« Brassens par Brassens » : l’homme derrière l’icône

Il a longtemps été la personnalité préférée des Français. Ce film documentaire propose un voyage poétique à travers la vie et l’œuvre de Georges Brassens. Ce portrait inédit qui rassemble de précieuses archives intimes, des entretiens mémorables et des live légendaires est raconté avec la voix de la comédienne Sandrine Kiberlain, et diffusé sur France 3 ce vendredi 17 avril à 21.05.

Brassens par Brassens
© Pierre Cordier

Presque quarante ans qu’il nous a quittés. Ses chansons sont un trésor du patrimoine musical français. Pour comprendre la poésie de Brassens, il faut aller voir au-delà des lumières du music-hall, et embrasser tout le parcours de ce « La Fontaine du XXe siècle » : les blessures de l’adolescence, les galères de la jeunesse, jusqu’à la célébrité qui le transforme en figure publique, mais n’entame en rien son indépendance d’esprit. Philippe Kohly a puisé dans les films de famille et des carnets récemment retrouvés qui ouvrent une fenêtre inédite autant sur la vie intime du chanteur que sur son processus de création.

Entre musique et solitude

De son enfance dans un quartier populaire de Sète, entre une mère pieuse et un père anticlérical dont il se sent très proche, on retient la place essentielle de la musique : autour de lui, on chante beaucoup, il écoute Ray Ventura et se passionne pour le jazz. Trenet le bouleverse quand il arrive : « C’est sans doute grâce à lui que j’ai pensé faire des chansons. » Les études l'ennuient, et les préoccupations de ses amis adolescents aussi : « J’ai toujours été tout seul en somme, j’avais une vie intérieure très intense. » Seul son professeur de français, Alphonse Bonaffé, fou de Baudelaire et de Rimbaud, trouve grâce à ses yeux. C’est à lui qu’il soumet ses premiers poèmes. Il recroisera sa route dans sa vie d'adulte. À 18 ans, il monte à Paris après avoir écopé de deux mois de prison avec sursis pour vol de bijoux, afin de fuir l’humiliation publique de sa famille. « J’aurais pu devenir un pilleur de banques, un gangster, un Al Capone de petite catégorie. » Au lieu de cela, Georges choisit de prendre son envol, mais l’heure du rendez-vous avec son public n’a pas encore sonné.

Jeanne, la bienfaitrice

Ouvrier chez Renault les premiers mois, la Seconde Guerre mondiale le contraint à s’isoler chez sa tante où il loge dans le XIVe. Sa bibliothèque lui ouvre les portes d’un monde qu’il ne cessera d’explorer : la grammaire et la poésie. François Villon – « le poète maudit, voleur et criminel » – devient son maître. Plus tard, les cinq tomes du Dictionnaire français envoyés par son grand-père deviendront son trésor, et le journal où il consigne les faits importants.
Mobilisé en 1943 par le STO, il noue en Allemagne des amitiés qui l’accompagneront toute sa vie. En fuite après une permission, il se cache au 9, impasse Florimont, chez la couturière de sa tante, Jeanne Le Bonniec, de trente ans son aînée. Mariée à Marcel, elle devient pourtant sa maîtresse et son éternelle bienfaitrice, la première à croire en lui. L’autre femme de sa vie, c’est Joha, une Estonienne rencontrée en 1947 à la sortie du métro. Il l’appelle « Püppchen », sa poupée. Elle restera à ses côtés jusqu’à la fin de sa vie mais ils ne vivront jamais ensemble. « Moi, je n’ai connu l’amour que dans l’adultère », confiera-t-il.

Le temps du succès

Patachou sera celle qui le placera dans la lumière. Dès sa première audition sur la scène du cabaret dont elle est la vedette, elle est conquise par son talent et par l’homme. De celui avec qui elle aura une relation amoureuse pendant deux ans, elle dira : « Georges Brassens est un homme qui sort du cadre, un poète d’une authenticité indéniable. Il est à la fois un petit bébé et un château fort. Il a ce côté impénétrable qu’ont les arbres. » Jacques Canetti, son imprésario, lui commande ses premières chansons, et Gare au gorille crée le scandale : « Des tas de gens m’ont abord aimé pour mes gros mots, ce qu’on a appelé mon anarchisme. Et puis ils ont fini par aimer mes chansons. » L’anarchisme : un état d’esprit pour Brassens, hérité de son père, qui ne le quittera jamais. « Pour moi, c’est le respect des autres, une certaine attitude morale, une espèce de volonté de noblesse, une suppression de la hiérarchie. » En 1953, ses chansons écrites en temps de misère connaissent enfin le succès. La même année, il publie le roman en prose La Tour des miracles, qui sera un échec : « C’est vraiment moi. La chanson, c’est mon violon d’Ingres. Et c’est la chanson qui a été entendue par le public, le reste n’a pas été entendu. »

Le poète et les copains d’abord

Désormais, il se consacre à son violon d’Ingres : « Un beau jour, je me suis aperçu que je n’avais qu’un certain talent à agencer les mots, alors je me suis mis à faire des chansons. » Il travaille à la composition de nouveaux textes, accompagné de sa guitare et du contrebassiste de Patachou, Pierre Nicolas, qui lui restera fidèle toute sa carrière. « Il faut que mes chansons aient l’air d’être parlées… Il ne faut pas qu’au moyen d’artifices musicaux, je détourne l’attention du texte. » Inlassablement, il écrit et réécrit, ciselant la langue et les mots. Il a toujours son bureau dans le refuge de l’impasse Florimont, havre de simplicité, de partage et de joie, incarné par la générosité de Jeanne. C’est là qu’il se ressource lorsque la célébrité devient un trop lourd fardeau. « Je n’aime pas tellement me faire remarquer. » À Sète aussi, où il vient régulièrement assouvir son besoin de liberté. Autour de lui, il y a toujours la bande d’amis, Pierre Onténiente « Gibraltar », l’ami du STO devenu son assistant, et l’écrivain, René Fallet, coup de foudre d’amitié : « En général, je suis fidèle, et les gens que j’ai aimés – hommes ou femmes –, je n’ai jamais cessé de les aimer. » Il ne paraît jamais aussi joyeux, naturel que dans ces images de loisirs partagés avec le petit cercle des proches qui n’ont cessé d’inspirer ses chansons. Fil de ce documentaire, celles-ci alternent avec les extraits de concerts à l’Olympia, mais surtout à Bobino, son usine comme il aimait nommer la salle de music-hall où il se produira chaque année pendant longtemps. La dernière scène du poète aux millions d’albums vendus qui, un jour, pensa : « Tout le monde dit que la chanson est un genre mineur. Puisque je suis un poète mineur, il faut faire de la chanson. »

Brassens par Brassens

Documentaire (109 min - 2019) - Réalisation Philippe Kohly - Narration Sandrine Kiberlain - Production Hauteville Productions, avec la participation de France Télévisions

Brassens par Brassens est diffusé vendredi 17 avril à 21.05 sur France 3
À voir et revoir dur france.tv

Publié le 15 avril 2020
Commentaires
Connectez-vous à votre compte pour laisser un commentaire.