Guerre d’Algérie, la dernière génération d’appelés français raconte

La guerre d’Algérie se raconte droit dans les yeux dans ce documentaire en deux parties signé Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman. Ils nous offrent des témoignages rares de la dernière génération d’appelés français ayant connu le feu. Dimanche à 20.50, sur France 5. 

Entre peur et ennui, le quotidien des jeunes appelés en Algérie.
Entre peur et ennui, le quotidien des jeunes appelés en Algérie. © What's Up Films

Ils sont menuisiers, étudiants, prêtres ou encore instituteurs, ils n’ont aucune idée de la réalité des tensions qui sévissent en Algérie au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ils y débarquent pourtant en 1956 pour une mission de « maintien de l’ordre ». Eux, ce sont des appelés, des jeunes Français de métropole qui se retrouvent plongés dans une guerre qui ne dit pas son nom. Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman partent à la rencontre de ces hommes qui, toute leur vie, ont dû se taire sur les atrocités de « leur » guerre. Témoins pudiques d’horreurs innommables, ils se confient face caméra, apportant un point de vue trop longtemps ignoré sur la guerre d’Algérie.

Mon père est mort sans en avoir dit plus sur sa guerre. Il est parti avec ses silences. Comme tant d’autres. Mais ce silence ne doit pas nous abuser : cette guerre a marqué toute une génération.

Thierry de Lestrade, auteur-réalisateur
En Algérie, une dure réalité sociale attend les appelés métropolitains.
En Algérie, une dure réalité sociale attend les appelés métropolitains.
© What's Up Films

Les deux auteurs-réalisateurs s’appuient sur un travail d’archives titanesque signé Tramor Quemeneur, conseiller historique sur le film. Depuis 2010, il parcourt les archives privées des familles des appelés. Films amateurs, photos et correspondances de l’époque apportent au documentaire une consistance palpable, faisant resurgir du passé une Algérie française déchirée de tensions ethniques et d’inégalités sociales.

En creusant, j’ai pu constater qu’il existe des films qui restent dans les familles, parfois sans même pouvoir être visionnés.

Tramor Quemeneur, conseiller historique

Guerre d’Algérie, des chiffres glaçants

  • 1 500 000 soldats français et 90 000 harkis mobilisés au total de 1956 à 1962
  • 250 000 Algériens tués et 2 000 000 envoyés dans des camps de regroupement
  • 25 600 militaires français et plus de 10 000 civils d’origine européenne tués
  • 50 000 harkis sont massacrés dans les années qui suivent les accords d’Évian (1962)
  • 42 000 incidents violents sont enregistrés en Algérie de 1956 à 1962 
Ils sont nombreux à débarquer à
Ils débarquent à Alger sans rien savoir de la situation sur place.
© What's Up Films

Lexique, les termes à connaître de la guerre d’Algérie

Harkis
Sont appelés harkis les Algériens qui ont pris part aux combats du côté français. Un contingent de soldats « indigènes » littéralement abandonné par l’État français une fois l’indépendance de l’Algérie proclamée. Un grand nombre d’entre eux fuient clandestinement en France, ceux qui n’ont pas cette chance sont massacrés.

FLN
Le Front de libération nationale (FLN) est un parti politique algérien créé en 1954 afin d’obtenir l’indépendance de l’Algérie. C’est la branche armée du parti, l’Armée de libération nationale (ALN), qui s’oppose directement à l’armée française.

Fellaga
Vous entendrez dans le documentaire les vétérans employer le terme « fellouze », il s’agit d’un mot d’argot dérivé de « fellaga », qui désigne les combattants de l’ALN. En arabe littéral, « fellaga » signifie « pourfendeurs » ou « casseurs de tête » et désigne plus généralement à travers le Maghreb les « bandits de grand chemin ».

Pieds-noirs
L’Algérie était une colonie française depuis 1830. Elle devient département français en 1848. Le terme « pieds-noirs » désigne les Français nés en Algérie depuis la colonisation. À l’indépendance en 1962, ils sont 1 million à quitter leur terre natale pour regagner la métropole.

OAS
Dès 1959, Charles de Gaulle, alors fraîchement élu président de la République, met en place sa politique d’autodétermination de l’Algérie. Certains généraux de l’armée française, bénéficiant d’un soutien dans l’opinion, refusent catégoriquement cette politique. En signe de rébellion, ils forment en 1961 l’Organisation de l’armée secrète (OAS). Un mouvement radical qui ne recule devant aucune violence pour garder l’Algérie dans le giron français. Les « mutins » seront amnistiés par de Gaulle en 1968.  

Accords d’Évian
Le 18 mars 1962, Charles de Gaulle ratifie les accords d’Évian. Ce qui donne lieu à un premier référendum en métropole sur l’autodétermination de l’Algérie. Les Français disent massivement « oui » (90 %). Un second référendum, en Algérie cette fois, entérine définitivement l’indépendance du peuple Algérien qui vote « oui » à 97 %.


Algérie, la guerre des appelés en résumé

Documentaire (France - 2 x 60 min - 2019) - Auteurs et réalisateurs Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman - Production What's Up Films avec le soutien de la Procirep Angoa, avec la participation du Centre national de cinéma et de l'image animée et de France Télévisions


Épisode 1 - Le Bourbier 
1956, dix ans après la fin de la guerre, le temps est à l’insouciance. Mais, de l’autre côté de la Méditerranée, l’Algérie s’embrase et le contingent est envoyé en masse pour une simple « opération de maintien de l’ordre ». Pour la plupart des appelés, c’est un premier voyage, une aventure. Mais, sur place, ils sont plongés dans un conflit dont ils découvrent la violence. 


Épisode 2 - L’Héritage  
Quatre ans après le début de la révolte en Algérie et après deux ans de guerre à outrance, pas un canton de France qui ne compte son jeune homme « mort pour la France ». Alors qu’une majorité de Français est désormais favorable à une solution négociée en Algérie, sur le terrain, les 400 000 hommes du contingent se sont enlisés dans une sale besogne aussi vaine, ingrate que dangereuse.

Algérie, la guerre des appelés est à voir sur France 5 dimanche 3 novembre à partir de 20.50 et à revoir sur france.tv 

Publié le 31/10/2019
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