IBC d’Amsterdam : Les leçons d’un reportage à 360°

Alexandra Yeh, Direction de l'Innovation, septembre 2017

Chaque année à Amsterdam se tient l’IBC, le salon international de la diffusion télévisée. L’occasion pour les professionnels de l’industrie audiovisuelle de découvrir les nouveautés technologiques qui transforment leurs métiers. Pour cette édition 2017, France Télévisions a souhaité réaliser trois reportages en 360° pour immerger les spectateurs dans les allées du salon. Un défi de taille : celui d’adapter le sujet à une narration à 360°.

IBC en 360

C’est avec curiosité que les visiteurs du salon observaient notre équipe déambuler dans le palais du RAI, où se tient chaque année l’IBC. L’objet de leur intérêt ? La petite caméra hémisphérique qui nous accompagnait partout, chargée de filmer des images à 360°. Il faut dire que nous ne passions pas inaperçus, à nous cacher tant bien que mal derrière des éléments du décor pour ne pas apparaître dans le champ. C’est là l’une des (nombreuses) particularités de ce format 360, qui bouleverse les habitudes du journaliste de télévision classique. Et cela tombait bien, puisque nous étions là pour parler du futur de l’audiovisuel !

Les particularités du format 360°

On ne présente plus la vidéo 360°, qui est devenue grand public depuis que Facebook, Twitter et YouTube permettent de poster des contenus dans ce format. Mais si nous en avons tous déjà visionné, peu d’entre nous ont eu l’occasion d’en réaliser. Nous avons donc veillé à emmener, parmi les quatre personnes de notre équipe de tournage, la spécialiste 360° du Médialab de France Télévisions, pour nous guider dans les particularités de ce format singulier.
 

Les allées de l'IBC à 360°
Les allées de l'IBC à 360°

Première spécificité, la plus évidente : en 360°, il n’y a pas de hors champ. Tout ce qui se trouve dans le champ de la caméra est visible, y compris l’équipe de tournage, les câbles (si, comme nous, vous n’avez pas de micros sans fil), les spectateurs curieux autour de la caméra… Il faut donc prêter attention au moindre détail, et faire des choix. Faut-il laisser le journaliste à l’image, et prendre le parti de montrer au spectateur les coulisses du reportage ? Ou au contraire, laisser l’interviewé prendre la parole seul, dans une intervention face caméra classique ?  Tout est une question de choix éditoriaux. De notre côté, nous avons choisi d’adopter trois narrations différentes pour chacun des sujets que nous avons tournés.

Notre preneur de son caché derrière un stand avant le début de l’enregistrement
Notre preneur de son caché derrière un stand avant le début de l’enregistrement

Dans le premier, consacré à la présentation de l’IBC, nous avons pris le parti de faire parler des interviewés face caméra, sans apparaître à l’écran. Le deuxième sujet était incarné, avec une immersion dans la peau d’un journaliste du futur. Quant au dernier, il se compose d’interviews classiques avec une journaliste interrogeant des experts.

Les challenges du journalisme à 360°

Ces trois storytellings nous ont permis de mettre au jour les avantages et les contraintes du format 360. Très vite, nous nous sommes heurtés à un premier obstacle lorsqu’il a fallu mener des interviews sans que la journaliste n’apparaisse à l’image. Une gageure si nous avions tourné avec une caméra classique… mais un véritable défi en 360, pour parvenir à disparaître du champ tout en restant suffisamment proche de l’interviewé pour échanger avec lui. Première leçon à retenir, donc : ce type de mise en scène ne permet pas de mener une véritable discussion contradictoire, dans le cadre d’un reportage d’investigation par exemple. On n’enverra pas Elise Lucet interviewer un patron du CAC 40 en lui demandant de se cacher derrière un mur pour les besoins du format 360 !

Une contrainte de taille donc, mais qui en vaut la peine, de par l’immersion inédite qu’elle propose au spectateur. Quoi de mieux, pour découvrir un lieu, que de pouvoir l’explorer à sa guise, de tous les côtés ? A cet égard, la 360 reste un excellent moyen de réinventer la relation entre le spectateur et son contenu en l’impliquant pleinement dans l’expérience de visionnage et en le rendant acteur de son immersion.

Notre caméra n’est pas la grosse caméra noire à droite, mais bien ce petit objet blanc au milieu posé sur sa perche !
Notre caméra n’est pas la grosse caméra noire à droite, mais bien ce petit objet blanc au milieu posé sur sa perche !

Autre spécificité inhérente à la 360 : adapter la mise en scène aux conditions d’un salon professionnel, par définition bruyant et surpeuplé, tout en trouvant des configurations qui donnent du sens et une valeur ajoutée à la 360. C’est ce que nous nous sommes efforcés de faire en privilégiant des stands circulaires, avec des décors, des démonstrations spectaculaires…

Au premier abord, il est vrai que le tournage en 360° ne semblait pas le plus adapté à un salon, où le premier réflexe est avant tout d’observer les innovations présentées sur les stands, et où ce qu’il se passe autour n’a pas forcément d’intérêt intrinsèque. Tout le challenge fut donc d’écrire nos sujets de manière à donner envie aux spectateurs de circuler dans la vidéo, à la fois en choisissant des mises en scène particulières (en mettant deux invités face à face autour de la caméra par exemple) et, surtout, en incrustant du texte en post-production pour guider les spectateurs dans la scène, afin d’utiliser tout l’espace pour informer les curieux qui naviguent dans l’image.

Les enseignements d’un tournage à 360°

Nous avions déjà réalisé une première expérimentation 360 en décembre dernier, dont nous vous avions livré les enseignements ici. Ce second tournage a confirmé les bonnes pratiques que nous avions alors identifiées (mettre en valeur le lieu, guider le spectateur dans l’histoire) et surtout, il nous a permis d’aller plus loin dans l’exploitation du format 360, notamment lors de la post-production, en faisant appel à un infographiste pour ajouter des animations et en réalisant un vrai travail de spatialisation du son pour une immersion plus complète.

La règle fondamentale de la 360 (et de toutes les innovations, d'ailleurs) reste la même : la technologie doit être au service de la narration, et pas l’inverse. Car ce que le public recherche quand il visionne un contenu, ce n’est pas une technologie, c’est avant tout une histoire. A nous, alors, de trouver le format le plus pertinent, le storytelling le plus innovant. Bien sûr, certains sujets se prêtent beaucoup mieux que d’autres à la mise en image, même en 16:9. C’est tout le travail du journaliste que de réussir à donner un intérêt à son sujet, à l’explorer sous un angle nouveau et à poser des questions pertinentes, quel que soit le format demandé ! La 360, on l’a vu, ajoute de nouvelles contraintes et transforme complètement l’écriture de nos sujets. Mais elle ouvre aussi un nouveau champ des possibles, et impose un renouvellement de nos pratiques bienvenu dans un univers médiatique en quête d’innovation !  

 

 

 

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