Tantale : vous, président

L’attribution des Jeux Olympiques d’été de 2012 aurait basculé en faveur de Londres grâce à des négociations de couloir orchestrées par le Premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair. C’est cet exemple de politique de l’ombre qui a inspiré Tantale. Un film interactif et immersif dont vous êtes le héros, dans la peau d’un homme que chacun est d’habitude prompt à juger, le Président de la République française, à quelques heures de l’attribution de l’organisation de cette grand-messe sportive.

Tantale

Une narration totalement inédite

Réalisé par Gilles Porte (directeur de la photographie pour La Conquête, Dans les forêts de Sibérie), ce film, par les possibilités qu’il laisse au public-décideur, a représenté un vrai défi pour les scénaristes, avec 5 issues différentes et pas moins 25 manières d’y parvenir.

La décision de laisser une part de liberté dans le déroulé du scénario ne s’est pas faite par le sacrifice de l’exigence artistique et c'est une vraie expérience de cinéma que nous propose Tantale. Si les spectateurs décident d’exercer leur pouvoir de décision, ils le peuvent. S’ils désirent se laisser porter, c’est aussi possible. Car, en théorie, cette expérience peut aussi bien se vivre individuellement que collectivement en salle. S’est néanmoins posé le problème de la logistique nécessaire (Wifi, casques audio) qu’il faudrait mettre en place et de l’absence de distributeurs identifiés pour ce type d’œuvre. Il a donc fallu, en plus de promouvoir le film dans son ensemble notamment auprès du public, sensibiliser les professionnels du métier aux partis pris qui en font une œuvre différente.

Le pari du son binaural

Retour d'expérience de Lidwine Hô, chef de projet Innovation & Développements

binaural

Car un autre pari a été fait, cette fois plus technique et probablement moins évident au premier abord pour le public : celui du son binaural. Si les séquences de film sont tournées en stéréo (son venant de la gauche et de la droite), les moments de décision se font avec cette méthode afin de restituer une impression d’écoute naturelle en trois dimensions dans l’espace.

Deux méthodes de captation sonore ont été employées. D’abord en binaural dit natif qui consiste à reconstituer ce qu’on entend dans la vie réelle dans une restitution presque parfaite de l’environnement sonore. Sans post-production, cette méthode est néanmoins plutôt rigide puisque le son ainsi obtenu ne peut plus être modifié ou des éléments être isolés. Cela justifie l’intérêt de la seconde méthode, celle de la synthèse binaurale qui est une reproduction artificielle du son binaural. Elle permet une plus grande compatibilité avec les outils de captation stéréo et est modulable en post-production comme cela a été fait à Radio France et à La Puce à l’oreille dans le cadre de ce projet.

La spatialisation du son a exigé de s’adapter dès la phase d'écriture de l'oeuvre, notamment en définissant des décors sonores (portes qui claque, pas, tintement des glaçons contre la paroi d’un verre...). Au moment où le spectateur est plus que jamais acteur, la sensation d’immersion n’en est que plus criante.

photo 2 binaural

 

Pour aller plus loin

Interview de Jérémy Pouilloux, producteur

Est-ce que tu peux me parler de la place du spectateur dans Tantale ?

À partir du moment où le spectateur est dans une position qui n’est plus seulement passive, et qu’il est amené à interagir avec le programme, forcément on le prend en compte beaucoup plus tôt. C’est-à-dire qu’en définitive, on a des réflexes pour la fiction traditionnelle, celle qu’on regarde de manière passive dans son canapé, on les connait, ce sont des critères d’écriture qui sont balisés, mais là c’est vrai qu’on se réinterroge sur la position du spectateur dans la fiction. Et on se dit… qu’est-ce qu’il va être amené à faire et comment est-ce que je peux susciter, son immersion dans l’histoire. Ça pose des questions un peu nouvelles. On les interroge évidemment dès le stade de l’écriture.

Qu’est-ce que l’interactivité peut apporter à la fiction du point de vue du producteur ?

C’est toujours la question de l’immersion du public, c’est-à-dire pourquoi est-ce qu’on propose au spectateur d’interagir. Ce n’est pas juste parce que c’est amusant, c’est aussi parce que effectivement, ça fait appel à des logiques de jeu, des logiques qui sont divertissantes, qui relancent l’intérêt. Mais c’est aussi pour lui donner la possibilité d’une identification plus forte. On n’est plus seulement dans ce qu’on connait sur les neurones miroir où on va se reconnaitre dans des comportements identifiés à l’écran, mais on est aussi « à la place du personnage », on prend les décisions pour lui. Ce sont des mécanismes qui sont balisés dans le domaine du jeu vidéo, mais dans ce type de fiction, les deux modèles cohabitent.

Tantale, c’est un pari ambitieux parce l’action se situe dans un espace-temps assez théâtral, avec unité de lieu et de temps. L’action c’est le dialogue en fait, c’est les coulisses. Presque du cinéma d’auteur ? Interactif ?

On voulait éviter un peu le côté « je choisis d’aller à droite, je choisis d’aller à gauche ». C’est-à-dire que ce n’est pas ce qui nous intéressait en matière d’interaction. C’est une réflexion qu’on a menée de très longue date, avec Romain Bonnin, qui est l’auteur de l’experience design. On s’intéressait beaucoup plus à des pensées, des dialogues, des réflexions que spécifiquement à des actions où il aurait fallu simplement prendre à gauche ou à droite. Après, du point de vue de la réalisation, on a travaillé sur l’aspect feutré de ces décisions, tout est toujours très calme, on prend ces décisions à l’abri des regards. On s’intéresse à la tension entre les personnages.

extrait tantale

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