Angels – Salle Escande

Le cinéaste Arnaud Desplechin et la troupe de la Comédie-Française s’emparent d’« Angels in America », chronique flamboyante des années sida dans l’Amérique de Ronald Reagan. Prévue à l’origine pour la scène mais annulée par la crise sanitaire, la pièce culte, filmée dans l’intimité des répétitions, devient une œuvre télévisuelle à part entière, intense, inventive, vibrante. Dans le cadre de « La grande soirée culture » de France 5, vendredi 26 novembre à partir de 20.55.

« Angels in America ». © Calt Production / Comédie-Française

New York, 1985. Des individus se cherchent. D’autres se retrouvent dans des coins sombres. Prior, atteint par le virus, aime Louis, qui s’apprête à le quitter. Roy Cohn, homme de pouvoir, avocat juif et homosexuel, antisémite et homophobe, vit dans le déni de la contamination du virus. Harper, elle, se réfugie dans les médicaments pour adoucir son quotidien conjugal avec Joe, dont la sexualité incertaine contraste avec des croyances religieuses bien ancrées. Et l’infirmier Belize, fier d’être noir ou d’avoir été drag queen, veille sur les malades de son service.
Les huit acteurs de la Comédie-Française incarnent ainsi une vingtaine de personnages flamboyants, romanesques, grotesques, touchants, qui, fauchés par les années Reagan et les années sida, n’en sont pas moins portés par un vibrant appétit de vie. Écrite en 1991 par le dramaturge et lauréat du prix Pulitzer Tony Kushner, Angels in America est, selon ses propres mots, une « fantaisie gay », devenue culte au fil des années (adaptée en mini-série notamment pour HBO par Mike Nichols en 2004). Il fallait le talent, la liberté de ton et l’inventivité d’Arnaud Desplechin pour monter la pièce (dont la version originale dure six heures) sur les planches de la Comédie-Française. S’essayant pour la deuxième fois à la mise en scène, après Père d’August Stringberg joué à la Comédie-Française en 2015, le cinéaste saisit, dans l’œuvre originale, la part intime et singulière qui l’ouvre à une lecture universelle et populaire. De même, il parvient à faire entrer en résonance les références 80’s avec les préoccupations de notre époque. De Tchernobyl à Fukushima, de Reagan à Trump, de l’épidémie de sida à la pandémie de coronavirus : l’histoire bégaie et Angels in America version Desplechin nous engage à écouter encore, à entendre différemment, pour transformer les babillements en nouveau souffle.

De l’Amérique à la salle Escande

Prévue à l’origine pour la scène, la pièce culte sur l’épidémie de sida a dû être annulée pour cause de pandémie. Et Angels in America, version théâtre, est devenue Angels – Salle Escande, version télé. Après Le Côté de Guermantes d’après Proustmis en scène par Christophe Honoré, transformé en Guermantes, la crise sanitaire aura ainsi privé le public de la Comédie-Française de deux adaptations très attendues signées par deux des plus importants cinéastes de notre époque. Qu’à cela ne tienne, les deux réalisateurs ont, chacun à sa manière, su rebondir et faire de la contrainte un carburant artistique. Le premier a ainsi réuni ses comédiens dans Guermantes, saisissant sur le vif, entre documentaire, fiction et captation, la magie du théâtre et de Proust (diffusé le 24 septembre dernier sur France 5). Le second opte pour ce vibrant Angels – Salle Escande, transformant les répétitions de la pièce, entre scène et coulisses, en une œuvre cinématographique à part entière. Arnaud Desplechin filme ses comédiens et le texte de Kushner avec une gourmandise communicative et une liberté formelle qui rappelle Léo, en jouant « Dans la compagnie des hommes » (2004), son adaptation cinématographique d’Edward Bond qui se jouait également des rapports entre film et pièce de théâtre.

La grande soirée culture, vendredi 26 novembre - France 5

20.55 Angels – Salle Escande 

Théâtre (145 min) – Réalisation et mise en scène Arnaud Desplechin – D’après Angels in America de Tony Kushner (texte français de Pierre Laville) – Cheffe opérateur Irina Lubtchansky – Production Comédie-Française, CALT Production, avec la participation de France Télévisions 

Avec Florence Viala, Michel Vuillermoz, Jérémy Lopez, Clément Hervieu-Léger, Christophe Montenez, Jennifer Decker, Dominique Blanc, Gaël Kamilindi

23.20 Joséphine Baker, de toutes les couleurs

Première grande star noire de l’Histoire, Joséphine Baker connut une vie aussi trépidante que ses prestations au music-hall. Sa personnalité hors du commun et son talent inédit font d’elle une artiste à jamais inoubliable. Pour narrer l’histoire de cette impératrice de la scène, de la militante, de ce monstre sacré qui sut aussi être un sacré monstre, les réalisateurs Yves Riou et Philippe Pouchain ont choisi d’utiliser exclusivement des images d’archives souvent rares, voire inédites. Beaucoup d’entre elles sont colorisées, pour mieux découvrir la lumière de Joséphine et son génie corporel. Sur ces images, un ton drôle et incisif, ça chaloupe et secoue, caresse et gratte.

Documentaire (52 min) – Réalisation Yves Riou et Philippe Pouchain – Production Cinétévé, Lobster Films, avec la participation de France Télévisions

Les programmes de « La grande soirée culture » sont à (re)voir sur france.tv 

Publié le 22 novembre 2021
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