Hommage à un râleur avec le goût des autres : « Bacri, comme un air de famille »

Sa disparition, il y a un an, a suscité une énorme vague d’émotion. Jean-Pierre Bacri – l’éternel râleur du cinéma français – touchait ses contemporains parce qu’il n’a cessé de s’élever contre les injustices et la bêtise. France Télévisions lui rend hommage avec une programmation spéciale cinéma et un documentaire sur France 3. À travers des archives et témoignages inédits, ce film raconte la vie d’un comédien et auteur de génie, mais surtout d’un homme toujours fidèle à lui-même.

« Bacri, comme un air de famille » © Siècle Productions

Je n’ai pas de regrets, je suis où je suis… Je cherche mon bonheur... et j’ouvre ma gueule quand je trouve quelque chose d’insupportable… Sous mes dehors bougons, je suis assez heureux.

Jean-Pierre Bacri

De lui, Lino Ventura disait que c’était « un type formidable » : une consécration pour celui qui garda toute sa vie une admiration sans bornes pour l’acteur. Jean-Pierre Bacri ne se rêvait pas comédien. L’enfant né en Algérie, qui grandit à Cannes, rencontra la scène par hasard. Le cinéma lui réservera pourtant une place à part. Avec Agnès Jaoui, ils formeront un couple unique d’auteurs, de scénaristes et de comédiens. Ensemble, ils recevront 4 Césars, 2 Molière et un prix à Cannes. 

Il n’a pas aimé la ville du cinéma qui l’a vu grandir, après avoir quitté l’Algérie avec les pieds-noirs à l’âge de 10 ans. « C’est lamentable, ces villes de province, surtout Cannes… » Il s’ennuie à l’école, commence une carrière de banquier, puis à 23 ans s’en échappe et monte à Paris : « Pouvoir ne pas me raser, ne pas me lever tôt, échapper aux contraintes : ça a été ma devise maîtresse à partir de là. » C’est à Paris qu’il découvre l’art dramatique : une révélation ! 
Il est engagé par le metteur en scène de théâtre populaire Jean-Pierre Bouvier pour une tournée avec la pièce Lorenzaccio : il y rencontre Gérard Darmon et Sam Karmann, qui deviendront ses amis. 
Il doit le premier tournant de sa vie professionnelle à Roger Hanin, qui lui propose d’intégrer sa troupe qui prépare Henri IV, en 1982. Celui-ci lui présente Alexandre Arcady qui lui ouvre les portes du succès au cinéma dans Le Grand Pardon, puis Le Grand Carnaval. Mais, après plusieurs films du même style, il prend une décision : « Je me suis mis à genoux devant moi-même : “Je t’en prie, arrête les films de pieds-noirs !” et j’ai tenu parole. » En 1983, le film Coup de foudre, de Diane Kurys, le propulse vers le statut de second rôle le plus demandé. « Jusqu’à 30 ans, j’étais un espèce de crétin parfait qui reproduisait ce qu’on lui avait dit de faire… À un certain moment, je me suis mis à réfléchir. »
Mais c’est au théâtre, dans une mise en scène de Jean-Michel Ribes, que sa vie bascule à nouveau. Il interprète le rôle principal de L’Anniversaire de Harold Pinter. Dans un rôle secondaire, une jeune débutante : Agnès Jaoui. « Au bout de deux ou trois semaines, ils étaient fous amoureux l’un de l’autre », se souvient Jean-MichelRibes. « Grand séducteur, Jean-Pierre, raconte son grand ami Sam Karmann. Et là je vois dans son regard… amoureux ! Je ne connaissais pas ce regard, et c’était magnifique.  J’ai vu que c’était quelque chose de fort ! » Pour la scénariste Attica Guedj : « L’explosion magnifique a eu lieu grâce à sa rencontre avec Agnès, dans cette collaboration qu’il a trouvée dans l’écriture avec elle. Il y a quelque chose qui s’est épanoui. » Comme le rappelle Ribes, « cette rencontre a permis d’engrosser le cinéma français de beaucoup de films, de pièces de théâtre… » Le « couple Jabac » devient inséparable dans la vie comme dans l’écriture. Le succès arrive dès leur première pièce : Cuisine et dépendances
Alain Resnais fera appel à eux pour écrire le scénario de trois de ses films. Jean-Pierre s’est souvenu alors de ses jeunes années en Algérie. Dans le cinéma où son père était aussi caissier pour boucler les fins de mois, il a vu Hiroshima mon amour et raconte : « On est tous partis avant la fin parce qu’on ne comprenait rien, on était stupéfaits par cet ennui ! »
De ce père facteur, il a également gardé en mémoire ce principe de vie : « Mon père n’était pas un érudit, il me disait : un balayeur et un président de la République, c’est la même chose, un homme est un homme : c’est un principe de base qui m’a formé. » Celui qui avait commencé au théâtre par une scène du Misanthrope n’interprétera finalement jamais ce rôle qu’il rêvait de jouer. L’homme engagé qui affirmait : « Humanitairement, je veux bien faire la pute ! Ça ne me dérange pas du tout » était plus que tout attaché aux valeurs de l’universalisme : « On n’est jamais très loin de la connerie avec les racines ! Il faut s’arrêter assez tôt avant d’être con… »

Verbatim

« J’ai vu une présence surtout, cette puissance incroyable qu’il avait à l’intérieur de lui, et puis cette espèce d’humour un peu désespéré. »
« Déjà il y avait une forme de modernité incroyable, un ton, un style à lui. »

Jean-Pierre Bouvier, metteur en scène et comédien

« Ce qui me plaît, c’est cette espèce de déprime charismatique qu’il affiche, cette mauvaise humeur légendaire… Je suis très fan de sa personnalité. »
Isabelle Adjani à propos de Bacri lors du tournage de Subway

« Jean-Pierre, c’est comme un instrument de musique, une musique qui sonne juste tout le temps, qui est parfaitement accordée parce qu’il a sa façon à lui de ponctuer ses phrases, d’amener de l’humour, de la légèreté dans ce qui pourrait être grave. » 

Olivier Nakache, producteur

« Je veux des rôles intéressants… voilà où s’arrête mon plan de carrière. »
« Quand j’ai rencontré Agnès, un miracle s’est produit : et dans ma vie, et dans mon écriture. » 
Jean-Pierre Bacri

Bacri, comme un air de famille

« Bacri, comme un air de famille »
« Bacri, comme un air de famille »
© Siècle Productions

Jean-Pierre Bacri était notre contemporain le plus cher. Peut-être parce qu’il n’était jamais content pour rien. Mais au-delà de la caricature du grincheux, depuis ses années d’apprentissage jusqu’à sa disparition en janvier 2021, ce film raconte ce Français par excellence : un homme tourné vers les autres, comédien par accident, moraliste par vocation, que le succès a laissé insensible aux flatteries et aux honneurs factices, prêt à toutes les colères dès lors qu’il fallait s’élever contre les injustices et la bêtise.

Documentaire (inédit - 92 min) – Auteur Stéphane Benhamou – Réalisation Stéphane Benhamou et Erwan Le Gac –  Production Siècle Productions– Raconté par Gilles Lellouche

Avec la participation de Anne Alvaro, Pierre Arditi, Nathalie Baye, Jean-Pierre Bouvier, Alain Chabat, Olivier Doran, Dominique Farrugia, Attica Guedj, Sam Karmann, Jean-Michel Ribes, Olivier Nakache et Éric Toledano

Bacri, comme un air de famille est diffusé vendredi 14 janvier à 21.10 sur France 3
À (re)voir sur france.tv

Programmation cinéma

Sur France 3

Le jeudi 13 janvier à 21.05

Photo de famille 
Gabrielle, Elsa et Mao sont frères et sœurs, mais ne se côtoient pas. Surtout pas. La première est « statue » pour touristes, au grand dam de son fils ado. Elsa, elle, est en colère contre la terre entière et désespère de tomber enceinte. Et Mao, game designer de génie chroniquement dépressif, noie sa mélancolie dans l’alcool et la psychanalyse. Quant à leurs parents, Pierre et Claudine, séparés de longue date, ils n’ont jamais rien fait pour resserrer les liens de la famille. Pourtant, au moment de l’enterrement du grand-père, ils vont devoir se réunir, et répondre, ensemble, à la question qui fâche : « Que faire de Mamie ? »

Réalisation Cécilia Rouaud – 2018 – Avec Vanessa Paradis (Gabrielle), Camille Cottin (Elsa), Pierre Deladonchamps (Mao), Jean-Pierre Bacri (Pierre), Chantal Lauby (Claudine), Laurent Capelluto (Tom), Marc Ruchmann (Stéphane), Claudette Walker (Mamie)…

« Bacri, comme un air de famille »
« Bacri, comme un air de famille »
© Siècle Productions

Sur france.tv

Trois films seront mis en ligne sur la plateforme france.tv le mercredi 13 janvier.

Cherchez Hortense
Damien, professeur de civilisation chinoise, vit avec sa femme, Iva, metteuse en scène de théâtre, et leur fils Noé. Leur histoire d’amour s’est enlisée dans une routine empreinte de lassitude. Pour éviter à une certaine Zorica d’être expulsée, Damien se trouve un jour piégé par Iva, qui le somme de demander l’aide de son père, conseiller d’État, avec lequel il entretient une relation plus que distante. Cette mission hasardeuse plonge Damien dans une spirale qui va bouleverser sa vie…

Réalisation Pascal Bonitzer  2012 Avec Jean-Pierre Bacri, Kristin Scott ThomasIsabelle Carré ​

Place publique
Castro, autrefois star du petit écran, est à présent un animateur sur le déclin. Aujourd'hui, son chauffeur, Manu, le conduit à la pendaison de crémaillère de sa productrice et amie de longue date, Nathalie, qui a emménagé dans une belle maison près de Paris. Hélène, sœur de Nathalie et ex-femme de Castro, est elle aussi invitée. 

Réalisation Agnès Jaoui  2018 – Avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre BacriLéa Drucker ​​​

L’Été en pente douce
Fane en a assez d’entendre tous les soirs son voisin du dessus « tabasser » sa compagne. Un soir, il monte et redescend avec Lilas qu’il se met à aimer. Fane apprend alors la mort de sa mère, qui avait une petite maison coincée entre deux garages. Fane, Lilas et Mo, le frère de Fane, amoindri par une opération au cerveau, vont s’installer dans la maison. Ils vont essayer d’y être heureux malgré un village hostile et un été trop chaud.

Réalisation Gérard Krawczyk – 1987 – Avec Jacques Villeret, Jean-Pierre Bacri, Pauline Lafont

 

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