« Au revoir là-haut » : les masques et les plumes

Brisées par la Première Guerre mondiale, deux « gueules cassées » trouvent réparation en imaginant de petites et grandes arnaques. Dans cette adaptation cinéma du roman « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre, Albert Dupontel donne vie à un monde « d’après » virevoltant, farfelu et pétillant où fusent couleurs et poésie, fête et fantaisie. Une invitation à la joie malgré tout. Dimanche 4 octobre à 21.05 sur France 2.

Albert Dupontel, Heloïse Balster et Nahuel Pérez Biscayart
Albert Dupontel, Héloïse Balster et Nahuel Pérez Biscayart. © FTV

En 2017, Albert Dupontel adapte, avec éclat et sensibilité, le prix Goncourt 2013 signé Pierre Lemaitre*. Au revoir là-haut, dont le réalisateur n’a pas changé le titre, restitue le grand carnage du XXe siècle dans son ignominie et, par un tour de force magistral, fait se côtoyer des instants merveilleux de grâce et de délicatesse. Le soin tout particulier apporté à l’image, l’élégance et l’invention de la mise en scène permettent à la poésie et à l’humour de traverser ce pamphlet politique à grand spectacle.

 

Port du masque obligatoire

Nahuel Pérez Biscayart habite son personnage de « gueule cassée » par le biais de son regard et de son corps, dévoilant une nouvelle facette de son talent au travers de ses masques fascinants. Ceux-ci donnent au film une dimension surréaliste, celle d’un combat inhumain, apocalyptique. 
La créatrice de ces bijoux de visage, Cécile Kretschmar, s’est autant inspirée de dada que de Venise : « La difficulté, c’est que peu de masques étaient précisément décrits dans le livre de Pierre Lemaitre et donc dans le scénario. Il a fallu en imaginer plusieurs, notamment pour la scène où Édouard montre plein de masques à la petite fille. Albert était très exigeant, mais, d’un autre côté, ne voulait pas non plus décider vraiment de leur allure. J’ai beaucoup choisi moi-même, tout en respectant ses souhaits. Et cela a très bien fonctionné entre nous, car comme je ne suis pas une vraie artiste, je n’ai jamais cherché à imposer une vision. J’étais vraiment souple, pour sentir ce qu’Albert voulait, ce qui lui plaisait », explique-t-elle à la journaliste de Télérama en 2018
Dans une autre interview donnée au magazine Première, la créatrice donne des précisions techniques sur son travail, la matière utilisée : « Du papier mâché, comme dans le livre. C’est la première fois que je modelais cette matière. La difficulté tient dans le temps de séchage, qui est long et peut provoquer des rétractations du papier. La production a donc accepté que je commence à travailler bien en amont du tournage, sachant que chaque masque devait sécher quatre jours. L’idée derrière tout ça était qu’Édouard — supposé avoir fait les Beaux-Arts avant-guerre — devait être capable de créer les masques tout seul. Il me semble qu’on en a fabriqué trente-huit en tout avant le tournage. Entre les différents masques d’Édouard, les têtes représentant la guerre et la scène de la fête, je dirais qu’on en a gardé une bonne vingtaine pour le film. »

* Au revoir là-haut est le premier tome d’une trilogie romanesque, Les Enfants du désastre, poursuivie en 2018 avec Couleurs de l’incendie. L’aventure s’achève avec la parution, chez Albin Michel toujours, de Miroir de nos peines.

Le talent a des prix

Douze fois nommé en 2018, le film Au revoir là-haut obtient les césars : 
– du meilleur réalisateur Albert Dupontel 
– de la meilleure photographie Vincent Mathias 
– des meilleurs costumes Mimi Lempicka 
– des meilleurs décors Pierre Quefféléan 
– de la meilleure adaptation Albert Dupontel et Pierre Lemaitre

De nombreux prix décernés au roman Au revoir là-haut (Albin Michel)
– Lauréat du prix Goncourt 2013 
– Prix des Libraires de Nancy-Le Point 2013
– Roman français préféré des libraires à la rentrée 2013
– Meilleur roman français 2013 décerné par le magazine Lire
– Prix roman France Télévisions 2013
– Coup de cœur 2014 de l’académie Charles-Cros pour sa version livre audio
– Prix Tulipe du meilleur roman français 2014
– Premio Letterario Internazionale Raffaello-Brignetti 2014
– Nommé aux Globes de Cristal 2014 dans la catégorie Meilleur Roman-Essai

Au revoir là-haut, en résumé


Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des Années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire.

Film (2017 - inédit) - Réalisation Albert Dupontel - Scénario Albert Dupontel et Pierre Lemaitre, d’après le roman de Pierre Lemaitre Au revoir là-haut (Albin Michel) - Décors Pierre Quefféléan - Costumes Mimi Lempicka

Distribution 
Albert Dupontel Albert Maillard, le soldat
Laurent Lafitte (de la Comédie-Française) Henri d’Aulnay-Pradelle, le lieutenant
Nahuel Pérez Biscayart Édouard Péricourt, le soldat à la gueule cassée
Niels Arestrup Marcel Péricourt, le père d’Édouard et de Madeleine
Émilie Dequenne Madeleine Péricourt, la sœur d’Édouard
Mélanie Thierry Pauline, la bonne des Péricourt
Héloïse Balster Louise, la gamine
Michel Vuillermoz(de la Comédie-Française) Joseph Merlin, l’inspecteur

Au revoir là-haut est diffusé dimanche 4 octobre à 21.05 sur France 2

Le 21 octobre, le nouveau film d’Albert Dupontel sort en salles :
Adieu les cons avec le réalisateur lui-même, Virginie Efira et Nicolas Marié

 

Adieu les cons
Virginie Efira et Albert Dupontel dans « Adieu les cons ».
© Jérôme Prébois / ADCB Films
Publié par Diane Ermel le 02 octobre 2020
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