« Affaires sensibles » : l’émission de Fabrice Drouelle débarque sur France 2

Pour la première fois, France Télévisions, France Inter et l’INA s’associent pour coproduire un nouveau magazine : « Affaires sensibles », l’adaptation télévisée de l’émission à succès de France Inter. Présenté par Fabrice Drouelle et diffusé une fois par mois, ce nouveau rendez-vous d’information se consacre aux affaires d’État et aux grands scandales politico-financiers de la Ve République.Lundi 20 septembre à 23.05, gros plan sur le financement de la campagne présidentielle de 1995.

Fabrice Drouelle sur le plateau de France 2. © Nathalie Guyon / FTV

Ce n’est plus amoral, c’est immoral.

Yves Bonnet, membre de la campagne de Chirac

« Présidentielle de 1995 : un scandale d’État »

Lundi 20 septembre à 23.05

Pour son premier numéro, Affaires sensibles s’intéresse à un thème d’actualité, le financement des campagnes présidentielles. Le magazine reviendra, en particulier, sur celle de 1995 : entre comptes truqués, valises de billets et rivalité fratricide des deux candidats de la droite, la campagne qui opposa les « amis de trente ans », Jacques Chirac et Édouard Balladur, vient de connaître ses ultimes rebondissements.

C’est une révélation sans précédent dans l’histoire de la Ve République : à l’automne dernier, l’ouverture des archives du Conseil constitutionnel révèle que la plus haute instance juridique de l’État a maquillé les comptes de campagne des deux candidats de droite, Édouard Balladur et Jacques Chirac. Vingt-cinq ans après la présidentielle de 1995, la France découvre avec stupeur que les irrégularités de financement, entre fonds à la provenance douteuse, sacs de billets déposés à la banque et explosion des dépenses de campagne, ont été couvertes par les Sages. Pire, ceux-ci ont même sciemment gommé certaines dépenses pour que les comptes des deux candidats sortent du rouge !
Comment une fraude électorale d’une telle ampleur a-t-elle pu être validée par le Conseil constitutionnel, alors qu’il était garant pour la toute première fois de la régularité des comptes de campagne ? D’où provenait l’argent qui a coulé à flots dans les QG d’Édouard Balladur et de Jacques Chirac ? De telles irrégularités sont-elles encore possibles aujourd’hui ?
Pour ce document de 52 minutes, Affaires sensibles s’est plongé dans les archives du Conseil, a exhumé factures et notes de frais biffées par les Sages, retracé le trajet des « porteurs de valises » et des mystérieux fonds qui ont permis de financer les premiers meetings géants de l’histoire de la Ve République.

Fabrice Drouelle recevra sur le plateau Félix de Belloy, avocat d’Édouard Balladur, et Cédric O, ancien trésorier de la campagne d’Emmanuel Macron en 2017 et actuel secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques.

Fabrice Drouelle en compagnie de Félix de Belloy et Cédric O
Fabrice Drouelle, entouré de Félix de Belloy et Cédric O.
© Nathalie Guyon / FTV

Entretien avec Fabrice Drouelle

Comment est née cette adaptation de votre émission de radio pour la télévision ?
Fabrice Drouelle : 
Plusieurs producteurs sont venus me voir. Mais cela ne pouvait pas se faire sans un diffuseur qui exprime une volonté ferme pour cette émission. Les planètes se sont alignées lorsque France Télévisions s’est doté d’une structure de production en interne et a souhaité la diffusion d’Affaires sensibles avec l’accord de France Inter. J’ai toujours trouvé qu’il fallait davantage de passerelles entre les médias du service public. Or là, avec Affaires sensibles sur France 2, on a un véritable viaduc : trois territoires audiovisuels différents avec leur expérience, leur savoir-faire – France Inter, France Télévisions et l’INA – qui s’engagent pour un même projet en gardant le même titre.

Qu’est-ce qui change dans la manière de réaliser l’émission ?
F. D.
 : À la radio, la structure du récit est simple : ma voix est entrecoupée d’archives et d’interviews. C’est la même à la télévision, avec l’image en plus. On passe de la radio à la télé sans jamais trahir le propos. Toutefois, c’est l’exemple typique de la valeur ajoutée d’une émission de radio qui passe en télé. D’abord pour le temps de préparation : Affaires sensibles en radio est une quotidienne, avec seulement cinq jours pour préparer chaque émission. Mais, dans un rythme mensuel, on a davantage de temps pour enquêter. C’est un vieux concept que de raconter les histoires à la radio. Avec Affaires sensibles, on a réussi à le moderniser dans l’écriture, le rythme, le choix des affaires et des archives sonores. On fait la même chose avec l’image, par exemple avec les effets spéciaux qui permettent de donner corps aux protagonistes lors des procès. C’est une idée du studio de production de France Télévisions que je trouve originale et assez impressionnante. 

Le décor et la mise en scène sont-ils un reflet de l’émission ?
F. D.
 : Je voulais qu’ils ressemblent à Affaires sensibles dans son côté intime et tamisé. Moi-même, à la radio, j’ai une lampe de chevet pour dire les textes, non seulement par manque d’éclairage dans le studio, mais parce que je crée une ambiance presque en confidence. Je souhaitais un décor qui traduise parfaitement cela, et celui-ci – que je n’ai pas choisi – est dans l’esprit de l’émission. Je le trouve formidable, avec ces piles d’archives et ces fauteuils club intemporels ! 

Qu’est-ce que ça change pour vous de raconter sur des images au lieu d’archives sonores ?
F. D.
 : D’abord avoir un débit moins rapide ! Car en radio on s’exprime davantage comme on parle dans la vie, et il se trouve que j’ai tendance à parler vite, ce que je ne fais pas au théâtre par exemple… Pour moi, ça a été une petite révolution culturelle. En revanche, j’ai gardé mon ton radio sur les images télé, avec un décalage par rapport aux habitudes des commentaires off de beaucoup de reportages à la télévision. Cela a bien plu à France Télévisions.  

Comment relisez-vous l’histoire ?
F. D.
 : Ce qui nous passionne dans les histoires qu’on raconte, c’est l’éclairage qu’elles nous donnent sur l’actualité, sur ce qui se passe aujourd’hui. On retrouve ce même principe dans le programme pour la télévision. Quelle leçon a-t-on tiré ou peut-on tirer de ce qui s’est passé en 1995 pour les autres présidentielles ? Quel écho cela aura pour celle de cette année ? Et que fera-t-on après ? L’esprit Affaires sensibles, c’est la façon de raconter une histoire, d’en traquer les résonances aujourd’hui.  

Pourquoi avoir choisi de lancer le magazine sur France 2 avec cette affaire ?
F. D.
 : Cette campagne pour la présidentielle de 1995 est la plus âpre, la plus dure, la plus violente de toutes les campagnes électorales de la Ve République. Car il y a une affaire de famille et il n’y a rien de plus shakespearien quand des alliés se trahissent. Mais il y a le deuxième temps qui nous ramène à une actualité, car, en septembre 2020, on a appris que la Cour constitutionnelle avait maquillé les comptes. Et à l’aube d’une nouvelle campagne présidentielle, le choix est idéal.

Quels invités choisissez-vous de recevoir ?
F. D.
 : On les choisit avec l’équipe éditoriale, notamment Elsa Margout, de l’info à France Télévisions, qui est très impliquée, et on associe toujours Christophe Barreyre, rédacteur en chef de France Inter. Pour cette première émission, on reçoit l’avocat de Balladur, Félix de Belloy, qui est dans le dur de l’actualité, et puis Cédric O, qui, lui, est le témoin intemporel, financier de la première campagne de Macron. Son positionnement n’est pas politique. Mais il n’y a pas de principe arrêté et on ne recevra pas forcément deux invités. L’invité classique est un acteur de l’affaire. 

Quels seront les thèmes des prochaines Affaires sensibles ?
F. D.
 : On sait que l’actualité peut bouleverser l’ordre des émissions dans lequel elles sont censées être diffusées. Donc, pour le moment, la seule chose que je peux vous dire, c’est qu’en radio on peut aborder tous les sujets : culturel, social, sportif, économique, sociétal, faits divers… Mais, en télévision, une fois par mois, on ne peut pas s’éparpiller. Il a donc fallu opérer une sélection de grandes affaires qui ont un retentissement national, voire international, et dont les enjeux sont très importants : politico-judiciaires, politico-industrielles, politico-environnementales… On veut offrir aux téléspectateurs quelque chose de différent et d’un peu pionnier, avec ce mariage réussi entre radio et télévision. Par ailleurs, cela ressemble à un mariage arrangé qui m’arrange… car évidemment on devrait récolter de nouveaux auditeurs pour France Inter !

Propos recueillis par Anne-Laure Fournier


Le jeu

Jouez et gagnez des places de théâtre pour aller voir Fabrice Drouelle sur scène dans la pièce de théâtre Affaires sensibles au théâtre Tristan Bernard, à Paris, ainsi que des livres dédicacés par le journaliste !

Affaires sensibles  

La mort de Khadafi, l’assassinat du juge Borrel, l’attentat du Drakkar au Liban ou, plus récemment, les affaires Benalla, Bygmalion, Cahuzac ou Kerviel… Notre histoire récente est jalonnée de ces affaires dites « sensibles », porteuses de scandales, qui secouent la République et le pouvoir, qu’il soit politique, diplomatique ou économique. Elles provoquent parfois des ondes de choc, des prises de conscience collectives. Certaines gardent encore leurs secrets, des années après, et racontent aussi en creux l’état de notre société et de notre démocratie. Affaires sensibles va rouvrir ces dossiers, les explorer et reprendre l’enquête avec des documents inédits. Avec le temps, certains ont de nouvelles choses à nous dire. Ceux qui ont vécu ces événements et qui, jusque-là, se taisaient vont prendre la parole. Structuré autour d’une enquête en images avec l’éclairage de nombreuses archives de l’INA, le magazine sera également ponctué de grands entretiens menés par Fabrice Drouelle.

Magazine (65 min) – Présentation Fabrice Drouelle Réalisation Anthony Forestier – Production France Télévisions, France Inter et l’INA

Présidentielle de 1995 : un scandale d’État est diffusé dans Affaires sensibles lundi 20 septembre à 23.05
À voir et à revoir sur france.tv

Affaires sensibles sur France Inter en quelques chiffres

Largement plébiscité par les auditeurs, Affaires sensibles a réalisé la meilleure saison de son histoire, avec 667 000 auditeurs quotidiens* et demeure le podcast le plus écouté de France Inter, avec près de 50 millions d’écoutes en cumulé sur la saison 2020-2021**.

* Médiamétrie 126 000 Radio, saison sept. 20-juin 21, 13 ans et +.
** Médiamétrie eStat Podcasts + AT Internet, cumul sept. 20-juin 21. 

Publié le 17 septembre 2021
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