Le 18 juin, le général de Gaulle s’adressait aux Français depuis l’Angleterre pour les inciter à poursuivre le combat et à le rejoindre. Or, comme le soulèvent Michèle et Jean-Paul Cointet1, aucun homme n’envisage spontanément l’exil. Renoncer à sa culture, à ses attaches, à sa famille, à sa langue, est une souffrance, un renoncement que seuls des évènements tragiques engendrent. Pourtant, des Français firent ce choix et décidèrent de rejoindre Londres. Oublions la légende dorée évoquant soldats, officiers et marins-pêcheurs s’élançant, tel un seul homme, vers la Grande Bretagne. Si de tels épisodes eurent bien lieu, la réalité est plus complexe. En 1940, seuls quelques Français gagnent l’Angleterre. A l’exception des généraux Legentilhomme, Catroux et de l’amiral Muselier, les responsables militaires et politiques de l’Empire restent fidèles à Pétain, et très peu de civils répondent à l’appel. Il faut attendre les accords de Gaulle-Churchill du 8 août, la reconnaissance d’un statut personnel des Forces françaises libres et le ralliement de divers territoire de l’Afrique française pour qu’un regain de départs ait lieu. Qui sont ces Français expatriés à Londres ? Ils ont en commun d’avoir été jeunes : 70 % avaient moins de 30 ans, célibataires à 70 %, d’être majoritairement issus de milieux plutôt modestes, d’origine surtout urbaine. Beaucoup venaient de Bretagne ou d’Alsace-Lorraine, d’Afrique du Nord ou de l’Empire. Un quart était militaire de carrière engagé en 1939, la moitié étant sous les drapeaux en 1940 et la majorité (65 %) était issue de milieux sensibles aux valeurs patriotiques2. Quant à leurs motifs, ils sont variés. L’indépendance de la France est la motivation la plus souvent avancée, suivie de la volonté de laver l’humiliation de la défaite, bien avant la lutte contre le nazisme ou le salut de la République et de la démocratie. La vie de ces Français libres est rude. Devenus des émigrés politiques, coupés de la France, sans nouvelles le plus souvent de leur famille, fréquemment traités avec suspicion par les services britanniques, les Français présents en Angleterre vivent bien souvent dans l’angoisse et l’incertitude, auxquelles s’ajoute l’enfer des bombardements quotidiens. Toutefois, dès leur arrivée, ils furent assez vite pris en charge. l’Intendance militaire, ralliée à la France libre, distribua linge, vêtements et vivres. Enfin, pour lutter contre la nostalgie et l’isolement, très présents, ces Français se regroupent. Dans le quartier de Kensington par exemple ou encore dans des hôtels, à une table francophone… Cette aventure anglaise fut enrichissante pour ces Français expatriés : ils y gagnèrent une ouverture d’esprit, la découverte d’une autre culture et des valeurs : la résistance contre la parole donnée, le renouveau contre la tradition, la rébellion contre l’obéissance 3.
Source : Mémorial de Caen