduite et séduit les loups, les faux agneaux, sous le regard de la grande Madame Alexandra, et au grand désespoir de Julien, son amoureux épris d’absolu.

Pièce de Jean Anouilh – Mise en scène Michel Fagadau – Captation réalisée par Dominique Thiel en 2010 à la Comédie des Champs-Élysées – Production Telmondis, Comédie des Champs-Élysées et Lande Martinez Production
Avec Anny Duperey, Sara Giraudeau, Rufus, Gregori Baquet, Benjamin Bellecour, Jean-Paul Bordes, Fabienne Chaudat, Étienne Draber, Jean-Pierre Moulin et Jean-François Pargoud 

« Au théâtre chez soi » est diffusé le dimanche à 20.50 sur France 5
À voir et à revoir sur france.tv
 

Publié le 26 juin 2020
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