Une soirée spéciale Cannes avec « Parasite » et « Happy End »

Le Festival de Cannes ouvre ses portes le 7 juillet cette année. Et pour accompagner cette fête internationale du cinéma, France 3 nous invite à découvrir la Palme d’or 2019, « Parasite » de Bong Joon-ho, et « Happy End » de Michael Haneke, lundi 5 juillet à partir de 21.05.

Park So Dam (Ki Jung) et Choi Woo Sik (Ki Woo) dans « Parasite ». © Bong Joon-ho

Le Festival de Cannes 2021 a été décalé de quelques semaines, mais il reprend « glamoureusement » sa place sur la Croisette dès le 7 juillet. Un retour sur les marches et en salle que France Télévisions, premier investisseur du cinéma (en clair), est heureux de fêter avec une programmation spéciale.
Alors, pour ouvrir la quinzaine cannoise, France 3 réserve sa soirée du 5 juillet à deux films totalement Cannes ! Parasite, du Sud-Coréen Bong Joon-ho (Palme d’or en 2019), suivi de Happy End (sélectionné en 2017), du réalisateur multipalmé Michael Haneke (Le Ruban blanc, Palme d’or 2009, et Amour, Palme d’or 2012).

« Parasite » : affreux, sales et méchants !

Ceux, fans de mangas, qui connaissent Mes voisins les Yamada trouveront des similitudes avec les membres de la famille de Ki-taek, le père dans Parasite. Comme chez les Yamada, leur condition sociale imprime à leurs relations des comportements dysfonctionnels qui sont, au début, très amusants. Ki-taek est au chômage, mais, un jour, son fils Ki-woo réussit à se faire engager comme professeur d’anglais dans la très riche famille Park. Tel un cheval de Troie, il va peu à peu aider toute sa tribu à s’introduire dans la grande demeure des Park. Mais les choses risquent de ne pas se passer comme prévu… Comédie, critique sociale, thriller, Parasite livre un scénario cruel et passionnant, jalonné de nombreux retournements difficiles à anticiper. Le réalisateur Bong Joon-ho réussit le tour de force de combiner à la fois un film d’auteur et grand public. Plus l’intrigue avance, plus le rythme s’accélère, passant très facilement de la comédie au thriller. On ne s’ennuie jamais, la narration est virtuose, tout comme les plans et les dialogues. 

Bong Joon-ho
En 2019, le réalisateur sud-coréen, à qui l’on doit les très remarquables Memories of Murder, Mother, Snowpiercer, le Transperceneige et Okja, a créé l’unanimité à Cannes avec Parasite, en raflant la Palme d’or, ainsi qu’auprès du public français, en réunissant près de 1,7 million de spectateurs, un record depuis quinze ans. Puis, en 2020, il remporte le prix du meilleur film en langue étrangère aux Golden Globes, quatre Oscars* et le César du meilleur film étranger. Consécration : cette année, Bong Joon-ho présidera le 78e festival de Venise et son acteur fétiche Song Kang-ho (Ki-Taek, dans Parasite) fait partie du jury de ce 74e Festival de Cannes, présidé par Spike Lee.

Une tragi-comédie impitoyable et cruelle.

Bong Joon-ho

Le cinéma asiatique
Il apparaît étrangement que les thèmes cinématographiques proposés récemment par le Japonais Hirokazu Kore-eda (Une affaire de famille, Palme d’or 2018 et César du meilleur film étranger 2019) et le Coréen Bong Joon-ho aient de grandes similitudes. À commencer par le portrait d’une famille amorale dans une société où la fracture entre pauvres et nantis est de plus en plus béante. Mais, là où Kore-eda se fait le discret orfèvre des rapports humains, qu’il ne cesse, depuis quelques années, de revenir ciseler (la filiation, les liens imposés ou choisis), Joon-ho aborde la famille et la société rongées par les inégalités sous l’angle provocateur, caustique, brutal et même graphique. L’un comme l’autre ont su séduire leurs pairs cannois, hollywoodiens et internationaux en dominant les festivals mondiaux. 

L’ascenseur social en colimaçon
Dans son film de science-fiction dystopique Snowpiercer, le Transperceneige, Joon-ho met en scène une révolte sociale horizontale de l’arrière du train, où sont les pauvres, contre les nantis, installés à l’avant. Dans Parasite, la métaphore est verticale, une version classique de la représentation de « l’ascension sociale ». Dans le premier, futuriste, tous les humains sont sur les mêmes rails, d’une même destination, mais les plus riches ne veulent toujours pas partager. La révolte sanglante est la seule réponse des démunis. Dans le second, contemporain, les plus pauvres ont encore la possibilité d’utiliser des voies « civilisées » en empruntant les escaliers de leur appartement en sous-sol vers les hauteurs de la maison des Park. Mais, petit à petit, leurs revendications et leur sans-gêne se font trop envahissants pour les riches, refusant toujours de faire ruisseler leur bien-être, avec pour inévitable finalité la descente aux enfers.

Fables écologiques ?
C’est un fait, les riches ne font pas ruisseler leur argent ! En revanche, sous une pluie diluvienne, Ki-taek et sa famille doivent regagner leur domicile en urgence. On voit clairement dans cette séquence apocalyptique toute la différence entre les Park avec leur beau jardin et la pluie qui ne leur cause aucun dégât et l’inondation catastrophique provoquée par ces trombes d’eau chez les pauvres. Joon-ho semble nous rappeler que le changement climatique touchera dramatiquement les plus modestes, mais que de détruire le système de la « Machine » des capitalistes, dans Snowpiercer, le Transperceneige, qui les fait tourner en rond permet un espoir. 

* Récompenses : Palme d’or à Cannes en 2019. Quatre Oscars (meilleur film, meilleur film étranger, meilleur réalisateur et meilleur scénario original). César du meilleur film étranger 2020 et de nombreux autres prix…

Parasite

Film (2019 – 132 min) – Réalisation Bong Joon-ho – Scénario Bong Joon-ho et Han Jin-won – Musique Jung Jae-il – Production Barunson E & A

Avec Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong, Choi Woo-shik, Park So-dam, Lee Jung-eun, Chang Hyae-jin

Parasite est diffusé lundi 5 juillet à 21.05 sur France 3


« Happy End » : affreux, propres et méchants

« Happy end »
« Happy End ».
© FTV

Michael Haneke se livre à une critique implacable de la bourgeoisie, de son manque damour et de communication, et de son aveuglement.

Happy End

Film (2017 – 107 min) – Auteur-réalisateur Michael Haneke – Production Margaret Menegoz / Les Films du Losange (Paris), Stefan Arndt / X Filme Creative Pool (Berlin), Veit Heiduscka, Michael Katz / Wega Film (Vienne)

Avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz, Fantine Harduin, Franz Rogowski, Laura Verlinden, Aurélia Petit, Toby Jones

Happy End est diffusé, après Parasite, lundi 5 juillet à 23.15 sur France 3

Publié par Diane Ermel le 01 juillet 2021
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