ENTRETIEN AVEC JOACHIM LAFOSSE

Françoise, la journaliste, jouée par Valérie Donzelli

Pour la première fois vous vous engagez sur le terrain du cinéma d’aventures.
Après deux huis-clos, j’avais envie d’un film plus ouvert, l’affaire de l’Arche de Zoé m’a offert l’opportunité d’aborder un nouveau genre tout en posant à nouveau la question complexe du droit d’ingérence et de la limite entre bien et mal. Cette affaire est un outil de fiction magnifique.

Les chevaliers blancs s’inspire de l’affaire de l’Arche de Zoé, ce groupe d’humanitaires qui voulaient faire adopter par des familles françaises des "orphelins". Comme dans Élève libre et À perdre la raison, il y est à nouveau question d’une manipulation exercée au nom du bien.
Le thème de l’enfer pavé de bonnes intentions me passionne. Dans ces films, les personnages principaux érigent en loi l’idée qu’ils se font du bien et l’appliquent aux autres sans se soucier des conséquences que cela déclenche : un élève en décrochage scolaire rencontre un professeur qui veut le sauver malgré lui, un médecin accueille une famille qu’il couvre de dons jusqu’à l’étouffer... Ici, des "humanitaires" s’arrogent le droit de sauver des enfants.

Comment s’empare-t-on d’un tel fait de société ?
Avec sa subjectivité. En proposant un autre angle de vue et des pistes de réflexions différentes de celles offertes par les medias et la justice. La vérité judiciaire, l’objectivité journalistique ne sont pas uniques. Il reste un espace, la fiction, dont l’artiste peut s’emparer librement. Contrairement à une idée reçue, s’emparer d’un fait de société est un vecteur de création de fiction. Il en faut beaucoup pour surprendre avec une histoire que chacun croit déjà connaître. Le processus d’écriture a été long, j’ai travaillé avec plusieurs coscénaristes. Jusqu’au bout, j’avais besoin de vérifier la matière de mon film.

Avez-vous rencontré des personnes liées à l’affaire de l’Arche de Zoé ?
Non, je ne l’ai jamais souhaité. Sachant que je suis un auteur de fiction, je sais très bien que ce que je mets en scène n’est pas le réel, mais est uniquement le fruit de mon imagination. C’est une élaboration. Il ne s’agit pas d’eux, les personnages que je mets en scène ne sont pas les protagonistes de l’affaire de l’Arche de Zoé. Mes films sont d’abord le reflet de mes obsessions.

Avez-vous souhaité rester fidèle aux événements ?
La fidélité au réel n’est en aucun cas ma priorité. Avec Les Chevaliers Blancs, je souhaite me ranger du côté d’Africains qui ignorent tout des intentions réelles des humanitaires Français. Il leur est dit que des orphelins vont être pris en charge dans un dispensaire jusqu’à l’âge de 15 ans, qu’ils y seront nourris, logés et instruits... et ils y croient. Certains finissent même par déposer leurs propres enfants avec l’intention louable de les mettre en sécurité et de les sauver de la misère. Dictée par la nécessité, leur attitude n’est pas comparable à celle des prétendus professionnels de l’humanitaire, dont le projet est d’exfiltrer ces enfants africains au nom du désir d’adoption de familles françaises, partant du principe que leur avenir sera meilleur en France que dans leur pays dévasté par la guerre.

Vous avez choisi Vincent Lindon pour jouer le rôle du leader de l’ONG.
Vincent est le père, le frère ou l’ami qu’on rêverait tous d’avoir. On le voit comme un type franc, politiquement engagé. C’est un honnête homme. Seul un comédien de cette dimension, de son charme, de sa capacité de séduction, pouvait interpréter Jacques Arnault : comment expliquer autrement qu’un simple pompier réussisse à lever 600 000 euros et à convaincre toute une équipe de partir en Afrique monter un projet pareil sans choisir un acteur possédant ces qualités ? Jacques Arnault est un magnifique personnage, car il contient toutes les contradictions de l’occidental généreux, mais allant jusqu’à abuser de sa "bonne foi" pour sauver le monde, son monde.

Entretien avec Joachim Lafosse

Françoise, la journaliste, jouée par Valérie Donzelli

Entretien avec Abdelhafid Metalsi

Abdelhafid Metalsi

La troisième saison est un tournant. Elle verse un peu plus dans les histoires personnelles…
À la première saison, on avait posé les personnages. Puis, en deuxième saison, on avait musclé un peu les enquêtes. Pour la troisième, j'avais envie d'aller plus loin dans la vie de Cherif, dans ses relations à la fois privées et professionnelles, et obtenir ainsi plus de cartes à jouer. Je voulais que les personnages soient un peu plus mis en danger, et je pense avoir été entendu. Attente forte, celle du père de Kader évoquée dans les saisons 1et 2. Sera-t-il enfin là, lui que Chérif a si peu vu durant toute sa vie ? Et bien sûr, les relations avec Briard sont aussi au cœur de cette saison. Cherif se met à nu face à Adeline, il lui fait de vraies déclarations mais il se prend aussi de vraies tartes. C'est beau et émouvant de voir ce type repartir au charbon malgré tout. 

Avec des déclarations sous forme de boutades, l'aventure d'un soir entre son ex-femme et lui à la fin de la 2e saison… Briard a peut-être toutes les raisons d'agir ainsi, non ?
Peut-être, mais il ne se décourage pas, même s'il est charmeur, il peut aussi être très sérieux. Je repense à cette scène où Cherif prend le bras de Briard et lui dit qu'il est l'homme de sa vie mais qu'elle ne le sait pas encore.

La tension entre les deux personnages est accentuée, ce qui fait tout le sel de Cherif depuis trois saisons. Comment ?
La tension est toujours là parce que le dénouement est plus qu'incertain et la frustration du téléspectateur toujours maintenue... d'autant que l'on ne connaît pas l'éventualité d'une saison supplémentaire ! Si d'aventure, une quatrième saison était créée, la fin de la troisième suscitera pas mal de rebondissements... 

Cherif est quand même aux antipodes du flic torturé, avec sa part d'ombre. Il est plutôt heureux de sa vie, de son job, de ce qu'il est.
C'était le souhait de Stéphane Drouet, le producteur, et de Lionel Olenga, l'un des créateurs, d'avoir un personnage un peu solaire, rayonnant, bien dans ses baskets. Dans le cadre d'une fiction, ils ont eu cette possibilité de raconter des histoires d'enquêtes policières sur un ton léger, ludique. Ils ont eu l'intelligence de faire ce choix et de trancher avec le personnage du flic sombre. Cherif reste du divertissement, sans faire l'impasse sur une réalité bien présente autour de nous.

Un peu comme certaines séries américaines régulièrement évoquées, Starsky et Hutch ou Amicalement vôtre par exemple ?
On se revendique ouvertement de ces séries, et bien d'autres encore comme Le Saint ou Kojak, qui ont bercé notre enfance : avec des personnages qui ne manquaient pas d'humour en dépit des enquêtes qu'ils menaient. On a grandi avec ces repères et Cherif aussi. Cela transparaît dans sa manière de vivre, il en est même content. On peut même aller plus loin parce que Cherif pense être le héros de sa propre série alors qu'il est flic dans la réalité ! Je me souviens d'une séquence – j'avais vraiment eu du plaisir à la jouer – qui illustre bien cet état d'esprit : on lui fait remarquer que ce qu'il vient de dire est digne d'une réplique de série et, tellement émoustillé, tellement content d'être comparé à des séries dont il est fan, il demande laquelle [rires] !

Que diriez-vous de Cherif après trois saisons ?
C'est l'ami qu'on aimerait avoir : il rassure, il perd rarement son sang-froid et il a beaucoup d'humour. Cherif ose beaucoup de choses mais toujours avec le sourire et élégance. Il est quand même un peu particulier : il saoule pas mal ses collègues avec ses références parce qu'il a une mémoire d'éléphant. 

Un poil agaçant, comme il le dit lui-même (épisode 1) : il sourit tout le temps et a toujours raison !
Il est agaçant comme peuvent l'être certaines personnes trop sûres d'elles et qui ont un certain aplomb. Il est charmant, on le voit évoluer avec beaucoup d'aisance. Je pense qu'il agace pour toutes ces choses mais aussi parce qu'on aimerait être comme lui, finalement.

Cherif est un grand gamin, non ?
C'est un grand gosse comme moi [rires] ! Je crois que je partage ça avec lui : on aime s'amuser et partager cet état d'esprit. Mais je n'ai pas autant d'aplomb, d'humour : je suis plus réservé. 

Au fil des saisons, que lui avez-vous apporté et que vous a-t-il apporté ?
On a coutume de dire qu'on incarne un personnage. Mais il faut savoir qu'il est très écrit en amont. Les auteurs ont en tête un personnage et c'est à moi, ensuite, de le jouer et de proposer des suggestions. J'ai ce recul par rapport au personnage parce que je me demande si ce n'est pas plutôt Cherif qui m'apporte beaucoup. Je lui donne mes yeux, mon sourire, et Cherif m'apporte une certaine légèreté. 

N'est-ce pas en rapport avec votre filmographie où les rôles sombres ou sérieux prédominent ?
J'ai eu beaucoup de plaisir à jouer ce genre de rôles, mais il est vrai que Cherif m'a permis de montrer une autre facette et une autre palette de jeux : un personnage léger, qui sourit, qui a de l'humour. C'est plaisant et agréable d'être dans la peau de Cherif. Et je remercie les auteurs et le producteur d'avoir su déceler en moi cette capacité à l'autodérision et de m'avoir donné la possibilité de montrer ce visage-là.

Ce qui n'était pas gagné apparemment…
Effectivement ! L'un des écueils de ce métier est d'être vite catalogué, et il faut rendre justice à Stéphane Drouet car c'est lui qui a pensé à moi après avoir vu Les Hommes de l'ombre. Il en avait parlé à Lionel qui avait décliné la proposition parce que je ne souriais jamais ! Il m'a fait rire quand il m'a raconté cette anecdote, je lui ai alors répondu que c'était le rôle qui voulait ça ! Après des essais concluants, Lionel m'avait confié : « C'est bête. Dans Les Hommes de l'ombre, on garde l'image de quelqu'un de sérieux, carré, et on se dit que tu ne peux pas faire autre chose. » 

Une dernière question : et si Cherif avait une seule question à poser à Briard, quelle serait-elle ?
"Est-ce que tu m'aimes ?"

Propos recueillis par Mona Guerre.

Abdelhafid Metalsi nous en dit plus sur cette troisième saison plus tournée vers les histoires personnelles et sur Cherif, le charmeur et perspicace capitaine de police lyonnais.

Entretien avec Abdelhafid Metalsi

Abdelhafid Metalsi

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