« Dix pour cent » analysé par Benoît Lagane, journaliste spécialiste des séries

Benoît Lagane, spécialiste des séries françaises et américaines à « Télématin » et France Inter, nous livre son analyse de la série « Dix pour cent » et de sa quatrième saison.

Assaad Bouâb, Camille Cottin, Grégory Montel et Stéfi Celma
Icham, Andréa, Gabriel et Sofia dans l'agence ASK. © Shanna Besson

L’arrivée de Dix pour cent * dans l’univers de la série française
Je me suis dit que l’on avait enfin, sur une grande chaîne gratuite, une série qui ressemblait aux séries américaines des années 1990. Encore aujourd’hui, elles restent les meilleures. C’était donc un vrai plaisir de découvrir une fiction qui avait tout de la série dite « moderne ». On a dit de Dix pour cent, à sa diffusion, que c’était « une série à l’américaine, réalisée à l’américaine ». Je pense surtout qu’il s’agit d’une série réalisée, écrite comme une série américaine des années 1990, ce qui est le gage d’une grande qualité.

L’originalité
Quand elle arrive à la télévision, on n’avait pas de modèle de ce type en France : une série chorale avec des personnages que l’on suivra saison après saison et des vrais guests. Pas juste un guest qui est un comédien qu’on voit régulièrement dans d’autres téléfilms ou des séries de héros récurrent. Sur ce point, la série est inédite car on assiste à une exclusivité avec des stars du cinéma, du théâtre, de la télévision qui viennent jouer leur propre rôle. Si, aux États-Unis, on le fait depuis très longtemps, en France, on ne l’avait pas vraiment vu. Autre aspect inédit – et en cela Dix pour cent rejoint les grandes séries américaines –, elle peut se regarder de deux façons : sous la forme de feuilleton – on veut savoir ce que deviennent ces agents – ou de façon aléatoire – en regardant un ou deux épisodes un mercredi soir parce que telle histoire avec tel acteur va nous interpeller.

Agents versus stars
L’évolution et la balance entre les agents et les stars sont des plus réussies : plus la série avance, plus les personnages principaux viennent faire de l’ombre aux stars. Non pas parce que les stars ont des histoires moins bien écrites – les intrigues autour des guests fonctionnent toujours autant –, mais parce que les agents sont devenus ceux pour qui on suit la série. Par ailleurs, une autre raison pour laquelle c’est une grande série repose sur le fait que ces agents pourraient être transposés dans n’importe quel autre univers, ils apporteraient les mêmes tensions dramatiques.

La parentalité, l’esprit famille
Dix pour cent est une grande série familiale. Arlette, figure de la grande-mère, est la mémoire de l’agence avec une certaine idée du cinéma. Les agents seniors, Andréa, Mathias et Gabriel, réagissent comme des frères et sœurs oscillant entre rivalité et tendresse. À l’instar de l’ado qui finit par entrer dans l’âge adulte et qui doit s’imposer par rapport à ses parents, Noémie, Hervé et Camille, assistants puis agents juniors, doivent apprendre à montrer, avec leur fougue, leurs maladresses, qu’ils peuvent être aussi talentueux que leurs pairs (ou père). D’autant plus pour Camille, qui, elle, a réellement un lien de filiation avec Mathias : elle va devoir passer par plusieurs étapes pour être reconnue et ensuite se délivrer de cette filiation. Je trouve cela très touchant parce que les personnages que l’on a connus « bébés » grandissent.

L'équipe de l'agence ASK au complet
L'équipe de l'agence ASK au complet.
© C. Brachet / M.Cotellon / FTV / Monvoisin Production / Mother Productions

Le succès de « Dix pour cent » repose évidemment sur le glamour du cinéma français et l’attrait des stars, pour certaines très connues à l’étranger. Et enfin, elle a atteint l’essence même de la série : on peut picorer dedans et plus on picore, moins on veut lâcher.

Le succès en France et à l’étranger
La série a marché ailleurs grâce une écriture très pointue et à l’image que renvoie l’agence, à savoir celle d’une vraie famille. Même si l’on ne connaît pas vraiment cet univers des agents de stars, les personnages nous sont familiers parce qu’ils vivent des histoires dans lesquelles chacun de nous pourra se reconnaître. En cela, elle ressemble à ces grandes séries médicales ou judiciaires américaines. Le succès de Dix pour cent repose évidemment sur le glamour du cinéma français et l’attrait des stars, pour certaines très connues à l’étranger. Et enfin elle a atteint l’essence même de la série : on peut picorer dedans et plus on picore, moins on veut lâcher.

Le(s) public(s) de Dix pour cent
Elle unit pour la première fois trois publics. Le premier, qui regarde habituellement les séries avec un héros récurrent, va s’y intéresser parce qu’il y a des acteurs connus, mais aussi, curieux, il entre dans un univers qu’il ne connaît pas et va s’attacher très vite aux personnages. Le deuxième, auquel j’appartiens, est le pur sériephile. Un public qui va plonger car il y retrouve le même plaisir qu’il avait à regarder les séries américaines comme Ally McBeal, Clair de lune ou The Good Wife. Et enfin, le troisième, réticent à l’idée d’aller regarder une série française ailleurs que sur Canal ou Arte, s’aperçoit qu’elle va lui raconter une histoire particulière du cinéma.

Les stars et la série télé
Il en a fallu du temps pour que les comédiens du cinéma viennent à la télévision. L’apparition de HBO et, plus tard, de Netflix a pas mal bousculé les mentalités chez les comédiens. Petit à petit, en France également, le regard a changé grâce notamment à Josée Dayan qui a fait venir des stars de cinéma comme Depardieu, Deneuve, Bouquet, Baye… dans ses téléfilms et séries.
Mais avec Dix pour cent s’ajoutait une autre difficulté : faire jouer au comédien son propre rôle. Et la production s’est heurtée à de nombreux refus de la part de vedettes. Or, en France, on a un problème entre véracité et réalisme. On peut réaliser une série qui sonne vraie mais qui n’est pas la réalité. On le voit d’ailleurs dans des séries tirées de faits-divers comme Laëtitia. L’histoire est au plus près du fait-divers, mais on y ajoute du romanesque parce qu’il s’agit d’une fiction. Heureusement, pour Dix pour cent, certaines stars ont perçu cette différence et ont eu ainsi beaucoup de plaisir à se jouer de leur propre rôle. 

Propos recueillis par Mona Guerre

* Retrouvez également les interviews de Dominique Besnehard et Harold Valentin, producteurs de la série.

Dix pour cent - saison 4

Cette saison sera celle de toutes les audaces et de tous les dangers pour ASK, qui sous la direction d’Andréa et malgré les craintes de Gabriel, va recruter une nouvelle agent senior, Élise Formain, venue de chez Starmedia, pour le meilleur ou pour le pire. 

Série (6 x 52 min - 2019) - D’après une bible littéraire de Dominique Besnehard, Michel Vereecken, Julien Messemackers et Fanny Herrero - Création Fanny Herrero - Réalisation Antoine Garceau et Marc Fitoussi - Scénarios Victor Rodenbach, Vianney Lebasque, Edgard F. Grima, Jérôme Bruno, Marc Fitoussi, Frédéric Rosset, Sabrina B. Karine, Thomas Mansuy, Judith Havas, Benjamin Havas,Angela Soupe, Hélène Lombard, Cécile Ducrocq et Nicolas Mercier - Production Monvoisin Production et Mother Productions, avec la participation de France Télévisions

Distribution
Camille Cottin, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Liliane Rovère, Fanny Sidney, Nicolas Maury, Laure Calamy, Stéfi Celma, Assaad Bouab, Ophélia Kolb, Anne Marivin et Stéphane Freiss

Avec la participation exceptionnelle de Charlotte Gainsbourg, Franck Dubosc, José Garcia, Sandrine Kiberlain, Sigourney Weaver et Jean Reno
Et celle de Mimie Mathy, Nathalie Baye, Muriel Robin, Marina Rollman, Guillaume Gallienne, Valérie Donzelli, Xavier Beauvois, Julie Gayet, Bernard Verley, Rayane Bensetti et Tony Parker

La saison 4 de Dix pour cent est à voir les mercredis 21 et 28 octobre et 4 novembre à 21.05 sur France 2
À voir et revoir sur france.tv

Publié le 26 octobre 2020
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