Affaire Mia : ces citoyens qui font sécession

L’histoire de l’enlèvement de la petite Mia par sa mère a révélé plus que la dérive conspirationniste d’une femme isolée. Elle a mis au jour la diffusion des thèses QAnon en France et l’existence d’organisations radicales prêtes à renverser le gouvernement français sur le modèle de la prise du Capitole aux États-Unis. Une enquête à découvrir dans « La Fabrique du mensonge » sur France 5 dimanche 26 juin à 20.55.

« Affaire Mia : ces citoyens qui font sécession » © Babel Doc / Together Media

On se rend rapidement compte que l’enlèvement de la petite Mia n’est qu’un élément de ce projet beaucoup plus grand qui est celui de renverser le gouvernement d’Emmanuel Macron. 

Maxime Dacé, journaliste à Libération, spécialiste des radicalités en ligne

Ce drame familial, survenu il y a un an, raconte la dérive numérique d’une jeune maman qui va organiser l'enlèvement de sa propre fille avec l’aide d’inconnus rencontrés sur Internet. Désocialisée, elle a basculé dans la sphère complotiste radicale. Du complotisme au terrorisme, il n’y a qu’un pas, et les services de renseignement craignent aujourd’hui un « 6 janvier » à la française.

Le 13 avril 2021, deux hommes se présentent au domicile de la grand-mère de Mia, qui en a la garde. Ils se disent travailleurs sociaux et emmènent la petite fille de huit ans en voiture. Lorsque l’alerte est donnée, les enquêteurs découvrent rapidement que sa propre mère est à l'origine de l’enlèvement de Mia, préparé minutieusement avec l’aide d'un commando de cinq hommes, rencontrés sur Internet. Comment en est-elle arrivée là ? Le film remonte le fil numérique de cette affaire et dévoile comment certaines sphères complotistes radicales ont prospéré pendant la pandémie et n’hésitent plus à prôner l’action violente. L’isolement de milliers de gens face à leur écran a gonflé leur audience. « Cette complosphère a été dopée à ce moment-là avec des théories du complot de plus en plus délirantes », explique la chercheuse et spécialiste de l’extrémisme en ligneLaurence Bindner.
La dérive numérique de Lola Montemaggi est née d’une colère, comme pour beaucoup de Français. Mère à 20 ans, séparée du père de l'enfant, elle vit loin de sa fille confiée aux grands-parents paternels, et vit de petits boulots. Son père, qui vit dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, n’hésite pas à confier : « Elle n’était pas stable. » En 2018, elle rejoint la révolte des Gilets jaunes et franchit un point de non-retour après avoir été gazée par des policiers lors d’une manifestation.
Sur les réseaux sociaux, elle trouve un écho à son mal-être. « 2019 : c’est l’année où je me suis réveillée », écrit-elle sur son compte Facebook. Persuadée que des pédocriminels satanistes veulent s’en prendre à sa fille, elle la récupère et la ramène avec elle dans les Vosges. Des croyances directement héritées du mouvement QAnon : « C’est l’idée d’une élite corrompue qui tire les ficelles, rappelle Laurence Bindner, et qui, au nom d’un projet pédosataniste, dirige le monde et alimente un certain nombre d’individus profondément malsains. »

 «La Fabrique du mensonge »
« Affaire Mia : ces citoyens qui font sécession »
© Babel Doc / Together Media

Bientôt, Mia est déscolarisée, et sa mère commence à partager des vidéos de One Nation,créé par Alice Pazalmar, qui prône un mode de vie alternatif. Cette gourou new age se considère comme un être souverain qui ne reconnaît aucune autorité de l’État. « Ils ne reconnaissent pas d’autres lois que leurs lois d’êtres humains », précise Lisa Beaujour, journaliste à de France Info (#vraioufake). « Les citoyens souverains sont souvent les mêmes que QAnon car ils sont exposés aux mêmes contenus sur les réseaux, et le mouvement grandit avec internet », explique la chercheuse américaine Christine Sarteschi. Pour Tristan Mendès-France, de l’Observatoire du conspirationnisme, Alice Pazalmar diffuse « un discours sectaire, dangereux, qui a tendance à vous couper de vos relations sociales, de la société, qui peut amener des individus à extraire leurs enfants des écoles, et qui agrège à lui tout un fatras de discours complotistes assez inquiétants ». Les échanges se font sur Telegram, messagerie très sécurisée : « Ça crée des échanges beaucoup plus intenses et c’est probablement les endroits où la bascule dans les mouvances sectaires ou les plus radicales est la plus efficace. » Peu à peu, Lola se met en marge de la société. Et lorsqu'on lui retire à nouveau Mia, elle confie son histoire à ses nouvelles relations qui l'ancrent dans la certitude que les services sociaux sont nocifs pour les enfants. Contactée par un homme sur la Toile, elle met sur pied avec lui l'enlèvement de sa fille.
Le commando qui va mettre à exécution l'opération « Lima » répond aux ordres d'un certain Rémy Daillet. Ce fils d'un député centriste de la Manche, installé en Malaisie, est un personnage sulfureux. Depuis son refuge, il diffuse en octobre 2020 une vidéo reprenant les codes QAnon et appelant au renversement du gouvernement français. Près de deux millions de personnes vont la visionner. Puis il crée un site où il détaille ses mesures, en même temps qu'il se rapproche de la fachosphère. « C’est un véritable agrégat de théories complotistes qui traînent depuis des années », explique Tristan Mendès-France. Un mandat d'arrêt international est lancé contre lui, après l'affaire Mia, lorsque la police découvre que ce personnage était sur le point de déclencher son fameux « coup d'État » avec l'aide d'une centaine de personnes – dont d'anciens policiers et militaires – prêts à des actions violentes...

« La Fabrique du mensonge »
Alice Pazalmar - « Affaire Mia : ces citoyens qui font sécession »
© Babel Doc / Together Media

 « Affaire Mia : ces citoyens qui font sécession »
La Fabrique du mensonge

En partant de l'enlèvement de la petite Mia, l'enquête remonte le fil numérique de cette affaire : on y découvre des leaders charismatiques qui recrutent à tour de bras : des Gilets jaunes aux manifestants anti-pass sanitaire, toutes les colères sont bonnes à être exploitées pour attiser une haine des institutions et une défiance envers le gouvernement.
D’où viennent ces théories et à qui profitent-elles ? Comment une mère peut-elle passer à l’acte ? Comment des individus qui ne se connaissent que via Internet risquent tout, dans un rapt minutieusement préparé ? L'enquête décortique cette sémantique et ses nouveaux canaux de diffusion, souvent plus discrets que Facebook et YouTube, pour éviter les modérations et passer sous les radars des autorités. Ces nouveaux gourous n'hésitent pas à menacer la République française. D’inquiétants rapprochements s’opèrent avec l’ultradroite violente, qui rêve de coup d’État et d’actes terroristes. Une convergence des luttes qui fait craindre des passages à l’acte et inquiète les services de renseignement. 

Documentaire (90 min inédit) – Auteur-réalisateur Félix Seger – Commentaire Karim Rissouli – Coproduction Babel Doc et Together Media avec la participation de France Télévisions
 
« Affaire Mia : ces citoyens qui font sécession » est diffusé dans La Fabrique du mensonge dimanche 26 juin à 20.55 sur France 5
Documentaire à voir et revoir sur france.tv

Sur Lumni, 
La Fabrique du mensonge est disponible dans son intégralité
Des modules spécifiques à cette soirée-événement seront  mis en ligne

#Lafabriquedumensonge

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