Dès 1940, des actions armées sont entreprises par des résistants (sabotages, attentats contre des biens, voire attaques de soldats allemands), mais elles relèvent davantage d’initiatives individuelles. Il faut attendre les années 42-43 pour qu’un changement s’opère et que la lutte armée devienne organisée.
Les grandes victoires alliées de 1942 et 1943 (Midway, El Alamein et Stalingrad), le débarquement allié en Afrique du Nord, suivi de l’occupation de la zone sud par les troupes allemandes, l’instauration du Service du Travail Obligatoire en février 1943, sont autant d’événements qui changent la donne. Une nette évolution de l’opinion publique s’opère et incite de nombreux patriotes à rejoindre les rangs de la Résistance. Jean Moulin, préfet révoqué par le gouvernement de Vichy, qui s’est rallié au général de Gaulle, reçoit pour mission, en 1942, d’unifier la Résistance, de créer le CNR (Conseil national de la Résistance), qui verra le jour en 1943, et de regrouper les forces armées clandestines dans l’organisation des Forces françaises de l’intérieur, les FFI. Ces bouleversements donnent aux petits groupes clandestins qui, depuis 1940 luttent contre les Allemands, un embryon d’armée. Les premiers "maquis" se constituent, se multiplient et s’arment. La population locale met souvent en place une chaîne de solidarité (nourriture, habillement, courrier, renseignements…). Le visage de la résistance change et atteint sa maturité. En France, la plupart des maquis sont situés dans le sud du pays. Parmi les plus connus, on trouve ceux de Glières et du Vercors, qui subiront de très lourdes pertes. Mais cette lutte armée est conditionnée par l’aide matérielle de Londres, or les armes viennent rapidement à manquer. Il faut attendre juin 1944 pour que les Britanniques entament une campagne de largage. Guérilla urbaine, petits maquis mobiles pratiquant la lutte armée, grands maquis prévus comme môle de résistance, les coups de main et les attentats contre l’occupant et ses collaborateurs se multiplient. Selon la direction des services de l’armistice, la moyenne mensuelle des sabotages passe de 60 en 1942 à 1 080 entre janvier et mai 1944. Ces changements décisifs se répercutent fortement en France. L’Allemagne augmente considérablement ses exigences. Le pillage systématique de toutes les ressources françaises et une répression de plus en plus lourde font monter la haine envers l’occupant. Malgré la répression sanglante, les maquisards réussissent à faire régner l’incertitude et la crainte parmi les Allemands. Ils ont fortement contribué à les démoraliser par leurs coups de main et leur aptitude à se reformer plus loin alors qu’on les croyait détruits. Guidant l’offensive alliée, nettoyant les poches de résistance allemandes, prenant possession des villes et des villages, endurant toutes les souffrances, prenant tous les risques et combattant aux côtés des Alliés, cette « armée de l’ombre » a permis d’associer la France à la victoire de 1945 sur l’Allemagne nazie.
Source : Mémorial de Caen