Vivre à l’heure allemande Dans chaque ville, le drapeau à croix gammée flotte sur les édifices publics et l’uniforme vert-de-gris est omniprésent. Cinémas réservés à l’armée d’occupation, restaurants réquisitionnés, zones interdites à la circulation sont autant de signes qui rappellent, chaque jour, que la puissance allemande a tous les droits et que toute opposition implique le risque d’arrestation. Les populations doivent aussi se soumettre à de nouvelles règles limitant les libertés individuelles. A la nuit tombée, le couvre-feu interdit les sorties nocturnes ; les habitants doivent fermer leurs volets pour empêcher le moindre rayon de lumière de filtrer au dehors. Sans laissez-passer, ou Ausweis, il est interdit de circuler dans les zones contrôlées. La propagande allemande s’affiche partout sur les murs des villes. Les médias sont aux mains de l’occupant, les postes de radio sont réquisitionnés. L’occupation pèse chaque jour plus lourdement sur la vie quotidienne. L’Europe sous le joug germanique s’apprête à vivre des « années noires ».
Rationnement et système D Non content d’occuper les pays envahis, le Reich en prélève les principales richesses : matières premières, biens industriels, produits alimentaires… Face à la pénurie, un système de rationnement s’organise. Délivrées à chaque habitant, des cartes autorisent l’achat d’un nombre limité de produits attribuant une certaine quantité de nourriture, le droit d’acheter du tabac ou des vêtements. En 1943 par exemple, la ration quotidienne d’un adolescent est de 30 grammes de viande, 7,5 grammes de beurre, 7 grammes de fromage, 150 grammes de pommes de terre et 350 grammes de pain. Aujourd’hui, le même adolescent mangerait 250 grammes de viande, 300 grammes de pommes de terre et environ 40 grammes de fromage. Ces rations s’avérant insuffisantes, améliorer le quotidien devient rapidement vital. C’est l’heure du « système D » comme débrouillardise ! Heureux les citadins qui ont de la famille à la campagne ! Les marchandises manquantes sont remplacées par des produits de substitution, les ersatz : la saccharine sert de sucre, les topinambours et les rutabagas, aliments réservés au bétail, font office de légumes, la chicorée se substitue au café… L’essence devenue très rare, les propriétaires de véhicules à moteur s’équipent d’un gazogène… ou ressortent leur vieille bicyclette.
LE MARCHÉ NOIR Trouver de quoi manger, de quoi s’habiller, de quoi assurer le quotidien de la maison est une épreuve chaque jour plus difficile. Dans cette quête, la campagne est mieux lotie que la ville qui manque de tout. Hors des circuits officiels, on peut se procurer de nombreux produits vendus à des prix exorbitants : c’est la « marché noir ». Bien que très sévèrement puni par l’occupant, ce commerce parallèle offre la possibilité à ceux qui en ont les moyens de se procurer de la viande, des produits laitiers, des vêtements, de l’essence…
La mode sous l’occupation
S’habiller devient également difficile. Trouver des chaussures, des gants, des bas relève de l’exploit… ou de la fabrication personnelle. Une simple ligne noire dessinée au crayon sur la jambe nue laisse penser qu’il s’agit de véritables bas. Dès 1940, de nouveaux types de textile apparaissent, composés de fibres nouvelles, la rayonne et la fibranne, qui remplacent le coton, la laine et la soie. Une carte de vêtements est instaurée par l’occupant qui prélève, pour son propre usage, tous les stocks de produits textiles. Malgré la pénurie, les femmes rivalisent d’imagination pour s’habiller : cape coupée dans une couverture, chaussures en ficelle, robe de mariée taillée dans une toile de parachute…
Vivre dans la peur
Les villes polonaises, anglaises, allemandes, françaises sont les cibles de bombardements terribles. Toujours sur le qui-vive, les habitants rejoignent les abris dès que les sirènes annoncent une attaque aérienne. La peur est quotidienne. Une fois l’alerte levée, les citadins découvrent avec angoisse l’ampleur des destructions, ce qu’il reste dans leur maison, et recherchent avec une immense inquiétude les membres de leur famille bloqués sous les décombres. Le danger est permanent. Etre pris dans une rafle, arrêté en représailles à un acte de résistance, servir d’otage à bord des trains allemands pour empêcher les Alliés de les bombarder ou encore s’être laissé surprendre par le couvre-feu peut concerner chaque habitant, pris au hasard. Les Allemands fusillent pour l’exemple afin de dissuader la population d’organiser des actes de sabotage ou de résistance, puis apposent sur les murs des affiches annonçant la mise à mort de ceux qui se sont fait prendre. L’occupant entretient un climat de peur parmi les populations civiles et encourage les dénonciations.