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la seconde guerre mondiale

De Gaulle et Churchill

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Pour de Gaulle il s’agit avant tout que les soldats français se battent sous le drapeau français et ne constituent jamais une légion française dans l’armée britannique. Ces conditions sont garanties par accord avec Churchill le 7 août 1940. Il en est de même des subsides que le gouvernement anglais verse à la France Libre, il s’agit d’un prêt qui sera remboursé une fois que la France aura retrouvé sa souveraineté. Le prêt est habilement négocié par René Pleven et Pierre Denis, gestionnaires des finances de la France Libre. Mais pour négocier sur un pied d’égalité, il est nécessaire de disposer d’atouts. Or, en juin 1940, de Gaulle n’a pu ni éviter la signature de l’armistice, ni rallier l’Empire. Certes Churchill et le général Spears éprouvent beaucoup de sympathie pour ce général rebelle qui ne se résigne pas à la capitulation de son pays, mais ils ne peuvent couper brusquement les ponts avec la France officielle. C’est dans ce contexte que la France Libre doit s’affirmer diplomatiquement. II faut compter également avec des haut-fonctionnaires et des diplomates français de haut rang dont certains non seulement ne se rallient pas à l’initiative gaulliste, mais la contestent ouvertement. Le 27 juin 1940, Churchill dans son bureau de Downing Street, lance à De Gaulle : Vous êtes seul ? Eh bien, je vous reconnais tout seul ! Le 28, c’est par communiqué officiel que la reconnaissance de De Gaulle comme « chef de tous les Français libres, où qu’ils se trouvent, qui se rallient à lui pour la défense de la cause alliée » est enregistrée. Ni le Foreign Office ni le War Office n’accueillent la nouvelle avec enthousiasme. Il semble certain qu’au début de la guerre, De Gaulle et la France Libre ne doivent leur reconnaissance officielle et un certain statut diplomatique qu’à l’amitié de Churchill et du général Spears. Et il ne faut pas oublier l’habileté juridique d’un Cassin, d’un René Pleven, et la fine connaissance de la société britannique et des méandres de la diplomatie de l’ancien journaliste de Havas, Maurice Schumann. Le fait que Churchill ait refusé le 23 juin « toute indépendance » au gouvernement Pétain, est un atout de première importance pour la France Libre. Au commencement de juillet s’ouvrent des négociations entre de Gaulle et les Britanniques en vue de reconnaître la légitimité d’un Comité français. René Cassin sert la partie française et sir William Strang, l’anglaise. Les Français sont intransigeants sur toutes les questions d’intégrité territoriale et de maintien de l’Empire. Des accords sont signés le 7 août 1940 entre de Gaulle accompagné de René Cassin d’une part, et Churchill, Strang et Spears de l’autre. Le traitement des FFL, la question financière et l’indépendance de l’administration civile de la France Libre, satisfont de Gaulle. Suit alors l’envoi de deux lettres de Churchill à de Gaulle, dont la dernière est confidentielle. La première garantit au nom du gouvernement de Sa Majesté la volonté d’ assurer la restauration intégrale de l’indépendance et de la grandeur de la France. La seconde apporte une précision : L’expression "restauration intégrale de 1"indépendance et de la grandeur de la France ne vise pas d’une manière rigoureuse les frontières territoriales. (...) Mais bien entendu, nous ferons de notre mieux.. Il n’est pas de manière plus explicite, et diplomatiquement plus acceptable, de signifier à la France que la guerre contre l’Allemagne n’annule pas une ancienne rivalité. De Gaulle répond à la missive de Churchill avec le ton pondéré que la situation du moment lui autorise : J’espère que les circonstances permettront un jour au gouvernement britannique de considérer ces questions avec moins de réserves. Et De Gaulle, s’il ne le dit pas dans ses "Mémoires", doit certainement, en homme d’Etat qu’il est, le comprendre. Mais alors qu’en Europe les intérêts de guerre convergent, il n’en est pas de même en Méditerranée ni au Proche Orient. L’importance accordée par de Gaulle à l’Empire n’est pas uniquement motivée par la possibilité que la France y trouve de mener une guerre efficace contre les Allemands : l’Empire lui offre une légitimité territoriale indispensable dans son rapport aux alliés. L’élargissement du conflit vers la Méditerranée orientale à partir de 1941 fait rejouer de vieilles rivalités coloniales, restées sous-jacentes et qui vont empoisonner les relations entre les deux alliés. La question de la Syrie et du Liban étant la première grande épreuve diplomatique de la France, elle est aussi l’occasion d’un affrontement entre Churchill et de Gaulle. Mais au delà de ces conflits naturels entre impérialismes rivaux, il y a également le souci de Londres de ne rompre avec Vichy qu’en dernière instance, après s’être assuré qu’il n’y a aucune possibilité d’empêcher le gouvernement français de tomber entièrement sous la coupe d’Hitler. Cette politique confidentielle continue, même après Mers el Kebir et Dakar. Deux raisons y prévalent. Premièrement, la préférence des diplomates anglais du Foreign Office pour leurs homologues traditionnels du Quai d’Orsay : le ministre des Affaires étrangères britannique, Lord Halifax, est loin d’être un admirateur du Général et il en est ainsi de bon nombre d’autres diplomates. La crainte de l’Angleterre est de voir les bases françaises en Méditerranée livrées à l’Allemagne. Le départ de Lord Halifax du Foreign Office et l’arrivée d’Anthony Eden, est un gage supplémentaire de l’attachement de l’Angleterre à l’homme du 18 juin, quels que soient les incidents de parcours. De Gaulle sent qu’il ne peut s’attacher à un seul protecteur et se tourne vers l’Amérique, dont l’entrée en guerre lui apparaît imminente, pour lui offrir les possibilités militaires de l’Empire.

Source : Fondation de la France Libre. Source photographique : mémorial de Caen

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